Incendies en Gironde : des feux ravageurs qui ravivent le souvenir du drame de l’été 1949
Depuis des décennies, la forêt des Landes porte toujours la cicatrice du plus meurtrier incendie de son histoire. À chaque été marqué par des températures extrêmes, la même inquiétude resurgit : voir se reproduire le scénario tragique de 1949. Une hantise que ravive le feu dans le massif des Landes de Gascogne, en Gironde, une nouvelle fois ravagé par les flammes qui continuent de faire rage ce lundi 27 juillet.
Composée en grande partie de pins maritimes, cette forêt s’avère particulièrement vulnérable : leur résine, hautement inflammable, transforme les arbres en un combustible redoutable lorsque la sécheresse s’installe. Dans ces conditions, un simple départ de feu peut rapidement devenir incontrôlable.
C’est ce qui s’était passé à l’été 1949. Cette année-là, plus de 80 personnes avaient péri dans les flammes, faisant de cet incendie le plus meurtrier jamais enregistré en France. Déclaré le 19 août près de la commune de Saucats, en Gironde, le feu se propage alors à une vitesse fulgurante à cause d’une végétation asséchée après plusieurs étés particulièrement chauds. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le massif forestier souffre également d’un manque d’entretien, ce qui favorise la propagation des flammes.
Des changements de vent soudains
Le brasier gagne rapidement la commune voisine de Cestas, avant d’atteindre Barp, Marcheprime et Mios. Pour lutter contre sa propagation, les secours de l’époque disposent de maigres moyens. Ils mettent en place des contre-feux, qui consistent à brûler volontairement certaines zones pour ralentir voire arrêter les flammes. Mais toutes ces tentatives restent vaines.
La situation se complique encore avec les changements soudains du vent. D’abord orienté vers le nord-est, il tourne brutalement et pousse les flammes vers l’ouest, les faisant progresser à une vitesse de 4 kilomètres par heure. Le 20 août, alors que les habitants croient à une accalmie, un nouveau retournement du vent provoque une reprise de braises que les secours pensaient éteintes. Des flammes atteignant près de 200 mètres de hauteur dévorent alors la forêt. Ce jour-là, 82 personnes perdent la vie, prises au piège par un feu devenu incontrôlable. Parmi les victimes figurent des agents des eaux et forêts, des bénévoles, le maire de Saucats, ainsi que plusieurs militaires.
L’ampleur de la catastrophe entraîne une mobilisation exceptionnelle. En plus des habitants et des pompiers de Paris, des équipes britanniques de la Royal Air Force viennent renforcer les personnes mobilisées. Après six jours d’une lutte acharnée, les principaux foyers sont finalement maîtrisés le 25 août. L’incendie laisse derrière lui un paysage dévasté : un immense nuage de fumée obscurcit le ciel, visible à plus de 100 kilomètres, des dizaines de fermes sont parties en fumée, tandis que les zones sinistrées, plus de 50 000 hectares de forêt, ne sont plus que des champs de cendres.
Deuil national
La France entière est bouleversée par cette tragédie. Une journée de deuil national, appelée le « deuil rouge », est décrétée le 24 août. Quelques jours plus tard, les funérailles des victimes, célébrées par l’archevêque de Bordeaux Mgr Maurice Feltin, rassemblent de nombreuses personnes touchées par l’événement.
Pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise, le massif landais se dote progressivement d’un vaste dispositif de défense contre les incendies. Des milliers de kilomètres de pistes forestières permettent désormais aux pompiers d’accéder rapidement aux foyers, des tours de guet facilitent la détection des départs de feu, des points d’eau sont aménagés et des pare-feu sont créés pour ralentir la progression des flammes.
Ces mesures, qui apparaissaient jusque-là efficaces, ont montré leurs limites durant les derniers grands incendies qui ont touché la Gironde, en 2022 et à nouveau en 2026. Si cette année l’incendie a parcouru 42 000 hectares selon le dernier bilan, le feu toujours en cours pourrait bien égaler voire dépasser le record des 50 000 hectares brûlés détenu par l’été 1949. Mais le bilan humain, lui reste bien moindre : des blessés, certes, mais aucune mort n’est à déplorer pour l’heure.