Vous avez peut-être déjà été marqué par son travail, sans le savoir. Un spot publicitaire aussi sensuel qu’iconique pour le célèbre gel Tahiti Douche, le vidéoclip d’un « tube de l’été » matraqué durant plusieurs semaines par les chaînes de la télévision publique, un spot radio accrocheur, une affiche à l’humour bien senti...

À 61 ans, Jean-Luc Martin peut regarder dans le rétroviseur avec la satisfaction d’avoir laissé son empreinte sur la publicité, cette discipline qui, que cela nous plaise ou non, n’en finit pas d’imposer sa marque sur notre société et notre inconscient collectif.

Mais regarder dans le rétroviseur n’est pas encore la priorité de ce Raphaëlois, touche-à-tout de la création artistique aussi à l’aise dans la réalisation, l’organisation de festivals, l’écriture, la photographie, la conception publicitaire et bien sûr la poésie, discipline qu’il pratique depuis plus de quarante ans (sous le nom de plume Dessadelaire) et dans laquelle il continue de trouver son épanouissement.

Né en 1965 à Sens (dans l’Yonne), Jean-luc Martin emménage à Saint-Raphaël avec sa famille au début de l’adolescence. D’abord dans un appartement situé au-dessus de la Poste (où sa maman travaille), puis à Valescure. Son papa est alors directeur d’une agence France Télécom située avenue De Lattre de Tassigny (à Fréjus).

L’OM, le Peugeot 103 et les boums

Ses années de collège, il les effectue d’abord au sein du lycée St-Exupéry, puis au collège Alphonse Karr.

« Saint-Raphaël est tout de suite devenue ma ville de cœur, explique-t-il. En arrivant, je repartais de zéro, il fallait me faire de nouveaux amis. Tout le monde était fan de l’OM, j’ai commencé à m’intéresser à ce club et j’ai attrapé le virus. Les amitiés qui sont nées à l’époque sont toujours aussi fortes aujourd’hui ».

Ce sont les années des entraînements de foot, du Peugeot 103 bleu modifié avec un guidon cintré et une selle « sport », des sorties à vélo à l’assaut des pentes du Mont Vinaigre et des « boums » dans le gymnase du lycée Saint-Exupéry.

« Il y en avait deux par an, raconte-t-il derrière ses lunettes aux verres légèrement teintés de bleu. Tous les élèves s’y retrouvaient. Le service d’ordre était assuré par les profs d’EPS. Il n’y avait pas vraiment besoin de sécurité. Même si une sensation de liberté et de légèreté flottait, tout le monde se tenait bien ».

Rolling Stones, David Bowie, Moody Blues... Au milieu de la bande-son de ces bals, les slows retiennent notamment son attention.

« C’était souvent des ballades composées par les gros groupes de rock de l’époque ». L’oreille de Jean-Luc s’affine... Il devient un geek du rock indépendant, très pointu sur les groupes anglais.

En 1983, un Bac B en poche (obtenu avec mention), Jean-Luc s’oriente d’abord vers des études d’économie, à Aix-en-Provence.

« Un coup pour rien, comme beaucoup d’étudiants de première année », s’amuse aujourd’hui ce papa de trois enfants (de 29, 17 et 11 ans).

L’année d’après, le Raphaëlois se reprend. Il est pris à l’IUT de Nice, dans la filière « techniques de commercialisation ».

Deux ans plus tard, diplôme en poche, il intègre une formation alors expérimentale en partenariat avec la faculté de Lettres de Nice, dans le quartier de la Réserve, près du port. « C’était une émanation du Celsa (centre d’études littéraires et scientifiques appliquées, NDLR), raconte l’intéressé. J’y ai fait ma licence et ma maîtrise. Le sujet de ma thèse me tenait très à cœur, puisqu’il s’agissait de l’organisation d’un festival de rock sur la Côte d’Azur ».

Le sujet passionne le jeune adulte qui aime faire partager ses découvertes musicales aux Est-Varois dans le cadre de soirées qu’il organise à La Réserve et d’une émission de radio hebdomadaire qu’il anime depuis un studio de la rue Vadon.

François Léotard et le rock aux Arènes

Dans la deuxième moitié des années 1980, le jeune Jean-Luc est incontournable dans la scène alternative et rock de la Côte d’Azur.

