Les messages sont explicites. Trop crus pour être repris dans ces colonnes. Et s’ils peuvent être échangés dans une relation entre adultes consentants adeptes de la pornographie littéraire, ils n’ont en aucune façon leur place dans le téléphone d’un adolescent de 15 ans.

Pourtant, en l’espace d’un mois et demi au printemps, Hector (le prénom a été modifié) a reçu 27 messages à caractère sexuel sur son compte Instagram de la part de Jonathan R., 28 ans. Sans jamais avoir rien demandé. Sans jamais avoir répondu.

« C’est lui qui m’a contacté sur les réseaux sociaux la première fois, se défend le jeune homme devant le tribunal correctionnel de Draguignan. Je ne voulais pas qu’il me suive. Je lui ai dit de me bloquer. »

Si les messages de Jonathan à Hector se passent de commentaires, on peut lire le mal-être du prévenu comme dans un livre ouvert. Ce dernier le reconnaît d’ailleurs sans peine. « Je n’ai pas l’impression d’appartenir à ce monde, soupire-t-il en se triturant les mains. Je ne sais pas ce qui ne va pas chez moi… Je me demande parfois si j’ai le droit de vivre. »

Dépressif, enfermé dans son addiction au Subutex, au Valium et à l’alcool - « j’aimerais tellement arrêter » - Jonathan affirme ne garder « aucun souvenir de l’année écoulée ». Il reconnaît toutefois les faits et assure n’avoir « jamais envisagé » de passer à l’acte sur Hector, malgré ses diverses et équivoques propositions de pénétrations. L’adolescent, choqué, s’est vu attribuer dix jours d’incapacité totale de travail (ITT).

Altération du discernement

« Je le connais en plus, certifie Jonathan. Je le vois souvent au skatepark de Cogolin. On s’est croisé, même après l’envoi des premiers messages. Je ne comprends pas pourquoi je lui ai envoyé ces horreurs. Je ne me suis pas reconnu à leur lecture devant les gendarmes. »

Ceux-ci avaient vu Jonathan débouler chez eux en fin d’après-midi le 3 juin. Le jeune homme affirmait alors être menacé par plusieurs « jeunes » dont Hector, du fait des messages envoyés.

Gérald Darmanin avait annoncé la réexamination de 70.000 plaintes pour violences sexuelles contre les enfants. 88.000 sont finalement en cours de réexamination.

« Ce n’était pas la première fois que ses potes viennent m’embêter, ajoute le prévenu. Ils me crachent dessus. Ils n’ont pas peur de moi. »

Le psychiatre qui a expertisé Jonathan a relevé chez lui des « troubles psychotiques en lien avec sa polytoxicomanie grave et ancienne » et retenu une altération du discernement.

« J’ai besoin de structure, la prison en est une »

« Il est peut-être altéré, mais il est aussi dangereux, pointe le procureur Alexandre Apel. Ces messages sont perturbants et répétés. Il faut savoir que monsieur a ri pendant son défèrement. Il se dit intrigué par Hector, et c’est donc parti en vrille dans sa tête. Il a développé une obsession. Je le crois capable de passer à l’acte. »

« J’ai besoin de structure, la prison en est une », concède le prévenu. Il y a passera les 18 prochains mois et devra, à sortie, respecter durant six mois un sursis probatoire renforcé comprenant une obligation de soins. Le tribunal a également prononcé à son encontre l’interdiction définitive d’exercer une activité en contact avec des mineurs.