La coalition de droite et d'extrême droite accélère son offensive législative avant la dissolution du Parlement et les prochaines élections en Israël prévues le 27 octobre 2026. Parmi ces textes, on compte celui déclarant l'étude de la Torah « valeur fondamentale » de l'État, mais aussi une loi limitant les pouvoirs du procureur général. Pour l'opposition et plusieurs organisations de défense des droits, ils marquent une nouvelle étape dans l'érosion des contre-pouvoirs démocratiques. Raluca Ganea est la directrice du mouvement israélien Zazim, mouvement citoyen israélien rassemblant des citoyens juifs et arabes pour promouvoir la démocratie, les droits humains et la justice sociale. Elle répond à RFI.

Publié le : 16/07/2026 - 22:00Modifié le : 16/07/2026 - 22:45

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RFI : Comment réagissez-vous après l'adoption de la loi sur le rôle du procureur général ? De quoi s'agit-il ?

Raluca Ganea : Il s'agit d'une loi de plus dans une série de lois qui affirment, sous différentes formes, que le gouvernement n'est pas soumis à l'État de droit. Il n'est pas tenu de se conformer ni aux décisions de la Cour suprême, ni aux avis du procureur général. On le sait depuis Montesquieu, il est censé y avoir trois pouvoirs distincts qui s'équilibrent les uns par rapport aux autres. Si l'un d'entre eux prend le dessus, ce qui est le cas actuellement, alors on n'est plus en démocratie. En sapant l'autorité du procureur général, le gouvernement affirme en réalité : « Nous sommes au-dessus de la loi. Nous pouvons faire tout ce que nous voulons en fonction de nos propres intérêts et non en fonction de la loi. »

Les membres de ce gouvernement ne représentent plus personne et ils font tout ce qu'ils peuvent pour s'accaparer toujours plus de pouvoir avant les prochaines élections. Ces textes ouvrent la voie à l'intimidation des électeurs pour les dissuader de voter et permettent de qualifier les élections d'inéquitables si les résultats ne leur conviennent pas. Même si la justice venait à statuer que les élections étaient équitables, ils diraient qu'ils ne se sont pas tenus par cette décision.

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Comment éviter la dérive que vous décrivez ?

Un recours a déjà été déposé tôt ce jeudi 16 juillet au matin devant la Cour suprême contre cette loi. Mais le gouvernement a déjà déclaré il y a quelques semaines qu'il ne respecterait plus les décisions de la Cour suprême. La réforme judiciaire est allée si loin qu'il n'y a plus aucun moyen de contourner ces lois. Le seul espoir, c'est que l'opposition remporte les élections. Alors, toutes ces lois seront abrogées les unes après les autres. Au cours des deux dernières années, nous avons été très nombreux, au sein de mon organisation mais aussi parmi tant d'autres forces et initiatives à travers le pays, à nous mobiliser et à manifester sans relâche pour la démocratie et l'État de droit.

Mais le gouvernement est allé trop loin dans son déni des règles et de nos coutumes démocratiques. Il fait tout ce qu'il veut car il dispose d'une sorte de majorité automatique grâce à sa coalition. Donc, à ce stade, après tout le travail que nous avons accompli ces trois dernières années, il ne nous reste plus qu'à remporter les élections avec une majorité si large qu'il sera impossible de remettre en cause les résultats. Il faudra aussi être prêts pour le jour du scrutin, pour assurer ce que nous appelons une « présence de protection » dans les bureaux de vote, car nous savons qu'il y aura des tentatives de violence et de violation des règles électorales.

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Quelles sont les autres lois qui suscitent votre inquiétude ?

Bien sûr, il y a ce texte qui donne à la police et aux services de sécurité davantage d'outils pour lutter contre les gangs, les homicides et le trafic d'armes dans les localités arabes. Cela revient simplement à présenter les citoyens palestiniens d'Israël comme des ennemis, ce qu'ils ne sont pas. Ils sont censés être des citoyens comme n'importe qui d'autre. Et cela revient en fait à prélever des budgets qui devaient être investis au sein de la communauté arabe en Israël pour les attribuer aux forces de sécurité. Cela ne va donc pas aider les citoyens palestiniens d'Israël qui sont réellement menacés, car le nombre de meurtres et d'homicides violents a grimpé en flèche de manière extrêmement inquiétante. Et cela a commencé le jour même de l'élection de ce gouvernement, alors que ce phénomène était en recul sous le mandat du gouvernement précédent. C'est une très mauvaise nouvelle pour cette communauté en particulier, mais aussi pour nous tous.

D'autre part, il y a la loi sur la ségrégation entre les sexes dans les établissements d'enseignement supérieur. Concrètement, sur certains campus, les femmes et les hommes ne pourront pas s'asseoir en même temps à la cafétéria ou à la bibliothèque. C'est tellement extrême et radical. Aucun autre pays au monde n'a une loi pareille. Ici, il est très clair que l'extrême droite et les forces autoritaires s'associent aux ultra-orthodoxes et aux ultranationalistes. La remise en cause des droits des femmes et des droits des personnes LGBT fait partie intégrante de la réforme judiciaire. Et c'est extrêmement dangereux. C'est l'une des lois que nous devrons faire abroger, absolument. Nous ne pouvons tout simplement pas perdre cette bataille.

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