« Je prends des baies sans les choisir et je goûte ». Pour décider s’il lance les vendanges sur ses 35 hectares de vignes du domaine familial, Julien Kennel a longtemps fait confiance aux analyses effectuées en laboratoire.

Désormais, suite logique de son glissement vers la biodynamie, ce sont ses sensations qui le guident.

Un savoir-faire qu’il a acquis depuis une vingtaine d’années en comparant ce que lui dit son palais aux chiffres calculés par les scientifiques. La simplicité ne s’improvise pas.

« D’abord, je détecte le niveau de sucre sur la langue. C’est évidemment le premier critère. Ensuite, c’est derrière les oreilles que je ressens ou pas l’acidité. Mais à cette période, on sait déjà qu’elle sera faible. Après, c’est le pépin qui va m’intéresser. Je regarde son aspect. A-t-il aoûté ? S’il est devenu marron ou noir, c’est un signe de maturité suffisamment poussé pour récolter. S’il est encore vert, il faut encore attendre. »

Chaque parcelle et chaque cépage a son calendrier

Ce travail, le vigneron le fait pour toutes les parcelles destinées aux rosés et aux blancs du domaine.

Pour les rouges, Julien Kennel ajoute un test : « Parce qu’ici, on ne cherche pas uniquement la maturité chimique, mais aussi la phénolique, pour que les tanins aient un goût de mûre. Alors je croque le pépin. S’il a encore un goût de bois, c’est trop tôt. Si en revanche je perçois un côté torréfié, c’est bon signe. »

Le vignoble Kennel a remporté quatre médailles au concours général de l'agriculture de Paris Le vignoble Kennel a remporté quatre médailles au concours général de l'agriculture de Paris

Résultat de toutes ces étapes, ce 5 août, Julien Kennel s’apprête à lancer dans la nuit les vendanges sur son domaine, dans la famille depuis 1932.

« On va commencer par le sémillon. C’est le plus précoce mais cette année, c’est encore un record », commente son épouse Mireille Kennel.
« On va commencer par le sémillon. C’est le plus précoce mais cette année, c’est encore un record », commente son épouse Mireille Kennel.
Luc Boutria / Var-matin

« On va commencer par le sémillon. C’est le plus précoce mais cette année, c’est encore un record », commente son épouse Mireille Kennel. « Quand j’ai commencé en 2005, on le récoltait vers le 25 août », confirme Julien.

Dans l’ordre, viendront ensuite - en principe - dans les quatre semaines qui arrivent le tour des tibourens, puis les grenaches et des syrah pour ne citer que quelques-uns de cépages qui font la richesse des gammes de blancs, rosés et rouges produits par le domaine.

« Mais parfois, les grenaches doublent les syrah, sourit Julien Kennel. Et enfin, on terminera par les plus tardifs, les mourvèdres, les cabernets et les carignans ».

Après une année marquée par un hiver très pluvieux suivi d’une chaleur sèche prononcée, le viticulteur est obligé de s’adapter. « La vigne a avancé très vite puis la sécheresse est entrée en jeu ».

La philosophie de la « biodynamie »

Selon Julien Kennel, outre la question de la maturité, se posent aussi celles tout aussi délicates de la dégradation de l’acide dans les baies et de leur assèchement.

« La baie largue son eau vers la plante, perd en volume et fait augmenter le taux de sucre par concentration ».

Autant de phénomènes qui ne peuvent se corriger qu’en avançant la date des vendanges. « En biodynamie, on redéveloppe la relation avec le végétal, c’est un aspect passionnant ».

Le domaine explique d’ailleurs multiplier les initiatives dans cette logique et par exemple fabriquer un compost « maison » à base de fumier de cheval.

Il travaille aussi les sols avec modération et n’emploie ni herbicide, ni insecticide.

« Nous utilisons des préparations biodynamiques composées de plantes médicinales, de minéraux et de matières organiques, expliquent les viticulteurs. Sur le domaine, nous favorisons la cohabitation d’espèces végétales et animales. Le vignoble est entouré de deux rivières bordées par des arbres de hautes futaies qui offrent un bocage naturel. La totalité de l’espace agricole est un lieu de repeuplement pour la faune (lapin, perdreaux, canards…) où la chasse est interdite depuis plus de 10 ans. »