Ce jeune homme de 27 ans, sous curatelle et souffrant de gros troubles psychiatriques, doit être jugé fin août par le tribunal correctionnel de Béziers : il a reconnu à demi-mot avoir allumé un feu le 5 juillet à Dio-et-Valquières, dans les hauts cantons de l’Hérault, alors qu’un autre incendie dévastateur éclatait également tout près, à Carlencas-et-Levas. Récidiviste, il encourt vingt ans de prison. Il a comparu ce mardi 28 juillet devant la cour d’appel de Montpellier, pour demander sa remise en liberté.

Très agité et volubile, Yaël, 27 ans, ne tient pas en place dans le box de la cour d’appel de Montpellier, ce mardi 28 juillet. Arrêté par les gendarmes au début du mois à proximité d’un feu qui a ravagé la forêt dans les hauts de l’Hérault, il est l’un des nombreux incendiaires arrêtés depuis le début de cet été brûlant, offrant un curieux mélange d’imprudence, de trouble psychiatrique et de dissimulation. À l’image des phénomènes complexes qui poussent certains à jouer avec les flammes, et de la difficulté qu’ont les enquêteurs à identifier les auteurs de ces actes aux conséquences dramatiques, en pleine canicule.

Le dimanche 5 juillet dernier, vers 19 h 45, alors que les massifs boisés se transforment en brasiers à Dio-et-Valquières et à Carlencas-Levas, non loin de Bédarieux, où plusieurs foyers éclatent sous un mistral soutenu, l’attitude de cet homme maigre et barbu qui circule en VTT à 300 mètres des sinistres alors qu’il habite à plusieurs kilomètres de là intrigue. "Il nous parle des deux départs de feu qu’il a vu, dit que son oncle admire les flammes depuis sa fenêtre, et évoque le fait d’avoir été pompier volontaire dans le passé", a raconté en substance aux gendarmes de Clermont-l’Hérault un témoin, tandis que sa compagne photographiait un briquet blanc tenu en main par le suspect.

Déjà condamné à trois ans de prison en 2020

Les gendarmes le contrôlent, puis le placent en garde à vue en découvrant qu’il a déjà été condamné en 2020 à trois ans de prison avec sursis pour des incendies volontaires, allumés dans l’Hérault l’année précédente. Pendant ce temps, attisées par un fort mistral, les flammes dévorent une quarantaine d’hectares de végétation à Dio-et-Valquières, dix fois plus à Carenças, en cette journée où toute la région s’embrase : dans les Pyrénées-Orientales, le méga feu de Trévillach a échappé aux pompiers et plusieurs villages sont évacués. Pendant trois jours, des centaines de pompiers seront mobilisées jour et nuit sur ces incendies.

Face aux gendarmes, Yaël, qui est sous curatelle en raison de gros problèmes psychiatriques, nie dans un premier temps toute responsabilité dans le déclenchement des deux incendies héraultais, avant d’infléchir son discours. "Ce n’était pas volontaire", finit par expliquer cet homme qui avec sa compagne attendait alors avec angoisse la naissance d’une petite fille, prévue le 20 juillet : leur premier enfant était décédé onze jours après l’accouchement.

"Il a expliqué avoir eu le besoin d’écrire une lettre sur ces événements et avoir ensuite voulu le brûler dans la nature", raconte le magistrat chargé de l’audience. Yaël affirme avoir tenté d’éteindre les premiers brûlots. "Je ne pensais pas que ça allait s’enflammer comme ça ! Comme j’ai expliqué aux gendarmes, le sol s’est mis à brûler !"

Interrogée, sa compagne a confirmé les soupçons judiciaires : "Elle dit avoir constaté qu’après ses départs à vélo il y avait des départs de feu. Elle voyait aussi qu’elle mettait son briquet tempête dans un endroit et qu’après ses sorties en VTT il avait changé de place" résume la magistrate. "L’intéressé lui avait dit "qu’il allait faire une connerie" et, au moment de quitter le domicile plus tôt en début de soirée, qu’il ne fallait pas qu’elle s’étonne s’il ne rentrait pas" avait déjà précisé dans un communiqué le procureur de Béziers, Arnaud Faugère.

"Le vélo, je l’ai pris que deux fois ! Le briquet, je ne l’ai pas touché" s’insurge Yaël, qui se fait ensuite précis et accusateur : "Il faut savoir que ma compagne a elle aussi des troubles psy, et que parfois elle peut déformer les choses quand elle se sent acculée. Je la connais par cœur !" La juge : "Tout cela fait quand même partie des éléments d’inquiétude." Yaël : "Je ne me serais pas permis une telle chose en sachant que j’ai un enfant qui arrive !"

"Un risque considérable qu’il mette à nouveau le feu"

Peut-on le croire, lui qui a passé deux ans en hôpital psychiatrique, qui avait cessé avant l’été de prendre ses traitements, et est déjà père de deux autres enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance ? "Des comportements tels que celui de ce monsieur ont des conséquences particulièrement désastreuses, estime l’avocate générale Florence Galtier. Le faire sortir dans le contexte actuel, c’est prendre un risque considérable qu’il mette à nouveau le feu."

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Incarcéré le 7 juillet par le tribunal de Béziers, devant lequel il devait être jugé en comparution directe, Yaël a demandé un délai pour sa défense, et une expertise psychiatrique doit être réalisée avant l’audience, prévue le 27 août 2026. Jugé en état de récidive, il encourt une peine de vingt ans de prison, si les psychiatres estiment qu’il est en état de comparaître. "Je voudrais sortir pour aider ma femme, actuellement je sais qu’elle n’est pas bien, notre fille a été placée, et en étant là je ne peux pas l’aider. Si jamais je sors du tribunal, je ne serai pas un danger", assure-t-il. Décision ce jeudi 30 juillet.