"L'ambassadeur intervient dans un domaine où il n'a rien à dire" : L'UGent au centre d'une guerre culturelle animée par les proches de Trump
L'affaire Cofnas – du nom de ce philosophe américain attaché à l'UGent qui a accusé de plagiat un jeune professeur noir de Cambridge, Jason Arday, lequel a été retrouvé chez lui sans vie il y a une dizaine de jours – fait un sacré bruit. La semaine dernière, la rectrice de l'université gantoise, Petra De Sutter, a suspendu le chercheur, le temps de mener sur lui une enquête disciplinaire interne et que retombent les remous provoqués par le suicide supposé de Jason Arday.
La démission de Jason Arday, le plus jeune professeur noir de CambridgeLa suspension de Nathan Cofnas a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Dont celle de l'ambassadeur américain en Belgique. Sur X, Bill White a condamné "dans les termes les plus forts l'acte de représailles de l'UGent contre un chercheur américain qui avait correctement lancé l'alerte sur une fraude académique". À mi-mot, il a laissé entendre que les États-Unis pourraient réévaluer les collaborations que l'UGent entretient avec des institutions académiques américaines. Un message liké par Elon Musk lui-même.
Des ambassadeurs "trumpistes"
L'ambassadeur des États-Unis en Belgique n'est évidemment pas intervenu par inadvertance dans la polémique. "Les ambassadeurs des États-Unis à l'étranger sont directement liés au président, décrypte Serge Jaumain, historien à l'ULB et spécialiste de l'Amérique du Nord. Ce ne sont donc pas toujours des diplomates qui sont désignés. Mais même quand ils n'en sont pas, ces ambassadeurs se comportent d'habitude comme des diplomates. Ils respectent la politique des pays dans lesquels ils se trouvent. Pour son second mandat, Donald Trump a nommé – très vite – des gens qui sont pour la plupart très proches de lui, mais aussi ce que j'appellerais de vrais 'trumpistes', dans le sens où ils font passer leur idéologie avant leur rôle diplomatique."
L'université de Gand suspend le chercheur Nathan Cofnas après la mort de Jason ArdayLa crise des universités américaines
Ces ambassadeurs proches de Trump n'hésitent pas à intervenir à intervalles réguliers dans des affaires internes au pays. "Ce qui est particulier, dans l'affaire du chercheur de l'UGent, poursuit Serge Jaumain, c'est que l'ambassadeur américain intervient dans un domaine où il n'a absolument rien à dire, puisqu'il s'agit des relations interuniversitaires. C'est clairement une prise de position politique."
Une prise de position qui s'inscrit dans un contexte particulier : celui de la crise que traversent les universités aux États-Unis de plus en plus confrontées à de grandes difficultés financières (perte de crédits de recherche, diminution du nombre d'étudiants, etc.) et à un procès en wokisme de la part du mouvement trumpiste.
Dans ce contexte, le soutien apporté à Nathans Cofnas par l'ambassadeur américain n'étonne finalement pas tellement. Le chercheur qui se présente comme un "réaliste racial" est en effet un farouche opposant à la politique de DEI – acronyme de "Diversité, Équité, Inclusion" – qui vise à promouvoir la représentation des minorités dans les entreprises et les organisations publiques. En 2024, il avait déclaré, pour fustiger les politiques de diversité, que "dans une méritocratie […], les Noirs disparaîtraient de pratiquement toutes les positions élevées, à l'exception du sport et du divertissement", ce qui lui avait d'ailleurs valu son renvoi de Cambridge. Or, cette politique DEI, à l'œuvre de façon plus marquée dans le monde anglo-saxon, est précisément prise pour cible par le mouvement MAGA de Donald Trump. "Cela a même été un grand slogan de sa campagne", précise Serge Jaumain.
Une exportation de valeurs
Pour l'historien, ce qui est assez nouveau, c'est de voir cette volonté des nouvelles autorités américaines de peser dans les débats en Europe. "Il y a souvent eu des interventions de dirigeants américains dans toute une série de pays, notamment des pays d'Amérique latine. Mais cela se faisait toujours discrètement. Aujourd'hui, c'est une volonté assumée. Il y a une sorte de discours messianiques qui vise à montrer que l'Europe s'est engagée sur une mauvaise voie, que ce sont désormais les États-Unis qui portent les vraies valeurs que l'Europe devrait se réapproprier. C'est très particulier parce qu'en même temps, Donald Trump a un discours isolationniste sur toute une série de domaines."
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