Publié le mercredi 9 septembre 2026 à 11h30 Mis à jour le mercredi 9 septembre 2026 à 13h32

Dans une vidéo révélée par Midi Libre mardi, un policier municipal de Carcassonne, également membre du service de sécurité du Rassemblement national, tient des propos racistes et misogynes. Il l'ignorait mais il était filmé par une caméra-piéton. Le RN a décidé de l'exclure et la mairie réagit.

"Bougnoules", "nègre", "Kirikou". Voilà quelques-uns des propos racistes tenus par un policier municipal de Carcassonne, également membre du Rassemblement national et intervenant occasionnellement bénévolement au sein du service d'ordre du RN. Révélés ce mardi par le quotidien "Midi Libre", ils ont été enregistrés par la caméra piéton d'un de ses collègues, qu'il croyait éteinte, lors d'une patrouille effectuée fin novembre 2025.

L'homme est un brigadier-chef de la police municipale de Carcassonne, âgé de 50 ans, proche du nouveau maire RN de la ville audoise. Dans la vidéo, il tient des propos également complotistes et sexistes et d'autres policiers tiennent eux aussi des propos racistes. Le parquet de Carcassonne a indiqué à l'AFP avoir ouvert une enquête, sans préciser la date.

Deux jours après la découverte de cette vidéo en novembre 2025, une enquête administrative a été ouverte par la Ville, indique une source proche de l'enquête à franceinfo. Cette enquête, qui a duré trois semaines, n'a pas permis d'identifier les personnes mises en cause dans la vidéo. Toujours selon cette même source, le policier qui intervient à de nombreuses reprises dans la vidéo - désormais exclu du RN - s'est mis en arrêt maladie à cette même période.

"J’en peux plus du bicot, du nègre, du nègre, de l’Afghan"

Dans cette vidéo, on entend notamment l'homme déclarer : "Ils roulent vite ces bougnes" devant le passage d’une personne d'origine maghrébine au volant. Ou encore : "J’en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l’Afghan".

Après l'appel d'une administrée qui dit avoir percuté un animal avec sa voiture, l'un des policiers s'inquiète: "J'espère que c'est pas un gamin, ou quelqu'un, qu'elle a percuté." L'agent qui prend le plus la parole lui répond en plaisantant: "Non, c'est peut-être un migrant, un petit Kirikou", avant d'ajouter en imitant un accent africain: "Kirikou dans la savane, il est percuté, il est venu en France, il est percuté par un véhicule."

Le même policier relaie également, dans une tirade homophobe, la théorie complotiste selon laquelle Brigitte Macron serait une personne trans. "On essaye de cacher ça au monde entier", dit-il. Après avoir visionné une vidéo sur la guerre d'Algérie, il commente: "Et alors? On a niqué des bougnoules, on a niqué des bougnoules! Et eux, combien de soldats ils ont niqué? (...) Après, où commence la torture?" Il critique aussi les discours anticolonialistes, évoquant le fait historique selon lequel certains peuples africains ont contribué à l'asservissement par les Européens d'autres peuples. "Entre tribus, ils se vendaient, ces singes", lance-t-il. "Je crois que je commence à devenir raciste", lâche-t-il.

Radié du Rassemblement national

Le Rassemblement national indique dans un communiqué ce mercredi condamner "avec la plus grande fermeté les propos tenus, pénalement répréhensibles, qui vont à l'encontre des valeurs portées par notre mouvement"" ces propos racistes et procède à sa radiation . "On ne peut pas tolérer ça", a réagi auprès de l'AFP Louis Alliot, maire RN de Perpignan et vice-président du parti. "Ces gens-là sont des irresponsables dangereux. Ils jettent la suspicion sur l'ensemble du corps de la police municipale. C'est évidemment un cas isolé", assure Louis Alliot.

La Ville met en cause l'ancienne municipalité

La municipalité de Carcassonne, dont le maire Christophe Barthès est membre du RN, condamne "sans réserve" dans un communiqué et rappelle que ces images remontent à 2025 "sous la précédente municipalité". Et ajoute: "Il convient de rappeler que cette affaire est antérieure à l'arrivée de la nouvelle majorité municipale". La Ville affirme ensuite "constater que l'ancienne municipalité a étouffé l'affaire sans y apporter la moindre réponse", mettant ainsi en cause son prédécesseur, Gérard Larrat, maire divers droite de Carcassonne de 2005 à 2009, puis de 2014 à 2026. La mairie promet que "les sanctions seront à la hauteur de la gravité des faits"

Communiqué de la mairie de Carcassonne ce mercredi 9 septembre. - -

Alix Solere-Alcaraz, chef de l'opposition socialiste au conseil municipal réagit au micro d'ICI : "Ce sont des propos insultants pour des milliers de Carcassonnais. Le maire explique qu'il faut faire le ménage dans la ville, et bien là il faut le faire dans ses propres troupes, tout simplement."

Indignation dans la classe politique

Aurore Bergé, la ministre chargée des luttes contre les discriminations a réagi ce mercredi matin à l'affaire, sur RMC et BFMTV. "C'est insupportable (...) On assiste à une libération de la parole raciste, à une explosion de l'antisémitisme", dit-elle. Carole Delga, présidente de la Région Occitanie se dit "écœurée" sur le réseau social X et demande des sanctions.

Le député PS de l'Essonne Jérôme Guedj demande sur X la suspension de "l’agrément de ce policier municipal".

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