Jordan Bardella : bouteille de champagne en Espagne, kits de dégustation de vins en Gironde… Ce montant qu’il aurait tenté de faire payer aux Français
Le président du Rassemblement National devra régler sur ses propres deniers une partie des dépenses engagées pour les élections européennes du 9 juin 2024. Les magistrats ont écarté plusieurs frais de représentation, estimant qu'ils ne visaient pas à recueillir les suffrages des électeurs français. La décision, rendue le 17 juillet, a été révélée début août 2026.
Une bouteille de champagne offerte à Santiago Abascal écartée des comptes
Parmi les dépenses invalidées figure une bouteille de champagne facturée 88 €. Le présent avait été remis à Santiago Abascal, chef du parti d'extrême droite espagnol Vox, en marge d'un meeting organisé à Madrid. Aux yeux de la première chambre de la cour administrative d'appel de Paris, ce geste relevait de la courtoisie diplomatique, et non de la conquête électorale. De ce fait, les juges ont tranché : "ces frais ne devaient pas être regardés comme des dépenses électorales" susceptibles d'être remboursées par l'État.
La logique retenue reste constante, puisqu'une dépense ne peut être prise en charge que si elle poursuit l'"obtention des suffrages des électeurs" français. Or un cadeau adressé à un responsable étranger ne saurait, par nature, viser un tel objectif. Quelques semaines plus tôt, le parquet européen avait déjà ouvert une enquête visant des soupçons de fraude sur des fonds de formation, un dossier distinct mais qui alimente le contrôle serré de ses comptes.
Les kits de dégustation du Printemps des vins de Blaye retoqués
Le volet girondin de l'affaire concerne le Printemps des vins de Blaye, où le candidat RN s'était rendu le 13 avril 2024. À cette occasion, il avait fait l'acquisition de cinquante kits de dégustation, pour un total de 400 €. Ces achats, présentés comme un temps fort de sa tournée locale, ont connu exactement le même sort que la bouteille espagnole. En effet, aucune pièce ne permettait d'établir un lien direct entre ces coffrets et la recherche de voix. Faute de démonstration probante, les magistrats les ont donc retranchés des comptes remboursables.
La règle appliquée demeure identique d'un dossier à l'autre : l'argent public ne finance que les postes strictement indispensables à la campagne officielle. Les frais de convivialité, aussi symboliques soient-ils, en sont exclus. La tête de liste RN aux européennes de 2024 assumera par conséquent cette dépense au même titre que le champagne madrilène.
Près de 240 000 euros rejetés par la CNCCFP et la justice administrative
Ces deux exemples ne constituent que la partie visible d'un contrôle bien plus large. Au total, près de 240 000 € de frais ont été rayés des comptes de campagne. La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) avait ouvert la voie dès le 5 décembre 2024, en retranchant 235 034 € de la demande initiale. Celle-ci, déposée le 15 août 2024, atteignait 4,13 millions d'euros. D'autres postes ont subi le même traitement, tels que 3 941 € de chauffeur privé, 13 045 € de repas ou encore des entrées au Salon de l'agriculture.
Toutefois, les juges n'ont pas tout écarté, puisqu'un déplacement en Martinique et un bouquet offert lors du meeting de Marseille ont, eux, été réintégrés. Arrivé largement en tête du scrutin français avec 31,37 % des voix, le patron du Rassemblement National devra néanmoins puiser dans ses ressources pour solder ces lignes, alors que ses comptes de campagne avaient déjà été contestés devant la justice par le passé.