« Il se nourrit de la pression »… Les proches de Mathys Detourbet dressent le portrait du milieu offensif de l’AS Monaco
Quand d’autres gardent leurs rêves pour eux, profondément enfouis de peur qu’ils ne s’échappent, Mathys Detourbet n’a que faire d’une quelconque malédiction. À 19 ans, le récent champion de France de Ligue 2 n’a pas quitté Troyes et son cocon pour verser dans la superstition.
Le gamin de Saint-Germain, commune aux portes de la préfecture de l’Aube, a des objectifs et les assume. Ligue des champions, Ballon d’Or, équipe de France et Coupe du monde mettent en appétit le nouveau milieu offensif de l’ASM, ambitieux mais pas prétentieux. La frontière est ténue entre deux mondes opposés, mais comptez sur Anthony, son papa, pour le garder du bon côté. « On peut le croire arrogant, mais c’est tout le contraire, prévient l’ex-joueur de CFA2. Il sait ce qu’il veut, sûr de sa force, mais il sait aussi que le talent ne suffit pas. C’est un gros travailleur. »
Depuis que son fiston est adolescent, le paternel lui a inculqué une vraie discipline. « Je l’ai robotisé en matière d’hygiène de vie (rire), confirme-t-il. J’avais un ami nutritionniste et Mathys a mangé équilibré très jeune. J’ai beaucoup discuté avec lui à ce sujet et c’est facile pour lui aujourd’hui. Il sait que ça passe par là. Ici, il a son préparateur physique. Il est originaire de Troyes et il l’a suivi. Je touche du bois, il n’a jamais été blessé. »
Dans le vestiaire troyen, le milieu offensif avait été chambré par ses coéquipiers après une interview donnée à Onze Mondial en avril. Il y dévoilait ses aspirations. « C’était marrant parce que c’est quelqu’un de plutôt discret sur ça, s’amuse l’un d’entre eux. On lui avait demandé de ramener le magazine et ça a été un bon moment de partage. »
Pour garder les pieds sur terre, il se souviendra que le trajet vers Monaco n’a pas été rectiligne. Jugé trop frêle en U16, il a explosé sur le tard, quand il a été surclassé avec les U19 en étant U17. Il n’était « pas considéré comme une pépite » de son propre aveu. Une poussée de croissance et un repositionnement de neuf à meneur ont tout changé.
Pour l’empêcher de s’égarer, il pourra compter sur une famille aux origines modestes. Sa mère était salariée dans une entreprise de clés, son père responsable logistique dans le transport. « On vient de la vie normale et on ne réalise pas ce qui se passe, confesse ce dernier. Il y a un an et demi, il jouait encore en U19. Tout va vite. Avec mon épouse, il nous épate. »
Fan de Messi, Neymar et Cherki, Detourbet avait deux rêves initiaux : passer pro et permettre à sa mère d’arrêter de travailler. Il les a accomplis, doté d’un sacré tempérament. « Dès les premières séances avec nous, il était complètement libéré. Il n’a pas eu peur de provoquer les défenseurs, dessine son ex-coéquipier. Il râle quand il perd les jeux à l’entraînement. Il a la gagne en lui mais un sens de l’autocritique assez rare à cet âge-là. Il est très mature. C’est un personnage atypique. »
« Mathys est attachiant »
Une fougue qui l’avait poussé à dribbler dans sa surface, sur son premier ballon et pour ses débuts chez les pros, en Coupe de France face à Rennes, en janvier 2025. Son père lui avait pourtant intimé d’assurer… « J’ai dit : ‘‘Il est complètement fou ce gamin’’ (rire) », se marre Anthony. Ce feu intérieur, il a commencé à le canaliser, parce qu’il a pu l’amener à des cartons inutiles. Dans un vestiaire, il est à l’écoute des anciens avec lesquels il aime traîner, soucieux d’éponger leurs conseils.
Sur le Rocher, ce grand casanier a déjà noué des connexions avec Pogba et Fati. Chez les plus jeunes, ça matche avec Cabral et Mawissa. Golovin l’apprécierait aussi.
