La famille Gabin en octobre 1966 à Sainte Anne la Palud.

La famille Gabin en octobre 1966 à Sainte Anne la Palud.

© Collection du Musée Jean Gabin - Mériel / Collection de la Société des Amis du Musée Jean Gabin / M. Mathias MONCORGE

Olivier Rajchman 15/08/2026 à 08:20, Mis à jour le 15/08/2026 à 08:39

JEAN GABIN, MON PÈRE (1/5) - Mathias Moncorgé, le fils de Jean Gabin, nous a longuement reçu chez lui, à Deauville, pour évoquer cet homme hors du commun à qui il ressemble tant. En 5 volets, il nous livre l’âme du patron du cinéma français disparu il y 50 ans ainsi que certains de ses secrets !

Pour Jean Moncorgé, dit  Jean Gabin , 1949 est une date charnière. Âgé de 45 ans, marié à deux reprises, le héros tragique du cinéma d’avant-guerre fait une rencontre qui va bouleverser sa vie.

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« Maman et papa furent un vrai couple, nous confie Mathias Moncorgé. Ses autres femmes avaient refusé d’avoir un enfant. Or, papa, dès son premier mariage avec Gaby Basset, voulait être père. Cela faisait à peine trois semaines qu’il avait rencontré maman, mannequin chez Lanvin, quand il lui a demandé si elle désirait avoir des enfants avec lui. Elle avait déjà un fils, mais elle lui a répondu "oui". Ils se sont mariés deux mois plus tard, en mars 1949. Et Florence est née en novembre. »

Une famille tant désirée

Interroger l’unique fils et troisième enfant de Dominique et de Jean Gabin revient à ouvrir la malle aux souvenirs d’un gardien du temple resté, malgré l’âge, l’orphelin de parents adorés. « Maman, poursuit-il, a été la personne la plus importante de la vie de papa. Outre Florence, Valérie et moi, elle lui a apporté la tranquillité de l’esprit. Elle avait les qualités, sans les défauts, de ses précédentes femmes, belle, cultivée, gérant le quotidien et cernant ce dont il avait besoin. »

Chez Mathias Moncorgé, toutefois, l’amour filial ne rend pas aveugle. Lui qui reconnaît « ne pas accepter » les compagnes d’avant sa mère, « à l’exception de  Michèle Morgan , si élégante », et qui prend le relais de son père pour réduire sa relation avec  Marlene Dietrich  à « une histoire d’amour de guerre, probablement rompue parce que "la Prussienne" a refusé de lui rendre quatre toiles de maîtres qu’il lui avait confiées avant de s’engager dans les Forces françaises libres », dépeint avec tendresse mais sans idéalisation Jean Gabin au quotidien.

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« Papa se montrait anxieux, à tout propos. Ce qui l’angoissait avant tout, c’était notre santé. Maman et la gouvernante s’occupaient de nous, ce qui ne l’empêchait pas, quand il tournait, d’appeler sans cesse pour savoir si nous étions bien allés aux toilettes. Un jour, excédée, maman lui a présenté notre pot ! Il nous interdisait aussi d’aller à l’église, pour ne pas attraper froid à cause des courants d’air ! L’école ? Il s’en fichait ! Pour lui, il suffisait qu’on sache faire une addition, une soustraction, une division et écrire une lettre sans faute. »

Mathias et son père.

Mathias et son père.

© Collection du Musée Jean Gabin - Mériel / Collection de la Société des Amis du Musée Jean Gabin / M. Mathias MONCORGE.

Cette nature inquiète, probablement réactivée par une période d’incertitude professionnelle dans les années d’après-guerre et par sa paternité tardive, se justifiait pour d’autres raisons. « Citez-moi un autre acteur qui a dû entretenir une propriété de 150 ha, ce qu’était La Pichonnière, dans l’Orne, ainsi qu’une maison de 14 pièces à Deauville et un appartement parisien, des vacances d’été dans un hôtel à Sainte-Anne-la-Palud et, chaque hiver, un séjour à la montagne ? Avec 20 employés permanents à La Pichonnière, son haras à faire tourner, et du personnel à Paris. Tous extrêmement bien traités. Fallait assurer ! Quand maman lui disait : "Jean, il faut faire attention !", papa s’emportait : "Dans ce cas-là, je vends tout !". "Non ! Mais au lieu de quinze chevaux à l’entraînement, tu n’en gardes que dix !" Et lui : "Bon, j’ai compris. Faut que je fasse un film !" » Avec, pour finalité, le bien-être familial. « Maman lui avait demandé de constituer une propriété pour chaque enfant. Mais papa refusait : "Non, ils vivront tous les trois à La Pichonnière !" En fait, il ne nous voyait pas prendre notre indépendance. Du coup, le départ de mes sœurs lui a fait du mal. Il n’a pas accepté que Florence soit dans le cinéma. Il lui a fermé la porte de la propriété et n’a pas assisté à son mariage. Et puis, il y a eu Valérie qui est partie, sans dire où elle allait. »

La passion des chevaux et la droiture en partage

Petit dernier, Mathias va rester indéfectiblement attaché à son père, par-delà ses maladresses et ses coups d’éclat. « Je me souviens du jour où il a viré Mme François, qui me donnait des cours particuliers, et m’a fait pleurer en m’apprenant, sans penser à mal, que le Père Noël n’existait pas… Alors que j’avais déjà 9 ans. » Un père dans les pas - et les rêves - duquel il s’inscrit naturellement. « À 13 ans, il venait me chercher à l’école pour m’emmener aux courses, de Chantilly à Longchamp. J’étais toute l’après-midi dehors avec les chevaux. »

Très vite, le rituel devient passion. « Après un stage en Angleterre, j’ai quitté le collège. Et, plus tard, je suis devenu éleveur. » Sans bénéficier de régime de faveur. « La seule leçon que mon père m’a jamais donnée, c’était au haras de La Pichonnière. J’avais 17 ans. "Tu vois, Gros Père, m’a-t-il dit. Il y a une chose qui compte : c’est être droit comme une barre. Si t’es droit, tu peux tout faire." Toute ma vie, j’ai appliqué cette droiture inculquée par papa. »