« Ils ont attendu que ma femme soit seule et tout s’est embrasé » : l’ancien locataire expulsé s’est-il vengé dans ce quartier de Nice ?
Il est sous le choc. « Ma femme a eu juste le temps de sauter par la fenêtre… Heureusement que c’était pas haut… Heureusement aussi que les petits n’étaient pas là… J’ai cru tous les perdre. » Il souffle. C’est un grand gaillard, un père de famille qui a peur pour son épouse et ses enfants. Il a reçu « une soixantaine d’appels anonymes de menaces pour (l)’empêcher de déposer plainte. » Il témoigne sous couvert d’anonymat « par crainte des représailles ».
Et il raconte : « Ça devait être une fête, ça a viré au cauchemar ». La famille habite, depuis des années, à L’Ariane (Nice-Est), un vieil immeuble bringuebalant et usé voué à la destruction dans le cadre du programme de renouvellement urbain qui se poursuit dans les quartiers niçois. Comme le veut le processus, les locataires sont relogés au fur et à mesure afin de vider les lieux qui doivent être démolis.
« On a reçu, fin avril, de la part d’Agis 06 [qui chapeaute le relogement des habitants] une proposition pour un grand appartement de CDC Habitat [un bailleur social] avec une terrasse et un garage dans une résidence récente, relate le père de famille. Ça semblait magnifique, vu l’état de notre appartement actuel qui n’est plus entretenu parce qu’il va être détruit. On avait acheté une pelouse synthétique pour mon fils qui adore jouer au foot. On imaginait refaire la cuisine… »
La visite, quelques jours avant leur emménagement, leur avait paru « un peu bizarre : le hall d’entrée de l’immeuble était tagué : “On est chez nous, ici”, “La moula”, “Les ténèbres” et ça sentait la fumée », se souvient-il.
Étrange aussi, cet « agent de sécurité qui surveillait l’appartement 24h/24. La dame qui faisait la visite nous a dit que tout serait sécurisé quand on rentrerait dans les lieux mais qu’il fallait qu’on fasse vite… »
La famille s’interroge un peu mais s’installe le 30 mai 2026. Le lendemain, alors que le père est parti travailler et que les enfants jouent au jardin, la mère profite du calme pour défaire les cartons.
« Du liquide couler sous la porte »
« Ils ont attendu qu’elle soit seule dans l’appartement. Elle a vu du liquide couler sous la porte d’entrée, elle a cru à une fuite d’eau, s’est penchée. Et, d’un coup, tout s’est embrasé. »
En allant déposer plainte, ils découvrent que le même appartement avait déjà été la cible d’un incendie volontaire en avril. Du côté des voisins, il se murmure que l’ancien locataire, expulsé, voudrait se venger. Mais personne ne parle officiellement, il n’y a que des rumeurs entre deux portes vite refermées…
La famille comprend alors cette odeur de fumée tenace. Et leurs rêves de nouvelle maison s’effondrent : « On vit à L’Ariane depuis onze ans, on n’a jamais eu de problèmes avec personne, on est des gens tranquilles et on élève nos enfants. On est les victimes collatérales d’un conflit entre l’ancien locataire et CDC Habitat… On ne peut pas prendre le risque de brûler une nuit parce que quelqu’un met le feu chez nous… Ma femme est terrorisée… Le quartier est petit, on craint pour notre sécurité, on voudrait partir loin de tout ça. »
Le bail avec CDC Habitat a été résilié. La famille, défendue par Me Sefen Guez Guez, a regagné son ancien appartement en attendant un relogement. Sans nouvelles à ce jour…
CDC Habitat a déposé plusieurs plaintes
Sollicité, CDC Habitat affirme prendre « très au sérieux cette situation qui affecte la sécurité et la tranquillité des résidents ainsi que le bon fonctionnement de la résidence. »
Le bailleur social explique : « Comme dans toute situation d’expulsion présentant un risque élevé de réintégration du logement, un dispositif de gardiennage a été mis en place dès l’expulsion, conformément à nos procédures habituelles. Un agent de sécurité était présent, afin de sécuriser la résidence. Plusieurs incidents survenus précédemment ont donné lieu à des signalements et à des dépôts de plainte de la part de CDC Habitat. Une enquête étant en cours, nous ne sommes pas en mesure de commenter les faits signalés ni leurs circonstances. »
De son côté, Agis 06 rappelle qu’il n’est qu’un facilitateur et un médiateur des acteurs de l’habitat social, pas un bailleur, mais assure rechercher activement un T5 pour la famille victime de l’incendie.