« Explosif », « tourné vers l’avant » avec de « grosses qualités d’élimination » selon ses proches, Detourbet a deux axes d’amélioration dans son jeu : son travail défensif et sa finition. Il sort d’une saison à 4 buts en 37 matchs. Son entourage attend beaucoup du coach Filipe Luis sur ces deux volets. « C’est un gamin de 19 ans donc de temps en temps j’ai dû lui tirer les oreilles. Il ne rechigne pas à la tâche, mais c’est un créateur donc il n’a pas envie de courir derrière le ballon pendant 90 minutes. Mathys est attachiant », se souvient son ex-coéquipier avec affection.
Pour les buts qu’il n’arrive plus à empiler comme à l’adolescence, son père a son analyse. « Marquer était une obsession pour lui avant, mais il a reculé sur le terrain. Il s’est moins retrouvé face au but donc c’est moins naturel ». Le jeu dominant de l’ASM pourrait l’aider à gonfler ses stats. « Il y aura des attentes mais il ne connaît pas la pression, constate son papa. Il s’en nourrit. Il y aura des moments où il sera moins bon, évidemment, mais il est prêt à tout ça. C’est son insouciance. »
Trois choses à savoir sur Detourbet
Une routine déjà installée
Comme peuvent l’être d’autres jeunes footballeurs, Mathys Detourbet n’a pas été déraciné lorsqu’il a intégré le centre de formation de l’ESTAC. Il n’a jamais été interne puisqu’il est resté vivre dans la maison familiale de Saint-Germain. Ce départ pour Monaco est donc une étape majeure dans sa carrière et sa vie d’homme. Pour autant, rien n’a été laissé au hasard. Le milieu offensif, marié récemment, est déjà installé dans une maison à La Turbie, à 500 m du centre de performance. Dans ses bagages, son père, sa mère et son petit frère ont fait le voyage à ses côtés. Seule sa grande sœur est restée dans l’Aube. De quoi faciliter son adaptation et son équilibre. « À 19 ans, il était obligatoire pour nous de l’accompagner, mais il a sa liberté et son intimité. Il vit d’un côté avec sa femme et nous de l’autre », explique son papa avec sérénité.
Il a refusé l’Arabie saoudite
Quand d’autres jeunes joueurs français ont tenté l’aventure en Arabie saoudite, Detourbet a refusé les avances d’Al-Hilal l’hiver dernier. Son père raconte : « Si on avait pensé à l’argent, on aurait signé là-bas, mais Mathys veut jouer la Ligue des champions. Il m’a mis l’hymne et m’a demandé si je voulais l’entendre en vrai. J’ai dit : ‘‘Oui’’. Il m’a répondu : ‘‘On n’y va pas.’’ Aujourd’hui, on considère Monaco comme le meilleur club au monde pour son développement. Il fallait le sortir de son confort, dans une équipe qui aura la possession. Mathys est un joueur de possession. » Pour accepter son transfert de Troyes à City, il avait fait d’un prêt à Monaco une condition sine qua non.
Un lien fort avec son papa
En père attentif, Anthony Detourbet veille sur la carrière de son fils. « Il dit que je suis son meilleur préparateur mental », s’amuse-t-il, toujours franc. « Quand un gamin de 19 ans commence à gagner beaucoup d’argent, si tu ne lui mets pas des règles, ça peut devenir compliqué, pense-t-il. Parfois on s’engueule, il n’est pas toujours d’accord, mais on échange. On est très proches. Ce que je veux, c’est qu’à 35 ou 38 ans, le jour où il arrêtera sa carrière, il me dise : ‘‘Merci de ne pas m’avoir lâché’’. Pour moi, quand un joueur ne joue pas, ce n’est pas la faute de l’agent. J’ai toujours dit que les fautifs étaient les parents ou l’entourage. »
Ce que Filipe Luis, son entraîneur, pense de lui :
« C’est un plaisir de travailler avec un joueur doté d’un tel talent. On voit à sa façon de mener le ballon, à la manière dont il le traite, qu’il est dangereux. Il a cette assurance en lui. Ce n’est pas facile : parfois, il perd le ballon, mais il retente sa chance et c’est le plus important. Il a encore beaucoup à apprendre. Pour moi, on doit maintenant se concentrer sur les petits détails qu’il doit perfectionner – enfin, peut-être pas si petits que ça (sourire) - notamment sur le plan tactique. Tout ça en lui laissant la liberté de s’exprimer sur le terrain et de prendre du plaisir, car on voit bien qu’il apprécie d’avoir le ballon. »