"Il suffit de les foutre au feu" : la France peut-elle vraiment annuler une partie de sa dette comme le proposent Matthieu Pigasse et Jean-Luc Mélenchon ?
Après la proposition de la France insoumise, c’est au tour du banquier d’affaires et propriétaire du groupe de médias "Combat" Matthieu Pigasse de proposer d’"effacer la dette publique française" détenue par la BCE. Une mesure techniquement complexe qui se heurte à des obstacles juridiques quasiment insurmontables et qui fragiliserait l’euro, on fait le point.
Après l’idée avancée par Jean-Luc Mélenchon d’y "foutre le feu", le patron de presse et millionnaire Matthieu Pigasse, qui a notamment fait fortune auprès de gouvernements au bord de la faillite (Venezuela, Grèce, Argentine…) a expliqué que la dette française (plus 3 500 milliards d’euros) détenue à environ 20 % par la Banque centrale européenne pouvait être "annulée". Évidemment, il s’avère que c’est à peine plus compliqué que ça dans les faits. On fait le point.
\ud83d\udd25\ud83d\udcc4 "Il suffit de prendre les titres de dette et de les foutre au feu !" : Mélenchon a trouvé la solution pour ne pas rembourser la dette !
\ud83d\udde3 « Les titres de dette, vous les mettez au frigo, à la cave, vous pouvez les mettre pendus au plafond !
Ça n'a aucune importance :… pic.twitter.com/uLBe5xX3rp
— Surmulot (@SurmulotsNews) August 9, 2026
En effet, Jean-Luc Mélenchon va devoir revoir son plan. Dans une analyse publiée par la direction générale du Trésor en 2020, l’économiste Agnès Bénassy-Quéré écrivait que la BCE ne peut pas "annuler tout ou partie des dettes des États qu’elle détient dans son bilan. Ce serait contraire au traité européen, lequel proscrit le financement monétaire des déficits publics".
Si la BCE achetait et annulait la dette émise par les États, sa fonction consisterait alors à "financer les dépenses publiques par émission de monnaie, sans aucun rapport avec le mandat de stabilité des prix. Le pouvoir d’achat de la monnaie ne serait plus garanti. Or, personne n’est jamais obligé de détenir des euros", analysait-elle.
En 2021, la présidente Christine Lagarde allait dans ce sens et déclarait déjà face à de telles propositions venues du même camp que "l’annulation de cette dette est inenvisageable. Ce serait une violation du traité européen (article 123 du TFUE) qui interdit strictement le financement monétaire", relais Les Échos.
Matthieu Pigasse vient d’expliquer que la dette française n’est qu’un « mur imaginaire ». Que les 20 % détenus par la BCE peuvent être purement et simplement annulés. Sans coût. Sans conséquence. Que pendant le Covid on a prouvé qu’« il n’y a pas de contrainte économique,… https://t.co/R0dLwPvoJ5
— Brivael Le Pogam (@brivael) August 22, 2026
La crainte des investisseurs
Selon Mathieu Plane, directeur adjoint de l’OFCE, "la seule façon de l’envisager, ce serait un accord commun de tous les pays de la zone euro pour demander une annulation de la dette détenue par la BCE avec une révision des traités et du mandat de la banque centrale puisque celle-ci est indépendante". Les partenaires européens aimeraient-ils réellement financer cette manœuvre ?
Si cette première marche parvient à être enjambée par miracle, des économistes craignent la perte de confiance chez les créanciers privés envers l’économie française, avec un effet direct des taux d’intérêt qui partiraient en hausse. Ces derniers détiennent la majorité de la dette tricolore (secteur privé français 13,7 % et investisseurs étrangers 52 %, selon les données du FMI).