Jocelyne, de Frasnes-lez-Buissenal, a assisté à plus 150 concerts de Sheila: "Elle fait un peu partie de ma famille"
"Sheila, elle a eu plusieurs vies !" : Jocelyne Corbisier apprécie le parcours artistique, mais aussi la forme physique et mentale de celle dont la carrière avait été lancée en 1962 par L'école est finie, un énorme succès.
S'il est bien question ici de passion, la Frasnoise ne se revendique pas comme fan, mot trop fort à son goût : "Sheila, je l'aime beaucoup et la défends si je dois la défendre, mais je ne sais pas par exemple, à l'inverse d'autres admirateurs, quelle robe elle portait à telle émission, pour telle chanson. Je ne suis donc pas fan dans le sens de fanatique…"

Elle n'ose pas l'approcher
Parmi les souvenirs qui ont marqué sa jeunesse, l'union avec Ringo : "Le 13 février 1973 à 13 h 13, j'étais en cours de chimie, tellement énervée que je n'ai pas retenu grand-chose, tout en embêtant ma voisine et amie. Le soir, j'étais scotchée devant l'écran de télé pour voir les images au JT. Il y avait un monde fou, car la nouvelle du mariage qui devait rester secret pour les époux avait été annoncée à la radio la veille par, je pense, Anne-Marie Peysson."
Sur le palier de Jocelyne : un meuble bas et une grande armoire vitrée entièrement consacrés à son idole où elle conserve des disques (vinyles, CD – dont des collectors, coffrets – et cassettes, en plusieurs éditions), des articles de fan/magazines et coupures de presse, des tickets de concert, des partitions, des affiches et posters, des livres, des recueils de photos, et d'innombrables objets tels que des télécartes, des porte-clés, des pin's, des broches, des figurines, des bagues de cigare, etc.
Beaucoup de ces "trésors" ont été dédicacés par l'interprète des Rois Mages et de Spacer lors des 15O spectacles auxquels notre compatriote a assisté, en Belgique, et en France surtout : "le plus loin, c'est Biarritz, Bordeaux, Cagnes-sur-mer, Toulouse…"

Depuis qu'elle est retraitée, elle multiplie les concerts : quarante rien que depuis 2022 ! Avec les deux copines "nordistes" qui l'accompagnent habituellement, les filles se déplacent en voiture, en car ou en train, logent chez des amis ou à l'hôtel, et en profitent pour faire un peu de tourisme. Grâce à Sheila, plus aucun coin de l'Hexagone n'a de secret pour Jocelyne !
Au début, les trajets étaient plus courts et s'effectuaient en famille : "la première fois que j'ai vu Sheila, c'était en 1985, à Forest". Mais quatre ans plus tard : nouvel arrêt dans les tournées, avant l'annonce de son grand retour sur scène à l'Olympia, en octobre 1998. Avec son mari Bruno et son fils David, ils sont bien placés, au treizième rang de la salle mythique. Deux mois plus tard, le trio se retrouve à Lille. Jocelyne apprend que Sheila signe des autographes à la fin de son concert, mais elle n'ose pas l'approcher, prenant timidement une photo, de loin : "je n'étais pas prête. Qu'est-ce que je lui aurais dit… ?"

Première rencontre
De retour à Paris, elle franchit cette fois le pas et approche l'artiste, lui demande une dédicace et pose à ses côtés : "À cet instant, j'ai ressenti quelque chose de bizarre. J'avais l'impression de retrouver un proche revenu d'un long séjour à l'étranger, ou ayant perdu la mémoire, et qui ne me reconnaîtrait pas. Car si Sheila fait partie de ma famille depuis toujours, que je sais tout d'elle, de son côté, elle se trouvait en présence d'une inconnue, qu'elle n'avait jamais vue".
Cette première des multiples rencontres avec l'artiste correspond à l'entrée dans un réseau international d'admirateurs belges et français, qui ont sympathisé, tissé des liens étroits, échangent entre eux, participent à des réunions…

Mais il n'y a pas que Sheila dans la vie de Jocelyne, qui a toujours aimé le monde de la variété et l'ambiance des concerts. Elle continue à en voir beaucoup, "d'Adamo à Zazie, en passant par Julien Clerc, Dorothée ou Florent Pagny."
En avril dernier, en se rendant à Reims, la voiture où se trouvait Jocelyne a été percutée à hauteur de Baisieux. Direction l'hôpital : "cela m'a un peu refroidie, et rappelé l'accident de la route dans lequel mon papa est décédé en 1971."
Mais il est fort à parier que la passion reviendra, et que la Frasnoise s'en ira à nouveau applaudir celle qui fête ce mois-ci ses 81 printemps, et ne semble pas prête à s'arrêter : "elle se lève tôt, pratique le sport, de la gym avec un coach, et fait encore le grand écart. Au lieu de 80, elle préfère 8.0 !"