Il est temps pour lui de passer à la vitesse supérieure et de confronter à la réalité les principes de sa thèse.

Avec un ami tout aussi culotté et enthousiaste, il convainc le maire de Fréjus François Léotard de leur confier le site antique des arènes, le temps d’un festival.

Ces mêmes arènes où il avait vu performer Bowie, The Cure, Police... La presse rock et nationale se passionne pour l’événement et décide de suivre les deux jeunes organisateurs qui se sont endettés jusqu’au cou et misent sur une programmation pointue s’appuyant sur les pépites du label britannique 4AD.

Les 1, 2 et 3 août 1987, le festival « Veni, vini, vici » fait le plein. Au total, environ 3.000 festivaliers viendront se déhancher sur les riffs de The Jazz Butcher, Minimal Compact, Clan of Xymox ou encore Dead Can Dance.

« C’était incroyable, raconte Jean-Luc. Durant des semaines, l’équipe d’un très gros groupe de rock français a fait des pieds et des mains pour intégrer la programmation du festival. Ils étaient même prêts à venir jouer gratuitement ».

Loin de permettre aux deux organisateurs de rembourser leurs crédits, l’événement permet toutefois à Jean-Luc de valider les principes de sa thèse.

D’autres expériences dans le business impitoyable de l’organisation des festivals sur la Côte d’Azur (notamment à Nice) auront raison des finances et de la motivation des deux jeunes organisateurs.

La pub comme terrain de jeu

À la fin des « eighties », Jean-Luc Martin se lance dans la publicité. D’abord à Marseille où il intègre l’agence Publicis en tant que concepteur-rédacteur.

Puis, rapidement, il monte à la capitale où il trouve un terrain de jeu à la hauteur de son talent. Robert & Partners, Havas.... En une poignée d’années, il enchaîne les agences et les campagnes, jusqu’à rejoindre celui que l’on appelait alors « le roi de la pub », Jacques Séguéla.

Des projets en free-lance le conduiront à collaborer avec le célèbre photographe italien Oliviero Toscani (illustre pour ses clichés subversifs et iconiques pour la marque de prêt à porter Benetton).

« Ensemble, nous avons remporté le budget d’une grosse campagne de spots publicitaires pour une entreprise d’état japonaise en 1995, se souvient-il. C’est ainsi que j’ai réalisé mes 11 premiers films en tant que réalisateur ».

Française des jeux, constructeurs automobiles, gels douches, vidéo clips (notamment celui de la chanson « Carnavalera » du groupe Havana Delirio, tube de l’été de l’année 1998 sur les chaînes du groupe France Télévisions)...

De nombreux autres films suivront.. Certains seront primés. Attaché à maîtriser tous les aspects de la prise de vue, il se passionnera pour la photographie et réalisera plusieurs shootings de mode pour des magazines.

Son expertise dans le domaine de la réalisation, le Varois (qui partage désormais son temps entre la région parisienne et la cité de l’Archange) la met au service d’une répartition équitable des revenus de la production culturelle.

Une tâche pas simple à l’heure d’internet, de l’IA et des plateformes qu’il exerce au sein de la commission des auteurs-réalisateurs de la Sasem.

« Écrire des poèmes, c’est comme peindre avec les mots »

« J’écris des poèmes depuis que j’ai 18 ans, raconte celui qui a publié son premier recueil en 1992 et qui en a sorti sept à ce jour, sous le nom de plume de Dessadelaire.

« Un poème, c’est comme un tableau, aime dire celui qui a également publié un roman (Les mémoires du futur, en 2011) et une pièce de théâtre (La faute des morts, en 2009). Certaines personnes peuvent ne passer que quelques secondes devant et d’autres peuvent rester des heures. Comme une peinture, un poème peut nous transporter de manière irrationnelle. Il y a une musicalité, une esthétique, des couleurs... écrire de la poésie, c’est comme peindre avec des mots ».

« Les mots se taire », le septième recueil de Jean-Luc Martin est sorti en mars dernier chez l’éditeur Edition-librairie galerie Racine.

Il peut être commandé pour 15 euros (plus 3 euros de frais d’envoi) directement auprès de l’éditeur (23 rue Racine, 75006 Paris) ou peut être commandé auprès de votre librairie habituelle.