« Il est temps de dire qui est derrière le Cactus de Monaco » : des contributeurs du blog satirique révèlent leur identité après une garde à vue
Le Cactus de Monaco, ce blog satirique qui avait succédé au Piment en novembre 2024, se dévoile… Du moins en partie. Yves Romestan, communicant et consultant en la matière au Palais princier « d’octobre 2021 à juin 2023 », reconnaît avoir « contribué » à ce « Canard enchaîné de la Principauté ». Tout comme deux salariés de sa société parisienne YRSA.
La justice monégasque l’avait de toute façon percé au jour. En fin de semaine dernière, ce citoyen franco-britannique de 72 ans avait été convoqué par la Sûreté publique monégasque. Après avoir passé une douzaine d’heures en garde à vue, Yves Romestan est ressorti sans inculpation à ce stade.
Un temps consultant en communication au Palais
Ce « contributeur » du Cactus dénonce « la disproportion des moyens engagés » pour des délits qu’il estime « futiles et dérisoires ». Les deux blogs successifs ont fait l’objet d’une vingtaine de plaintes pour diffamation, mais aussi violation du secret de l’instruction. « Émanant pour l’essentiel d’entre elles de Patrice Pastor » (*), précise Yves Romestan qui revendique « le droit à la satire ». Il n’entend d’ailleurs pas arrêter d’aiguillonner Monaco et ses institutions. « Le Cactus va continuer de vivre », promet-il, « en dépit des menaces et des intimidations ».
« Nous avons été suivis, photographiés. Nous avons reçu des appels plus que bizarres », assurent Julien Cotel et Nicolas Celic. Ces deux collaborateurs de la société YRSA confessent également avoir apporté leur soutien au Cactus, et avant lui au Piment de Monaco. Le premier, en prodiguant ses conseils techniques. Le second, en assurant officieusement la co-direction de la rédaction, aux côtés d’un Monégasque dont ils entendent bien préserver l’anonymat.
« Révéler son nom serait signer sa mort sociale à Monaco », craignent-ils. Pas question, dès lors, de lever le voile sur l’équipe monégasque du Cactus. Le nombre de ses membres se compterait « sur les doigts de la main » auxquels il faut ajouter des « contributeurs occasionnels ».
Perquisitions en juillet 2025 à Paris
Cet anonymat a souvent été reproché au Cactus, accusé de mettre à nu les prétendues turpitudes de Monaco tout en restant masqué. « Une nécessité face aux pressions subies », assurent les avocats des trois contributeurs français. Me Pierre-Olivier Sur et Jérémy Gutkès affirment que ce « petit jeu du chat et de la souris » n’avait pourtant pas vocation à durer.
Après trois ans d’existence, « il est temps de dire qui est derrière le Cactus », estiment-ils. Avant que ce ne soit la justice monégasque qui le fasse ? Yves Romestan affirme que la décision avait été prise bien avant sa garde à vue. L’enquête en cours avait, dès le 23 juillet 2025, conduit à la perquisition de ses bureaux parisiens et du domicile personnel de Julien Cotel. Ordinateurs et téléphones portables avaient alors été saisis. De quoi remonter la trace de ce Cactus qui, à entendre le communicant, aurait trouvé sa place en Principauté : « 3 000 visiteurs uniques par jour, 200 000 lecteurs par mois et un abondant courrier tous les jours… »
Sur fond de guerre entre Pastor et Palmero
Reste à savoir ce qui a pu pousser Yves Romesant à se lancer dans cette publication bien peu amène à l’égard de son ancien client princier : « lutter contre l’omerta, libérer la parole, dévoiler les coulisses monégasques, traiter l’actualité sans déférence ni complaisance », égraine l’intéressé… Dont la proximité avec Claude Palmero, l’ancien administrateur des biens de la Couronne tombé en disgrâce, Me Thierry Lacoste, l’ami d’enfance du Prince lui aussi tombé en disgrâce, ou encore l’ex-juge Suprême aujourd’hui inculpé Didier Linotte, ne fait guère mystère.
Le « Canard enchaîné du Rocher » ne serait-il pas en réalité un outil de propagande de ce supposé « G4 » que dénonçaient « les Dossiers du Rocher », restés quant à eux anonymes ? Yves Romestan s’en défend et fait remarquer que le Cactus n’a pas toujours été tendre avec ces trois-là. Serait-il pour autant disposé à publier une contribution de leur ennemi juré, le promoteur Patrice Pastor ? « Pourquoi pas… », assure-t-il.
Du moins, si ce blog pour le moins irrévérencieux n’est pas fermé par la justice. Me Sur et Gutkès se disent « prêts à affronter en confiance les juridictions monégasques » pour y faire valoir « la liberté d’expression et le droit à la satire ». « Ils n’existent pas à Monaco, et ça explique tout », conclut Yves Romestan.
1- Sollicité, pour l’heure Patrice Pastor n’a pas souhaité réagir.