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  • Attentat à Moscou : « Tout est exploité, du côté russe comme du côté ukrainien »

Le chef de l’armée de l’Air russe, Alexandre Tchaïko, aurait été la cible d’un attentat ayant fait trois morts et 21 blessés, samedi, dans une explosion à l’intérieur d’un restaurant à Moscou. Qui pourrait en être à l’origine ? Entretien avec Frédéric Encel, géopolitologue et enseignant en relations internationales et sciences politiques.

Propos recueillis par Mondo Guest -

Hier à 20:40

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Quelles hypothèses peut-on émettre sur l’origine de cette action terroriste ?

« Une première hypothèse serait que le Kremlin souhaitait se débarrasser d’un haut gradé qui n’aurait pas atteint ses objectifs, voire qui serait séditieux, aux yeux de Vladimir Poutine. Souvenez-vous de ce qu’il s’était passé avec l’élimination du chef de la faction Wagner, Evgueni Prigojine. Dans un système autoritaire, ce genre de procédé n’est pas un événement surprenant.

La deuxième hypothèse est qu’il s’agisse d’une action des services secrets ukrainiens. Malgré le fait que le conflit soit une guerre relativement conventionnelle - qui se prolonge maintenant sur quatre ans et demi - tout est exploité, du côté russe comme du côté ukrainien. Cibler des haut gradés de manière extrajudiciaire est perçu comme un levier d’action comme un autre.

Mais il y a une troisième hypothèse, c’est celle de l’islamisme. Je crois moins à cette possibilité, mais elle n’est pas nulle. Je rappelle quand même que dans les années 2000 et 2010, la Russie était frappée de plein fouet par des attentats islamistes extrêmement meurtriers, perpétrés par les filières caucasiennes, tchétchènes et d’autres groupes. Et la Russie n’est toujours pas à l’abri de cette éventualité, car elle est très duplice dans le jeu de ses intérêts au Moyen-Orient. »

Pour le moment l’attentat n’a été revendiqué par personne et les autorités russes poursuivent leur enquête. Cependant, plusieurs attentats à la bombe ont déjà eu lieu depuis le début de la guerre en Ukraine. On se rappelle de la mort de Daria Douguina, fille de l’idéologue Alexandre Douguine, ou de Maxime Fomine, blogueur militaire russe tué dans un café de Saint-Pétersbourg. Quelle est votre analyse sur ce nouvel acte terroriste ciblant des militaires ou des partisans de la guerre en Russie ?

« Il s’agirait pour le coup d’une quatrième hypothèse, à laquelle pour l’instant je ne crois pas. C’est l’idée qu’il y ait en Russie une opposition interne à la guerre, ou interne au pouvoir de Vladimir Poutine en général, qui serait prête à s’exprimer par des attentats sur des hauts gradés, car viser directement Poutine est excessivement difficile. Mais jusqu’à présent, on n’a pas vu de réelles actions d’une opposition interne, qui d’ailleurs aurait un intérêt politiquement à revendiquer l’attentat. De telles séries de morts et “d’accidents” pour le moins étranges ressemblent davantage à ce que fait le Kremlin. »

« On pourrait très bien considérer que Vladimir Poutine profite de cet attentat »

En admettant que votre première hypothèse est la bonne, le Kremlin n’aurait-il pas eu intérêt à se débarrasser d’Alexandre Tchaïko de façon plus “discrète” ? Laisser faire un attentat à l’explosif en plein Moscou, est-ce que ça n’est pas extrêmement mauvais pour l’image publique de Vladimir Poutine ?

« Oui et non. On pourrait très bien considérer que Vladimir Poutine profite de cet attentat pour pointer le doigt sur l’ignominie des “nazis de Kiev” ou des “fascistes européens”, ce qui légitimerait à son tour des frappes plus fortes encore sur les civils ukrainiens. C’est une hypothèse, mais qui n’est pas stupide vis-à-vis de Poutine. Il faut tout de même rappeler son CV, il a littéralement été formé à la propagande, à la manipulation de l’information et aux manœuvres retorses. Il a déjà démontré qu’il pouvait user de ce genre de stratagème. »

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