"30 000 € d'argent public accordés par la commune de Jette, où je suis moi-même échevine, à une ASBL présentée comme l'un des pôles culturels de notre commune, qui expose aujourd'hui un responsable politique au moyen d'une imagerie associée au nazisme… Jette mérite-t-elle vraiment ce genre de culture ?"

Dans un post sur les réseaux sociaux, l'échevine jettoise Anna Hovsepyan (MR) en charge de la Propreté publique et de l'Aménagement urbain épingle l'Atelier 34zero Museum qui se prépare au vernissage d'une exposition de l'artiste ENCQ, "Le vent pue".

Parmi les œuvres sélectionnées par le lieu culturel, on retrouve une représentation du ministre Theo Francken formant une croix gammée ou encore Georges-Louis Bouchez, un entonnoir sur la tête et placé devant un drapeau des États-Unis dont les étoiles ont été remplacées par une étoile de David.

Le travail de l'artiste est alors décrit comme "révélant, avec espièglerie et dérision, les bassesses des dirigeants à travers l'art du pochoir".

"Cette image n'a rien de pornographique" : à Jette, une œuvre d'art exposée en plein air choque, l'institution assume

Dans les explications qui accompagnent l'exposition, l'entonnoir, très présent dans le travail de l'artiste, évoque le savoir et sa transmission lorsqu'il est placé dans le bon sens. Renversé comme sur la tête du président du MR, "il suggère au contraire la fuite des idées vers le ciel, autrement dit la déraison". L'œuvre est intitulée "GRB" (gerber ?).

Celle avec Theo Francken est décrite ainsi : "L'œuvre représente Theo Francken qui fait coucou quatre fois. Ça aurait pu s'arrêter là et se contenter d'être absurde, mais ce tourbillon de coucou donne une représentation qui nous rappelle les heures les plus sombres de notre histoire : ça pourrait être aujourd'hui et ou demain si on ne fait pas gaffe."

"Je défends pleinement la liberté d'expression, mais…"

"Je défends pleinement la liberté d'expression, assure l'échevine jettoise. Mais l'argent des contribuables n'a pas vocation à soutenir des œuvres recourant à une imagerie aussi choquante pour représenter des responsables politiques. Lorsque des symboles associés au nazisme sont utilisés pour représenter des responsables politiques, on franchit une ligne rouge."

Nous avons pu nous entretenir avec l'artiste qui "malgré les apparences", dit "ne pas vouloir polariser." "Je veux apporter le débat. Je ne vise pas les politiques personnellement. Ce ne sont pas des attaques personnelles. C'est une réflexion sur le discours politique qui, lui, est public. L'exposition est bien plus large avec d'autres œuvres et d'autres politiques. L'œuvre avec Francken, le Moulin à vent, date de 2018 et a déjà été exposée dans le cadre de "Carte de Visite" à la Ville de Bruxelles."

De son côté, Wodek, le fondateur du lieu, invite l'échevine à venir découvrir l'exposition et parler des œuvres. "Je pense qu'elle ne comprend pas la culture. Nous existons depuis 46 ans dans une zone de Bruxelles où il n'y a pas d'offre culturelle. On réfléchit pendant des mois à chaque exposition et je défendrai le travail de chaque artiste."

Et l'artiste de compléter : "Je pense que la culture, c'est l'ensemble de ce que l'humain apprend et partage."

"De plus, reprend Wodek, nous n'avons pas eu un subside de 30 000 euros. C'était un montant dépensé par la commune pour des portes coupe-feu dans le bâtiment qui lui appartient. Notre subside, lui, est de 25 000 euros."

Le vernissage de l'exposition est prévu ce samedi.

Le ministre Theo Francken a réagi : "Une ASBL d'extrême gauche reçoit 30 000 euros de la commune de Jette pour réaliser et diffuser cette caricature haineuse nazie à mon encontre. La gauche peut tout se permettre."