l'essentiel Une habitante de Sainte-Colombe-en-Bruilhois s'est battue pendant quatre ans pour obtenir "la réparation" des viols subis par sa fille mineure lors d'un voyage en Amérique du Sud en 2018. La mère de famille a remué ciel et terre pour fournir à la justice française et bolivienne des preuves accablantes contre le guide touristique, qui a finalement été condamné à 25 ans de prison.

En parvenant à faire traduire en justice le violeur de sa fille à plus de 10 000 kilomètres de distance de son domicile de Sainte-Colombe-en-Bruilhois, on peut dire que la détermination de Marie H.C., dont nous avons partagé le témoignage en septembre dernier, n'a pas un seul instant frôlé la résignation. Elle a dépassé les frontières de l'Atlantique, celles de la Bolivie, où Noémie* a été violée à deux reprises par un guide touristique en 2018, au cours d'un voyage partagé par le duo mère-fille dans la ville de Rurrenabaque. 

Elle n'a pas reculé devant les difficultés à bâtir un dossier accablant contre le mis en cause et l'agence de voyage dans laquelle il exerçait, ni à le faire transiter entre le système judiciaire français et celui du pays sud-américain, gangréné par la corruption. Quatre années de bataille judiciaire ont été menées envers et contre tous par la Lot-et-Garonnaise pour qu'enfin, un procès s'ouvre au mois de février 2026. "On me disait : ça ne sert à rien, tu vas t'y perdre. Les gens me regardaient comme si j'étais folle. J'en ai perdu mes amis proches, qui n'ont pas compris mon combat."

Réparation

Malgré plusieurs reports d'audience, l'homme a été condamné à 25 années de prison pour viols sur mineur - Noémie était âgée de 13 ans à l'époque - le 20 juillet dernier à Trinidad. "Quand la sentence est tombée, c'était lapidaire. J'étais pétrifiée", confie Marie H.C, la voix déraillée par l'émotion, qui a assisté au procès en visioconférence depuis son domicile. "Au début, j'ai même été déçue car je trouvais cette peine indulgente. J'ai finalement réalisé qu'en France, jamais il n'aurait écopé d'autant d'années de prison. J'ai senti le poids sur mes épaules qui s'est dégagé. Les larmes sont montées. C'était la fin de toutes ces années passées à courir partout, c'était épuisant."

La reconnaissance de la culpabilité du guide touristique est le seul épilogue que pouvait concevoir la mère de famille, rongée par le besoin d'obtenir "une sorte de réparation" pour sa fille, toujours marquée par les viols subis. "J'ai fait mon rôle de maman. J'ai réparé, pour qu'elle puisse enfin se reconstruire."

La Lot-et-Garonnaise poursuit les démarches pour que l'agence de voyage dans laquelle exerçait le coupable soit sanctionnée.
La Lot-et-Garonnaise poursuit les démarches pour que l'agence de voyage dans laquelle exerçait le coupable soit sanctionnée. Photo fournie par Marie H.C

Un large réseau

Après avoir appris les violences dont sa fille a été victime, Marie H.C. a multiplié les démarches judiciaires depuis le Lot-et-Garonne avec l'appui de ses avocates boliviennes, pour qu'une enquête soit ouverte dans le pays où les faits se sont déroulés. Elle a obtenu le soutien d'activistes féministes locales, fait appel au consul, à l'ambassade de France en Bolivie et s'est même procuré les contacts de ministres et magistrats locaux. "J'ai eu une aide incroyable dans ce pays. La communication se fait énormément par WhatsApp, elle permet d'évaluer l'urgence de la situation. À côté, en France, nous sommes restés au Moyen Âge...", regrette-t-elle.

La sexagénaire s'est tissé un véritable réseau sur le web, a recueilli les témoignages d'autres victimes des employés de l'agence de voyage en question, dont elle a fouillé le passé et remué les antécédents judiciaires pour renforcer son dossier. C'est ainsi qu'elle a découvert que le guide touristique avait déjà été visé par des accusations similaires dans les années 90, puis en 2016. "Ils embauchent des personnes tout en sachant qu'elles sont dangereuses", souffle cette dernière, évoquant la lourde condamnation pénale dont a également fait l'objet le frère du violeur de Noémie*, qui a écopé de 25 ans de prison pour des viols incestueux au début du mois de juillet.  

"Je veux que l'histoire de ma fille serve d'exemple. Je veux servir la cause des enfants violentés, agressés", avance Marie H.C. "Je veux montrer à ces personnes que même à 10 000 kilomètres de distance, on peut les atteindre. Il faut qu'ils comprennent qu'on ne touche pas aux enfants, qu'on ne viole pas des touristes. Au contraire, quand on est un guide, on est censé les protéger. Cette agence doit avoir une sanction." Le combat a connu une avancée primordiale. Mais il n'est pas tout à fait terminé.