“Invitations”, pourquoi il ne faut pas manquer le dernier voyage de Jirô Taniguchi | Les Inrocks
Inédits en français et dévoilés près de dix ans après sa disparition, les trois récits d’“Invitations” sont comme le testament plein de vie de Jirô Taniguchi.
Un écrivain déambule dans les rues de Tokyo. Son esprit se retrouve happé par des histoires étranges, comme celle de cette femme qui achète du sucre d’orge pour le ramener au cimetière. Une décennie après son décès, on découvre avec beaucoup d’émotion les derniers récits de Jirô Taniguchi dans Invitations, un recueil où les frontières entre réalité, rêve et au-delà restent floues.
Finalement comme dans Quartier lointain, “son best-seller absolu, près de 500 000 exemplaires vendus”, selon Wladimir Labaere, directeur de la collection Sakka aux éditions Casterman. Celles-ci, depuis la disparition du mangaka en février 2017 des suites d’un cancer, se sont surtout attelées à republier dans le sens original une dizaine d’œuvres phare initialement adaptées au lectorat français comme Le Gourmet solitaire tout juste réédité. Mais Invitations prolonge une dernière fois l’œuvre. “Lors du dernier dîner qu’on a fait avec lui à Tokyo, il nous expliquait vouloir faire une nouvelle variation sur le thème du marcheur mais avec des yokai (des créatures surnaturelles, ndlr)”, précise Wladimir.
Cette envie se traduit par les deux récits enchanteurs regroupés sous le titre Quelque part. Ils mettent en scène Lafcadio Hearn, écrivain japonais d’origine irlandaise, flottant entre le Tokyo du XIXe siècle qu’il parcourt et un monde beaucoup plus fantasmatique. “On ne lui prête aucune intention, mais comment imaginer que Taniguchi, se sachant malade, n’ait pas ressenti le besoin de s’intéresser au passage du monde des vivants à celui des morts ?”, questionne Wladimir Labaere. Inachevée, la dernière histoire d’Invitations voit Taniguchi expérimenter une dernière fois, sans assistant – ce qui était rare. Réalisé à l’encre claire, sans trame ni ombres, le résultat lumineux puis fantomatique montre un auteur en mouvement jusqu’à la fin. Il n’a pas fini de nous hanter.
Invitations (Casterman), 112p. 20 €, traduit du japonais et présentation par Patrick Honnoré, en librairie
Le Gourmet Solitaire avec Masayuki Kusumi (Casterman), 352p., 29 €, traduit du japonais par Patrick Honnoré, Sahé Cibot – en librairie