"Je ne pensais pas pouvoir nager aussi vite"... Le retour du roi Léon Marchand rallume la folie de Paris avec l'éclosion du relais français 4x200 m nage libre
La star mondiale de la natation a décroché, lundi à Saint-Denis, sa première médaille européenne en compagnie de Pierre Largeron, Sauveur Cristofini et Roman Fuchs.
Article rédigé par Quentin Ramelet - au Centre Aquatique Olympique de Saint-Denis
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié le 10/08/2026 22:19
Mis à jour le 10/08/2026 22:57
Temps de lecture : 4min
Le retour du Roi n'a pas déçu. Deux ans après avoir fait chavirer Paris aux JO, Léon Marchand a retrouvé son public. Et quel come-back ! Amoindri par une blessure persistante à l'adducteur, le quadruple champion olympique a renoncé à ses deux épreuves reines, les 200 m et 400 m 4 nages. Mais lundi 10 août, au Centre Aquatique Olympique de Saint-Denis, l'enfant chéri de la natation française est apparu en premier relayeur du 4x200 m nage libre.
Et pendant de longues minutes, un seul prénom a résonné dans les tribunes : ''Léon ! Léon ! Léon !''. Près de 5 000 spectateurs ont transformé l'écrin hérité des JO 2024 en véritable chaudron. Avant même la course, le décor était planté. La suite allait être encore plus folle.
Ils étaient venus, pour beaucoup, voir leur héros disputer le 400 m 4 nages, son royaume olympique. Mais les fameux ciseaux de la brasse, trop dangereux pour son adducteur droit encore diminué, ont contraint Marchand à déclarer forfait. Alors le Toulousain s'est rabattu sur le crawl. Et dès sa première course, il a fait exploser le thermomètre.
Lancé pour la première fois de sa carrière sur un relais 4x200 m à un tel niveau, Marchand a signé une course ahurissante, que personne ne voyait venir, en 1'43"76. Soit la meilleure performance mondiale de l'année sur 200 m nage libre et, surtout, un chrono à seulement 62 centièmes du record de France de Yannick Agnel (1'43"14), établi lors de son sacre olympique à Londres en 2012. Et jamais encore Marchand n'était descendu sous les 1'46" sur cette distance.
''Je voulais faire la meilleure course possible et je fais un super chrono. Mais surtout derrière le relais est monstrueux !'', souriait-il ensuite, encore bluffé par la soirée, devant les nombreux micros tendus par la presse internationale. ''J'avais envie de faire 1'44 mais je ne pensais pas que je pouvais nager aussi vite.''
Le pari est donc réussi. Et largement. Le quadruple champion olympique avait choisi de se réserver pour la nage libre afin de ne pas mettre davantage en danger sa cuisse blessée. Il a ainsi propulsé les Bleus en tête, avec une avance considérable.
Derrière lui, il fallait tenir. Pierre Largeron, 20 ans, étudiant et nageur à l'université de Caroline du Sud, s'est retrouvé avec une mission aussi magnifique que vertigineuse : succéder à Marchand en tête d'un championnat d'Europe à domicile.
''Il a fait un très gros travail, je vois que je suis premier avec beaucoup d'avance ! Donc évidemment ça met un peu la pression'', raconte-t-il. Il a tenu. Puis Sauveur Cristofini a plongé. À seulement 16 ans, le jeune Corse dispute ses tout premiers championnats internationaux. Et il n'a pas craqué sous la pression, malgré une piscine devenue assourdissante. ''Le dernier 50 mètres, avec le bruit qu'il y avait, ça nous a énormément tirés'', expliquait-il, toujours sous le coup de l'émotion, moins d'une heure après cette folle finale.
Le néophyte tricolore a surtout vécu sa course avec une étonnante maturité. ''Je me suis vraiment éclaté.'' Une phrase qui résume peut-être le mieux cette soirée hors norme. Car Cristofini n'était pas seulement là pour apprendre : il était là pour gagner une médaille.
Restait Roman Fuchs. À 28 ans, le doyen de ce relais avait déjà connu le podium européen, avec le bronze décroché à Rome en 2022. Mais jamais il n'avait vécu une ambiance pareille, si ce n'est dans l'écrin de Paris La Défense Arena, à l'occasion des JO deux ans plus tôt.
Alors il a plongé avec une mission : ne rien lâcher. Longtemps troisième, il a résisté au retour italien avant de produire un dernier 50 mètres monstrueux. Dans une ambiance devenue irrespirable, la pensionnaire de l'Insep est allé chercher l'Allemand puis a résisté jusqu'au bout pour offrir aux Bleus une magnifique médaille d'argent.
''Mon rêve, c'était que ce soit à Paris pour les JO. Bon, c'est décalé de deux ans avec les Euros, mais franchement c'est que du bonheur'', lâche-t-il, les yeux encore illuminés. ''C'est des souvenirs que j'aurai toute ma vie.''
Le public, lui, n'a jamais cessé de pousser. ''Dès qu'on sort des coulées, c'est incroyable'', se remémore Roman Fuchs, encore marqué par ce soutien indescriptible. ''J'ai surtout fait en sorte que cela nous serve.'' Ça a servi. Énormément.
Cette médaille d'argent met surtout fin à une attente de quatre ans. La dernière médaille française sur le 4x200 m nage libre masculin remontait aux Championnats d'Europe de Rome, en 2022, avec le bronze. Mais les Bleus ont changé de dimension : ils ont pulvérisé le vieux record de France établi en 2012 par le quatuor Leveaux-Mallet-Lefert-Agnel, médaillé d'argent aux Jeux de Londres en 7'02''77.
Une éternité à l'échelle d'un relais. Et surtout, un signal extrêmement fort à deux ans des Jeux de Los Angeles. Car cette équipe a désormais une histoire à écrire. Marchand, évidemment, en est la locomotive. Mais Largeron, Cristofini et Fuchs viennent de démontrer qu'ils pouvaient l'accompagner au plus haut niveau. ''Une première médaille européenne et en plus en équipe, je trouve que c'est encore plus beau, résumait Marchand. C'est une médaille sur un relais qu'on rêvait de faire depuis des années avec Roman.''
Lundi soir, à Saint-Denis, ils ne l'ont pas seulement rêvée. Ils l'ont décrochée. Et dans le vacarme du Centre Aquatique Olympique, deux ans après les nuits folles de Paris 2024, quelque chose a peut-être changé de dimension. Le public était venu acclamer le Roi Léon. Il a assisté à l'avènement d'un relais.
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