Trois grandes périodes dans sa carrière
Pour Jocelyne, trois hommes ont joué un rôle important dans la carrière professionnelle de Sheila : Claude Carrère tout d'abord, qui l'a découverte et lancée, Yves Martin, son second mari, auteur-compositeur "mais aussi interprète, sous le pseudonyme de Lionel Leroy, des génériques de Goldorak, Starky et Hutch, Ulysse 31…" qui l'a fait remonter sur scène en 1985, et, depuis 2020, Éric Azhgar, un guitariste, fondateur du groupe H-Taag : "attirée par son talent, elle lui a demandé de travailler pour elle. Au début, ce fut un non catégorique, puis des chansons sont nées, d'autres ont été superbement réorchestrées les concerts ont suivi…"

En guise de relique, un cheveu placé dans un porte-clefs
"Un soir, lors d'un concert auquel mon fils assistait avec moi, un cheveu de Sheila est tombé est de la scène. il l'a attrapé au vol et me l'a donné, confie Jocelyne. Je l'ai mis dans un porte-clés photo, comme on en faisait dans les années 60. Et de l'autre côté, j'ai placé un pétale de rose ramassé à Cescia, à la Basilique Sainte-Rita. Le cheveu, je pense qu'il est toujours là. Il n'y a pas grand monde qui sait cela. C'est peut-être bête, mais c'est un souvenir d'elle… !"
"Elle m'a permis d'être heureuse, et grâce à elle, je suis née une seconde fois !"
Sheila fait partie de la vie de Jocelyne depuis son enfance : "je la remercierai toujours pour le bonheur et la joie de vivre que je ressentais en entendant sa voix, puis en la voyant à la télé…"
"Sheila m'a permis d'être heureuse quand j'étais petite. L'entendre, la voir, cela me met de bonne humeur. J'oublie alors tous mes soucis", explique Jocelyne Corbisier, qui se souvient des circonstances dans lesquelles la chanteuse est entrée dans sa vie, en 1962 : "quand je suis née, mes parents avaient perdu, douze mois plus tôt, leur fils unique, âgé de quatre ans et demi. Difficile de se remettre de ce drame atroce. Après avoir décidé d'avoir un autre enfant, ils ont alors fait tout ce qu'ils pouvaient pour que je sois comblée : j'ai grandi sous une bulle, j'avais tout ce qu'une petite fille pouvait avoir. Tout, sauf une chose : la musique ! Nous n'avions ni radio, ni télévision. Notre maison n'était pas très gaie, maman était toujours vêtue de couleurs sombres, et ne chantait jamais…"
Mais à cinq ans, la fillette va recevoir "le plus beau cadeau du monde" : un petit transistor jaune. "Ce fut, pour moi, un jour un peu magique", se rappelle-t-elle.

Un cadeau magique
On vogue alors en pleine période yé-yé ! "Quand j'entendais Sheila, c'est comme si un rayon de soleil entrait dans la maison. J'avais l'impression de l'entendre rire. Son bonheur passait à travers ses chansons". L'enfant un peu timide va même s'extérioriser grâce à la vedette : "grâce à elle et à la musique, je suis née une seconde fois. J'ai commencé à dire "Bonjour" aux gens, je suis sortie de ma coquille."
Trois années plus tard, ses parents achètent un téléviseur, en noir et blanc, évidemment : "et un dimanche après-midi, je vois Sheila chanter et danser sur un morceau qui sera mon préféré, Le folklore américain. J'imitais mon interprète favorite en montant sur la table, devant mes proches ; les invités me demandaient de leur faire Sheila, et je n'hésitais pas ; j'avais perdu mon côté sombre, renfermé…."
Jocelyne se souvient d'une autre anecdote : "je grandissais avec Sheila à tel point que je disais à mes copines qu'elle était ma marraine ! Jusqu'à ce qu'une des filles sonne à notre porte pour demander si c'était vrai. Et maman a joué le jeu, répondant positivement. Du coup, elles ne m'ont plus jamais embêtée."

Son premier concert à vingt-huit ans
La Frasnoise comprend ceux qui, à l'époque, préféraient écouter Ces gens-là, La mauvaise réputation ou Göttingen plutôt que de la "variété" : L'école est finie, Vous les copains, Pendant les vacances…, soit "des chansons festives, pour la plupart, mais qui étaient parlantes pour moi. Puis, avec le temps, j'ai apprécié l'ensemble de la chanson française et sous tombée sous le charme de Juliette Gréco, que j'ai vue cinq ou six fois en concert." Comme de nombreux autres artistes d'ailleurs.
Pour Sheila (qui, exténuée par sa tournée de 1964, a arrêté de se produire sur scène pendant 21 ans – avant une deuxième période d'interruption de dix ans en 1989), elle avait dû attendre 1985 : "on a bien failli rater le concert à Forest national. L'employée de l'agence de voyages pensait que la représentation avait lieu le lendemain et a dû faire appel en urgence à un chauffeur qui était chez lui." Un grand souvenir : "quand nous sommes rentrés chez nous, j'ai dit à mon époux : "maintenant je peux mourir, j'ai réalisé mon rêve". Il n'a pas trouvé ça sympa ! mais c'est vrai que je ne croyais jamais voir Sheila en chair et en os, ou qu'elle viendrait un jour à Bruxelles. Pour moi, Paris, c'était le bout du monde…"
Depuis, les choses ont bien changé : quelque 150 dates ont suivi et Jocelyne a sillonné la France entière.

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