Ils craignent que Marine Le Pen ne coupe tout si elle est élue: les développeurs d'énergies renouvelables se ruent sur les contrats publics avant la présidentielle
Ils craignent que Marine Le Pen ne coupe tout si elle est élue: les développeurs d'énergies renouvelables se ruent sur les contrats publics avant la présidentielle
Publié aujourd'hui à 12h56
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Panneaux solaires (photo d'illustration). - AFP
Craignant que Marine Le Pen mette un coup d’arrêt aux nouveaux projets éoliens et solaires en cas de victoire à la présidentielle, les promoteurs français des énergies renouvelables se précipitent pour décrocher des contrats garantis par l’État. Une hausse de l'offre qui fait chuter les prix, dans un secteur déjà fragilisé par le ralentissement de la demande d’électricité et les suppressions d'emploi.
Est-ce la dernière ligne droite pour les développeurs français du secteur des énergies renouvelables ? C'est en tout cas ce que laissent penser la précipitation de ces derniers pour obtenir des contrats garantis par l'État, rapporte Bloomberg. En cause, les récents sondages qui donnent Marine Le Pen largement en tête avant les présidentielles.
Cette dernière s'est engagée à mettre un terme aux nouveaux projets éoliens et solaires et a critiqué les milliards d’euros que la France consacre au soutien aux énergies renouvelables. Craignant un risque de gel de nouveaux projets, les développeurs (qui portent les projets de construction d'éoliennes ou de panneaux photovoltaïques) se livrent une bataille acharnée avant l'échéance.
En France le processus est encadré: l'État propose des contrats et ils se positionnent. Ainis, la dernière vente aux enchères consacrée aux grands parcs solaires a enregistré près de six fois plus d’offres que de places disponibles. Concrètement, les candidats proposent un prix, et comme ils sont nombreux à être concurrence, cela les encourage à proposer le tarif le plus bas.
Les candidats retenus, parmi lesquels EDF et Reden Solar, se sont ainsi engagés à vendre de l’électricité à des prix inférieurs de 23% en moyenne à ceux de l’appel d’offres de l’année dernière. Une vente aux enchères consacrée à des projets de plus petite envergure a également vu son nombre de souscriptions exploser, ce qui a fait baisser les prix de 15%.
Morosité du secteur
Les investisseurs acceptent des niveaux de prix "qui restent intéressants, avant de devoir éventuellement faire face à une période sans appels d’offres", a déclaré Frank Demaille, directeur général de Reden, qui a remporté 20% des 931 mégawatts attribués lors de l’appel d’offres pour des parcs solaires au sol au début du mois.
Ces baisses de prix viennent s'ajouter à la morosité du secteur, qui procède déjà à des suppressions d'emplois et à des réductions de coûts après des années d'expansion rapide.
"Cela exerce une pression sur nos marges de développement et de construction", s'inquiète Thomas de Moussac, directeur général et cofondateur de Mexens SAS, l'un des gagnants de contrat lors du dernier appel d’offres.
Éviter une surproduction
S'inspirant de la stratégie de Donald Trump, Marine Le Pen s'en prend depuis des années au secteur des énergies renouvelables, reprochant aux subventions – qui ont dépassé les 6 milliards d’euros l’année dernière – ainsi qu’à la politique énergétique globale d'Emmanuel Macron d’appauvrir les Français et de ruiner l’économie.
La capacité solaire française s’est développée rapidement sous la présidence d'Emmanuel Macron, après que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait grimper les prix de l’énergie à des niveaux record en 2022, tandis que des problèmes techniques ont fortement réduit la production nucléaire en France.
Le contexte a depuis changé. La demande en électricité reste modérée, la production d’énergies renouvelables a augmenté et les réacteurs d’EDF ont repris du service, ce qui a incité le gouvernement à revoir à la baisse certains de ses objectifs en matière d’énergies vertes afin d’éviter une surproduction. Ce revirement se répercute désormais sur l’ensemble du secteur.
Des projets qui pourraient générer des recettes pour l'État
Lors du dernier appel d’offres, les grands projets solaires ont obtenu des contrats à un prix moyen de 61 euros par mégawattheure, ce qui correspond à peu près au niveau des contrats de gros pour 2029 et 2030 sur la Bourse européenne de l’énergie. Le gouvernement verse une aide aux promoteurs lorsque les prix du marché descendent en dessous de ce seuil, tandis que les entreprises versent une contribution à l’État lorsque les prix le dépassent.
Avec des tarifs aussi bas, ces projets pourraient donc ne nécessiter que peu, voire aucune subvention si les prix se maintiennent à des niveaux proches de ceux actuels, et pourraient même générer des recettes pour l’État s’ils augmentent.
La ministre de l’Énergie, Maud Bregeon, a déclaré que la baisse des prix aux enchères montrait que le secteur gagnait en compétitivité. D’autres appels d’offres dans le domaine des énergies renouvelables sont prévus dans les mois à venir, a-t-elle indiqué, ajoutant que les résultats d’un appel d’offres pour l’éolien terrestre, qui seront dévoilés prochainement, sont "encourageants".
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