Une journaliste espagnole claque la porte en plein direct
Publié14. juillet 2026, 18:56
Espagne«Je préfère manger de la merde»: une journaliste claque la porte
Une chroniqueuse a quitté le plateau en plein direct samedi soir, après avoir accusé le présentateur de l'émission de l'humilier régulièrement.


Scène lunaire, samedi soir sur le plateau de l'émission «Malas Lenguas Noche», sur la chaîne publique espagnole TVE. En plein débat politique, la chroniqueuse Marta Gómez Montero a pris la parole, des sanglots dans la voix. La journaliste a ensuite créé la stupeur parmi ses collègues en quittant le plateau, affirmant se sentir «humiliée» par le présentateur Jesús Cintora.
L'émission revenait sur les dernières déclarations du député Alberto Núñez Feijóo, explique «El Mundo». Marta Gómez Montero tentait de défendre le leader du Parti populaire, mais à plusieurs reprises, elle a demandé à pouvoir terminer son intervention, interrompue par les autres débatteurs. Le présentateur a alors orienté la discussion vers une autre déclaration controversée de Feijóo. Dès lors, le malaise de Marta Gómez Montero était perceptible: la voix tremblante, elle consultait nerveusement ses notes.
«J'ai encaissé pendant très longtemps parce que j'ai des factures à payer»
Le climat s'est encore alourdi au fil de l'émission, jusqu'au moment où Jesús Cintora a redonné la parole à sa chroniqueuse. Visiblement bouleversée, elle a refusé de poursuivre le débat: «Je ne vais pas répondre, Jesús. Tu ne m'humilieras plus. Je me sens profondément humiliée. J'ai encaissé pendant très longtemps parce que j'ai des factures à payer, je l'ai fait pour mes enfants, mais aujourd’hui, je n'en peux plus.»
Devant un plateau stupéfait, elle a ensuite fait référence au roman de Gabriel García Márquez, «Pas de lettre pour le colonel». Dans ce livre, le protagoniste, ruiné, répond à sa femme qui lui demande ce qu'ils vont manger s'il refuse de vendre leur coq: «On va manger de la merde.» «Eh bien moi, maintenant, Cintora, je préfère manger de la merde», a lancé Marta Gómez Montero, avant de tourner les talons.
Réaction froide du présentateur
Après quelques secondes de flottement, Jesús Cintora s'est contenté de constater froidement son départ: «Qu'est-ce qui ne va pas, Marta?... Elle a décidé de s'en aller. C'est son choix», a-t-il déclaré. «Je ne pense pas que ce soit agréable pour qui que ce soit ici. (...) Vous nous avez mis très mal à l'aise», a réagi pour sa part sa collègue, Esther Palomera. Peu avant la publicité, le présentateur a conclu: «Je dirai simplement qu'ici, personne n'est humilié.»
Le lendemain, sur X, Jesús Cintora a présenté publiquement ses excuses à Marta Gómez Montero, après l'avoir déjà fait en privé. Il a salué «une bonne journaliste et une collègue» et assuré qu'elle restait la bienvenue dans l'émission. Le président de RTVE, José Pablo López, a lui aussi présenté ses excuses, en public et en privé: «Nous nous connaissons depuis des années: tu es une immense professionnelle et une personne formidable. RTVE restera un espace où ta voix et ton talent seront respectés», a-t-il écrit sur X.
Pour les téléspectateurs, toutefois, le mal est fait. Beaucoup se demandent ce qui a pu conduire à un tel clash. Il semble que ce malaise dure depuis au moins quelques semaines. Le 23 juin, lors d'un direct, le présentateur avait accusé sa collègue de relayer de fausses informations. «Non, non, non. (...) Attention, ici, c'est "Malas Lenguas". Pas de fake news!», s'était-il emporté. Selon plusieurs observateurs, ces recadrages constants auraient fini par épuiser la journaliste.

Joëlle Mermoud (joc) est journaliste à 20 minutes depuis 2009. Elle traite de l'actualité internationale, avec un faible pour les histoires insolites.