« Je ne voulais absolument pas devenir DJ » : passionné de musique électro, comment le Cannois Victor Mellini est devenu disc jockey malgré lui
Fan de rock, Victor Mellini commence à jouer de la batterie à 15 ans. Mais très vite, l’adolescent se passionne pour la musique électronique.
En 2007, « ce n’était pas évident, on ne savait pas trop comment faire de la musique électro, explique le disc jockey. Donc à mes 18 ans, je suis allé dans un magasin et j’ai demandé ce qu’il fallait que j’achète pour créer mes propres morceaux ? »
Le jeune musicien repart alors avec un séquenceur-sampleur, une machine tout-en-un permettant d’enregistrer des sons et de les programmer en boucle pour composer une musique de A à Z. « Ça remplace l’ordinateur. On compose sur la machine, note après note… C’est comme ça que j’ai commencé l’électro. »
Mais si le jeune artiste compose pour son plaisir personnel, son choix de carrière est tout autre. Il souhaite devenir auteur et illustrateur de bande dessinée.
Direction les Beaux-arts d’Angoulême pour réaliser les études qui devaient le mener vers cette voie. Victor continue cependant les petits concerts de rock à droite à gauche, comme batteur. Jusqu’au jour où, un peu par hasard, une rencontre le pousse à jouer ses compositions électroniques avec sa « machine », sur scène, pour la toute première fois.
« J’ai toujours eu cette machine dans ma chambre mais je me disais que c’était pour mes moments tout seul… et un jour, un gars qui faisait beaucoup de musique électro et de concerts aux Beaux-Arts m’a proposé de faire ’’un duo pour rigoler ? Amènes ta machine.’’ »
« Jouer ma musique en live, je trouvais ça incroyable »
Après cinq années d’études à Angoulême, la Côte d’Azur manque à Victor. Diplômes en poche, il décide alors de réaliser un stage à Nice.
« Au bout de quelques mois, un ami m’a proposé une colocation à Cannes. Là, j’ai connu plein de gars qui bossaient dans le monde de la nuit. Je me suis dit qu’ils avaient l’air de bien s’amuser, qu’ils gagnaient franchement bien leur vie… Moi, j’aivais fait deux masters et je m’éclatais pas autant », ironise le musicien qui, pour autant, a une vision bien tranchée du métier de DJ.
« Je ne voulais absolument pas devenir professionnel. Je n’aimais pas ça, je me disais qu’ils ne faisaient rien. Alors que faire ma musique en live, je trouvais ça incroyable. C’était du boulot, c’était mes compositions. »
Mais encore une fois, une rencontre va le faire changer d’avis. « En faisant un live à Cannes, le patron du pub Morrison’s m’a vu faire de la house avec mes machines et m’a demandé d’être DJ dans son établissement. Je lui ai répondu que je n’étais pas DJ, que je ne jouais que mes musiques. »
Mais après une proposition de rémunération généreuse, Victor, alors directeur artistique dans une entreprise de jeux vidéo, finit par accepter : « Je me suis dis que ça pouvait être un petit job supplémentaire. Finalement, c’est comme ça que je suis devenu DJ. »
De « light jockey » à DJ résident : le tournant du Bisous Bisous
Le bouche à oreille fait son œuvre et ses sets séduisent d’autres établissements cannois. Pourtant, c’est par une autre porte qu’il pénètre dans l’institution qui va sceller sa nouvelle carrière : le club Bisous Bisous.
Après avoir fini sa saison estivale dans le club comme simple serveur, le jeune DJ est repéré par Mozart, cofondateur du Bal des fous et directeur artistique du Bisous Bisous, ainsi que Nicolas Masseyeff, célèbre DJ de musique électronique.
« Ils m’ont dit, toi, t’es toujours sérieux, on va te mettre en lumière. Je n’y connaissais rien… mais j’ai dit oui. » En acceptant ce poste de « light jockey », Victor accède à la cabine du DJ, une aubaine que le jeune musicien a su saisir.
« Les DJ arrivaient tout le temps en retard. Donc j’ai proposé au club de mixer les débuts de soirée, le temps que les DJ résidents arrivent. Mozart est très exigeant. Les premières fois où j’ai mixé devant lui, au bout de deux, trois morceaux, il me disait de ’’laisser tomber’’. J’ai compris que je n’étais pas assez bon… Quelques semaines après, j’ai mis un très vieux morceau et, coup de chance, il l’adorait. » Jackpot pour Victor, qui obtient le droit de mixer pendant une heure et demie.
Pendant plusieurs années, le jeune homme jongle ainsi entre les platines pour assurer les premières parties et la régie pour faire les lumières des DJ « principaux ». À force de persévérance et de travail, il gagne définitivement la confiance de l’équipe et devient finalement le DJ résident principal du club en 2025.
Aujourd’hui, à 34 ans, solidement installé au sein du club cannois, Victor Mellini multiplie les casquettes. Il accompagne désormais Coco Garel (connue pour sa reprise virale du titre « Seven Seconds ») à la batterie sur des scènes internationales.
Une polyvalence qu’il met également à profit pour le Bal des fous et lors des Jeudis du Suquet, face à un public très différent de celui des clubs. « Être DJ, c’est aussi pouvoir s’adapter pour faire danser tout le monde. Aux Jeudis du Suquet, il n’y a pas d’ego, je suis pas là pour prouver mes connaissances en musique électronique. Ce qui va le plus toucher ce public, ça reste la musique pop, comme la variété ou la disco. Ce qui est marrant, c’est que j’ai pas mal de clients du Bisou Bisou qui viennent. Ça les change de la house que j’ai l’habitude de mixer. »