« C’est pas facile tous les jours mais qu’est-ce que j’aime mon métier. » Nadège, 60 ans, est gardienne d’immeuble à Côte d’Azur Habitat. Une profession qu’elle exerce avec passion, sérieux et poigne. Et qu’on ne connaît pas si bien. Car si tous les locataires de la résidence dont elle a la charge lui tressent des louanges, elle n’hésite pas à hausser le ton parfois quand l’un d’eux fait une petite sortie de route, qu’il oublie sa poubelle dans l’escalier ou qu’il jette un détritus par la fenêtre. Portrait de celle qui est un rouage essentiel dans le quotidien de près de 90 locataires.

Cette femme volubile, native de la Réunion, est la « petite dernière d’une fratrie de 14 enfants. » Elle s’est définitivement installée en 1990 à Nice, un an après le décès de son frère auquel elle était très attachée. « Quand j’allais chez lui, aux Moulins, il m’arrivait de croiser la femme de ménage de l’immeuble. Un jour, elle devait partir en vacances trois semaines, j’ai postulé pour la remplacer. Ça s’est très bien passé. Alors j’ai continué à proposer mes services. »

À l’époque Côte d’Azur Habitat s’appelle encore l’Opam (office public d’aménagement et de construction des Alpes-Maritimes), ou « l’office » ainsi que le nomment encore nombre d’habitants. Nadège bosse bien, a le contact facile, alors elle est embauchée, toujours dans ce quartier.

Puis, elle souhaite changer d’horizon. Elle est affectée à la résidence Le Ferber. Elle suit alors une formation et obtient un titre professionnel à l’issue d’un an de stage : elle est désormais officiellement gardienne. Depuis 34 ans, elle veille à la sérénité des lieux. « J’ai connu des familles qui venaient de s’y installer, j’ai vu leurs bébés naître, grandir puis devenir parents à leur tour. » Les bambins la connaissent tous et l’appellent affectueusement « Tata ».

Une organisation millimétrée

« Le travail n’est pas facile, il y a beaucoup de choses à faire, dévoile Nadège. Je m’en sors parce que je suis très bien organisée. » Les journées commencent tôt : à 7 heures, pendant l’été, en raison de la chaleur. « Je fais le tour, je vérifie toutes les entrées, les parkings, je remonte les conteneurs des poubelles - je les lave tous les mercredis. Puis, je nettoie les étages (rampes, balai, serpillière), un bloc par jour, il y en a cinq. Les entrées, je les brique à grande eau tous les lundis. Avec ce système, ça reste propre et je ne me laisse jamais déborder. »

De 11 heures à 12 heures, Nadège assure une permanence dans la loge. « Les locataires viennent me voir pour parler des problèmes mais aussi pour discuter. C’est un moment qui leur est réservé, ils savent que j’ai le temps de les écouter sans être occupée à autre chose. Ça permet de régler plein de choses. Je me rends compte que s’il y a un souci entre deux voisins, ils passent par moi plutôt que de se parler directement. »

« S’il y a une panne d’ascenseur le week-end, ils n’appellent pas le réparateur, ils attendent que je sois là le lundi pour le faire, confie la gardienne. Mon rôle, c’est de faciliter la vie de tous. J’aime me sentir utile, mon métier a beaucoup de sens. Donc s’il y a quelque chose qui ne va pas, je sais à qui m’adresser, qui prévenir pour faire intervenir un technicien. La dernière fois, j’ai fait venir les jardiniers parce que ça avait poussé derrière et je ne pouvais plus accéder. »

« Gentille, serviable, consciencieuse »

Nadège exerce un sacerdoce plus qu’elle ne travaille. Elle accomplit une multitude de petites choses qui rend la vie plus douce dans la résidence. S’il faut appeler les pompiers parce que quelqu’un a chuté, c’est elle qui s’en charge. Une fois, elle a évacué l’immeuble après avoir coupé les robinets de gaz parce que ça sentait. « Les techniciens m’ont dit que j’avais eu les bons réflexes mais sur le coup, je n’ai réfléchi à rien, j’ai agi à l’instinct. »

L’an prochain, elle va raccrocher définitivement. Il sera l’heure de la retraite. « Si vous partez je pars ! », lui lance une jeune femme, arrivée il y a 5 ans et qui s’est déjà attachée. Elle n’est pas la seule, les anciens, locataires dès la livraison de l’immeuble dans les années 70, Christian et Robert ne tarissent pas d’éloges : « Oh Nadège, il y a tant à dire… Elle a toujours le sourire, est gentille, serviable, consciencieuse. » « Quand elle n’est pas là, tout le monde s’en aperçoit », affirment Aurélia et Renée. Cette dernière poursuit tout bas : « Je suis rassurée quand elle est là ». Tous le disent, le jour du départ, les larmes vont couler à flots alors, pour le moment, ils n’y pensent pas.