« Nous devons avoir le courage de regarder la réalité en face : notre système de protection de l’enfance est aujourd’hui dans une impasse. » Il y a quelques semaines à Paris, c’est par ce constat que Caroline Depallens commençait son grand oral devant le comité stratégique de refondation de la politique de protection de l’enfance.

Face à Stéphanie Rist, ministre de la Santé et des Familles, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, ou encore Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée à la Citoyenneté représentant le ministre de l’Intérieur, et bien sûr Sarah El Hairy, la Haute-commissaire à l’enfance, la présidente de la commission enfance du conseil départemental a présenté les expérimentations menées dans le Var.

Avec la Gironde, le département a en effet été retenu pour travailler à la transition de l’offre pour les enfants.

Le rapport qui pointe une France défaillante

Au printemps 2025, le constat dressé par le rapport Santiago, du nom de la députée socialiste du Val-de-Marne, fait froid dans le dos, tant la situation de la protection de l’enfance en France y est décrite comme défaillante. Il mentionne notamment « une action publique profondément et structurellement dysfonctionnelle et un manque chronique d’implication de l’État ».

Protection de l'enfance dans le Var: le futur bradé de notre société?

Face à l’urgence, la commission d’enquête énonce 92 recommandations et prône une « mobilisation de tous les acteurs pour une réforme d’ampleur visant à recentrer la politique de protection de l’enfance sur les besoins fondamentaux de l’enfant ». C’est dans ce contexte que le gouvernement lance un appel à candidature des Départements, compétents en matière de protection de l’enfance.

L’enfance, grande cause varoise

Le Var est alors déjà fortement engagé. « Jean-Louis Masson (le président du conseil départemental du Var, Ndlr) a fait de la protection de l’enfance une grande cause départementale », rappelle Caroline Depallens. De 100 millions d’euros en 2020, son budget dépassera les 175 millions d’euros en 2027. « C’est la dépense qui a le plus progressé, signale-t-elle, alors que les professionnels sur le terrain ont le sentiment de ne plus pouvoir répondre aux besoins. »

Le signe, estime la conseillère départementale, que « le modèle français a atteint ses limites ». Que, « très institutionnalisé », il a besoin d’« une approche partenariale » et d’« un décloisonnement ». Une conviction bâtie sur des échanges avec les professionnels d’autres pays, le Canada en tête. Déjà, des groupes se forment autour des travaux de la psychologue clinicienne Delphine Collin-Vézina, directrice du centre de recherche sur l’enfance et la famille de l’université Mc Gill, à Montréal.

Trois axes pour faire mieux

C’est ainsi que le Var est retenu par le gouvernement, qui lui octroie une enveloppe de 500 000 euros par an pour construire cette transition de l’offre. C’est ce qu’a présenté Caroline Depallens aux ministres le 22 septembre dernier. « Nous sommes partis sur trois axes », explique-t-elle.

Le Var s’illustre déjà comme un territoire où le recours aux « tiers de dignes de confiance », ces proches issus de l’environnement de l’enfant, est particulièrement fréquent.
Le Var s’illustre déjà comme un territoire où le recours aux « tiers de dignes de confiance », ces proches issus de l’environnement de l’enfant, est particulièrement fréquent.
Camille Dodet / Var-matin

Le premier consiste à favoriser l’environnement familial afin d’éviter la rupture. Il s’agit de « renforcer les aides éducatives en milieu ouvert (autrement dit, les interventions éducatives dans les familles, Ndlr) ». En fréquence et en intensité, grâce à un réseau de psychologues, infirmiers ou encore intervenants sociaux qui permettent de « consolider les capacités de la cellule familiale ».

Dans cette même idée de préserver des liens, le Var s’illustre déjà comme un territoire où le recours aux « tiers de dignes de confiance » est le plus fréquent. Le deuxième axe de la transition expérimentée dans le département. « Si un enfant ne peut pas être maintenu au domicile familial, détaille Caroline Depallens, et afin d’éviter le placement, il est confié, par le juge, à un proche issu de son environnement. »

La protection de l’enfance, « un projet de société »

Ils sont ainsi déjà quatre cents à accueillir des enfants dans ce contexte. Pour les soutenir, le Département propose un dispositif de soutien éducatif, une assistance juridique et l’appui de professionnel de santé dédiés, pour un budget annuel de 1,4 million d’euros.

Quant au troisième axe, c’est, assure l’élue, sans doute le défi le plus sensible : l’accompagnement des enfants les plus fragiles, victimes de traumatismes complexes ou handicapés. Une structure de douze places est en cours de création. Celle-ci visera, non pas à un placement pérenne, mais à la stabilisation des situations face auxquelles les professionnels sont particulièrement démunis.

« Il faut être à la hauteur des enjeux », affirme, plus convaincue que jamais, Caroline Depallens, avant d’en appeler à la responsabilité de l’État : « La protection de l’enfance n’est pas une politique décentralisée, c’est un devoir d’État, c’est un projet de société : les enfants en danger sont nos enfants ! »