Joseph Kabila : "Le pays est en péril, ne pas agir, c'est être complice"
"N'étant pas de ceux qui se dérobent à leur devoir, je partagerai donc avec notre peuple dans les heures, jours ou semaines à venir, ma conviction sur ce que nous devons entreprendre ensemble, pour répondre à la gravité et à l'urgence de la situation, et ainsi sauver la République démocratique du Congo, notre beau et cher pays".
C'est par ces mots que Joseph Kabila a terminé, ce vendredi soir son face-à-face en direct avec les Congolais annoncé quelques heures plus tôt sur les réseaux sociaux.
Joseph Kabila à La Libre : "Il faut mettre fin à cette dictature, cette tyrannie qui vient de s'installer"Avant de donner ces futurs rendez-vous aux Congolais, l'ancien chef de l'État a tiré deux conclusions de ce qu'il présente comme les errements, les manquements, la mauvaise gestion d'un homme, qu'il compare à "Ivan le terrible", et d'un clan qui menacent l'avenir et la survie de la RDC.
"Premièrement, le Congo est en péril ; le sauver est un impératif et une urgence. Deuxièmement, trahi par celui qui avait fait le serment de le protéger, et ne pouvant compter sur personne sinon lui-même, le peuple congolais, première victime de la tyrannie et de sa barbarie, a rendez-vous avec l'histoire : ou bien il se prend en charge aujourd'hui, ou il trahit son destin de grandeur."
Des propos qui font inévitablement penser à l'article 64 de la Constitution congolaise qui veut que : "Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou l'exerce en violation des dispositions de la présente Constitution".
Quand révision de la Constitution rime avec risque de sécessionUn article 64 qui est également au centre du combat de l'opposition politique regroupée au sein de la coalition C64 qui s'est constituée pour tenter de mobiliser la population congolaise contre de la volonté de plus en plus clairement affichée par le président Tshisekedi de modifier la Constitution pour s'arroger le droit de demeurer au pouvoir au-delà de la fin de son second mandat en janvier 2029.
"Rien à attendre"
Une éventuelle unité de combat entre Joseph Kabila et la C64 qui ne peut se concevoir qu'autour du rejet de Félix Tshisekedi et de son clan, de la maigreur des résultats diplomatiques et économiques engrangés par Kinshasa, du désespoir d'un peuple congolais qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans la misère et du manque de détermination du pouvoir face à la guerre dans l'est du pays. "Le pouvoir en place a fait le choix, politiquement intéressé, de poursuivre une guerre qu'il ne semble avoir ni la volonté ni les moyens de gagner", a expliqué Joseph Kabila qui conclut qu'il n'y a "rien à attendre de ce pouvoir".
"Le peuple sait que Félix Tshisekedi n'a jamais été élu"Isolement
L'ancien chef d'État, condamné à mort par contumace par la justice congolaise le 30 septembre 2025, a encore évoqué la diplomatie erratique du pouvoir qui s'est brouillé avec toutes les instances africaines qui ont voulu l'aider à faire la paix chez lui : "Allergique à toute confrontation d'idées – caractéristique de tous ceux qui prospèrent sur fond des narratifs imaginaires ou mensongers –, ce pouvoir a toujours opposé un refus méprisant à tous les processus tendant à rechercher la paix par le dialogue." Énumérant dans la foulée : "les initiatives de l'Afrique de l'Est (EAC), de l'Afrique australe (SADC), de l'Afrique centrale (CEAC), de l'Union Africaine, ou de celles des pays amis, aucune n'a eu grâce à ses yeux. Même l'initiative […] des Évêques congolais de la CENCO et de l'ECC, pourtant soutenue par la grande majorité de notre peuple et des forces politiques et sociales du pays, n'a pas échappé à ce triste sort".
Joseph Kabila insiste aussi sur ce qu'il présente comme une erreur de jugement du président Tshisekedi à l'égard des États-Unis : "pour avoir signé l'Accord sur les minerais critiques avec les États-Unis d'Amérique, il se croit, à tort, assuré du soutien inconditionnel de ce pays. Il oublie en effet qu'il s'agit d'un accord entre États et que les droits et obligations des parties aux termes de pareils accords, sont garantis par le principe de la continuité de l'État, et non par la pérennité des régimes en place. "
La politique de Donald Trump va-t-elle intensifier la guerre dans l'est du Congo ?Bref, pour Joseph Kabila, le pouvoir de Félix Tshisekedi s'est largement isolé sur la scène régionale et internationale. Une situation qu'il présente aussi comme une conséquence de l'attitude de son successeur qui "ne tient ni parole ni promesse, et ne respecte aucun engagement".
Plus le droit de reculer
Après sa sortie de mai 2025, Joseph Kabila a encore durci sa critique du pouvoir en place en RDC. À mi-mandat, alors que son successeur avance vers un changement de constitution avec une majorité politique qui ne pense qu'à durer et dans un contexte où les élections, constitutionnellement annoncées pour 2028, apparaissent comme des chimères, Joseph Kabila s'engage dans un combat – dont il annonce qu'il définira les contours dans un prochain avenir – qui n'autorisera aucun statu quo et aucune marche arrière. L'ancien militaire le sait. Il s'y prépare depuis plusieurs mois et le titre de son discours "Le pays est en péril, ne pas agir, c'est être complice" n'autorise qu'une conclusion.
Reste à savoir s'il a les moyens de ses ambitions ? S'il peut réellement fédérer une large partie du peuple congolais autour de son combat ?
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