L'allégorie de la Justice au tribunal de Rennes (photo d'illustration)

L'allégorie de la Justice au tribunal de Rennes (photo d'illustration) - Damien Meyer-AFP

Un sexagénaire a été condamné ce lundi 17 août à 15 mois de prison avec sursis probatoire pour des injures racistes envers des enfants au mois d'avril dans la commune d'Espaly-Saint-Marcel. Ce dernier avait également brandi une arme à feu en l'air.

Un sexagénaire poursuivi pour avoir proféré des injures racistes envers des enfants tout en les menaçant avec une carabine, a été condamné ce lundi 17 août à 15 mois de prison avec un sursis probatoire de deux ans par le tribunal correctionnel du Puy-en-Velay (Haute-Loire).

Le ministère public avait demandé une peine de quinze mois de prison avec un sursis probatoire de trois ans. La peine est notamment accompagnée d'une obligation de soins, d'une interdiction de port ou de détention d'arme pendant dix ans.

L'homme devra par ailleurs verser un euro symbolique à SOS Racisme et à la Ligue des droits de l'Homme (LDH), ainsi que 2.200 euros à un enfant victime, partie civile.

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Dimanche 19 avril, dans une résidence d'un quartier défavorisé d'Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire, le retraité était sorti de chez lui armé de sa carabine et avait fait feu près d'un groupe d'enfants qui jouaient au ballon. Plusieurs témoins avaient par ailleurs fait état de propos racistes visant les enfants.

À l'audience, l'homme de 65 ans, chemise blanche, lunettes, cheveux gris noués en arrière, a assuré à la barre qu'il avait simplement "tiré en l'air" avec son arme sur laquelle il avait omis de "mettre la sécurité", sans avoir visé les enfants. Mais pour le procureur Antoine Jocteur-Monrozier, "plusieurs éléments invalident le discours" du prévenu.

"Vous vous rendez compte de la peur occasionnée aux parents et aux enfants? Vous vous rendez compte que vous auriez pu toucher un de ces enfants?", lui a demandé la présidente du tribunal Emma Toucas.

"Pas entendables"

L'homme comparaissait également pour avoir proféré des injures racistes, traitant notamment les enfants de "sales nègres" ou "sales arabes", ce jour-là, mais aussi les mois précédents. "Si je l'ai dit, c'est par énervement, ça m'a échappé, je ne suis pas raciste", a-t-il tenté de se justifier, se disant "harcelé" par les enfants. Poussé dans ses retranchements par la présidente, il a toutefois fini par reconnaître: "j'ai pu tenir ces propos".

"Les insultes racistes ne sont pas entendables en 2026", a tonné la présidente.

Si "aucun élément sur des insultes à caractère raciste n'apparaissait" dans la première procédure, celles-ci sont cependant "clairement établies", a relevé le procureur, estimant que "le racisme n'a(vait) pas sa place dans la société".

Maître Frédérique Grasset, avocate du prévenu, a quant à elle dépeint son client comme une "cible facile, fragile psychologiquement et physiquement" dans un "contexte" de "harcèlement".

"Temps obscurs"

"Ce sont des enfants qui ont été injuriés, comparés à des animaux tels que 'singes' ou 'babouins' et cela rappelle des temps obscurs (...) comme si leur couleur de peau les rendait inférieurs", s'est insurgée Maître Aurélie Chambon, avocate de la LDH et de SOS Racisme, dénonçant "un acte grave".

"Moi je n'y crois pas une seconde à 'j'ai tiré en l'air'", a plaidé Maître Anne-Sophie Clauzier, avocate d'un enfant de 10 ans, absent à l'audience, qui dit avoir été visé par le sexagénaire. Elle a décrit un garçonnet toujours "traumatisé" et "terrorisé" par le plomb qui l'a frôlé, dénonçant par ailleurs une "victimisation permanente" du prévenu.

Renvoyé dans un premier temps devant la justice pour "violence avec arme", l'homme était finalement également jugé pour "injures publiques en raison de l'ethnie, la race ou la religion".

Lors de son audition, il avait seulement admis avoir "tiré en l'air" après avoir été traité de "sale blanc", selon la police. Le père de l'enfant de 10 ans avait déclaré que son fils avait été mis en joue et traité de "sale nègre", mais selon lui les insultes racistes n'avaient pas été retenues.

Il avait alors déposé une nouvelle plainte pour ces faits et une seconde enquête avait été ouverte.

L'affaire avait ému plusieurs élus de gauche qui avaient réagi sur le réseau social X, dénonçant "une véritable chasse à l'enfant de couleur" et accusant la police d'avoir minimisé les faits.