Chétif et légèrement voûté dans son costume bleu, coiffé d’un catogan et le visage masqué en raison de « problèmes pulmonaires », Michaël M., 38 ans, est jugé pour des faits commis entre septembre 2022 et janvier 2024 dans une école primaire du 15e arrondissement de Paris.

Tout a commencé avec la plainte le 12 janvier 2024 d’une mère dont la fille de 6 ans avait raconté que l’animateur lui avait « touché les fesses » à deux reprises.

L’enquête a permis d’identifier d’autres enfants susceptibles d’avoir été victimes du même animateur, des fillettes ayant décrit des attouchements sur les fesses ou sur le sexe à diverses occasions, dans le préau ou lors d’une sortie scolaire.

Avec souvent le même « mode opératoire », a souligné le président du tribunal, relevant que la plupart des déclarations des enfants ont été jugées par les experts « vraisemblables » ou sans signe d’« affabulation ».

Silences et contradictions

Appelé à la barre, Michaël M., qui avait reconnu les faits lors de sa garde à vue en mars, déclare d’une voix atone : « je suis désolé de tout ce que j’ai fait, je demande pardon à toutes les victimes et leurs familles. Je regrette énormément tout ce qui s’est passé ».

Interrogé longuement par le président, les avocats et le procureur, le prévenu répond d’abord par de grands silences.

S’il dit à plusieurs reprises sa « honte », ses « regrets », voire son « dégoût de lui-même », lorsqu’il est interrogé sur les faits, la réponse semble toujours la même : « je ne me souviens pas », « je l’ignore », « je ne me l’explique pas ».

Lorsque Me Carine Durrieu Diebolt, l’avocate d’une partie civile, lui présente la photo d’une de ses petites victimes présumées, il répond : « ça me dit vaguement quelque chose ». Mais, questionné sur les faits, il répond : « ça ne me rappelle rien ».

« Vous reconnaissez les faits mais vous ne vous souvenez pas. Vous comprenez que ça peut poser problème ? », s’agace une autre avocate, Me Constance Dewavrin.

« Je ne remets pas en doute la parole des enfants. Si elles le disent, c’est que ça a dû arriver. Par contre, je ne peux pas inventer des souvenirs que je n’ai pas », répond Michael M.

Il peine également à éclaircir les raisons pour lesquelles il a utilisé en 2025 une application, Teleguard, sur laquelle il affirme avoir voulu traquer et signaler des « pédophiles ».

Le prévenu est père d’une fille unique, aujourd’hui âgée de 13 ans, et marié à une femme qui l’a décrit au cours de l’enquête comme « tendre, attentionné ».

La mère de Michael M. a été elle même suspectée d’agression sexuelle sur sa petite-fille en lui touchant les fesses. L’enquête a été classée sans suite.

Michaël M., qui a vu un psychologue a deux reprises depuis sa mise en examen, affirme que les séances l’ont aidé et pense pouvoir avancer. « Les séances de psy m’ont permis de me rendre compte de la gravité des faits ainsi que de me rendre compte que j’ai été victime plus jeune », affirme-t-il.

Des arguments qui n’ont pas convaincu le père d’une des victimes présumées. « Quand on lui pose des questions précises qui peuvent l’incriminer, il ne se souvient plus », relève calmement ce père, qui attend que les faits soient reconnus et qu’il y ait « une décision à la hauteur de ce qui s’est passé ».

Placé sous contrôle judiciaire depuis mars 2026, Michael M. encourt 10 ans d’emprisonnement.

Il s’agit du quatrième animateur jugé depuis le mois de mai dans le scandale qui secoue depuis plusieurs mois le périscolaire parisien -une condamnation et deux relaxes-, et l’audience se tient à la veille de la rentrée scolaire.

Depuis début 2026, 132 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour « suspicions de violences sexuelles ou sexistes », un nombre traduisant un caractère « systémique », selon le maire de Paris Emmanuel Grégoire.