L’avenir de la vallée, ses deux « villages », la Métropole... les confidences du maire de La Tour-sur-Tinée
Président du Sivom de la Tinée, qui regroupe 11 communes, Thierry Roux est maire de La Tour depuis 2020. Il tente, pour ses 546 Touriers, de rendre sa commune la plus dynamique possible, avec un budget conséquent : environ deux millions d’euros.
Votre commune est constituée de deux villages, La Tour et Roussillon. Comment l’administrez-vous ?
Ce sont deux villages atypiques, avec des populations différentes : l’un [La Tour] historique et perché, l’autre [Roussillon] en fond de vallée, plus orienté vers les zones urbaines. C’est une difficulté d’administrer les deux car tout se fait en double. Étant issu de Roussillon, j’ai tout à prouver en termes d’égalité, même si je pense que les administrés sont rassurés sur ce sujet.
On avait un goût d’inachevé avec la tempête Alex. On a eu pas mal de dégâts dans la commune, notamment deux quartiers totalement emportés à Roussillon, donc on a ralenti des projets. La semaine dernière, le dernier chantier de reconstruction s’est achevé et nous avons officiellement tourné la page. Nous sommes incontestablement mieux armés pour faire face à ces phénomènes. On veut maintenant mener à bien toutes les choses qu’on n’a pas pu faire.
Parvenez-vous à attirer de nouveaux habitants ?
On essaie d’aider les associations, de soutenir les commerçants en rachetant des locaux pour permettre leur installation… On veut donner aux gens l’envie de rester au village. Pour autant, nous n’arrivons pas à proposer du logement. Et ça se ressent à l’école : nous avons perdu une classe cette année et nous sommes passés, en quelques années, d’une soixantaine d’élèves à 29. Dans la commune, nous avons 10 % de logements vacants. Nous essayons d’en récupérer une partie pour les restaurer. En ce moment, on attaque la rénovation d’une maison à Roussillon pour la mettre sur le marché. Et depuis quelques années, on travaille notamment avec Utelle, Clans ou encore Marie pour créer des événements pour du tourisme raisonné. Mais il faut parvenir à travailler en cohésion et c’est compliqué.
Pourquoi ?
On a des villes de taille différente, qui recherchent toutes des subventions ; ça crée une rivalité mal placée. Dans le nouveau quartier qu’on crée à Roussillon [lire par ailleurs], je pense qu’on pourrait faire des choses utiles à toute la vallée de la Tinée : on a des besoins de santé, on n’a pas de station service. Mais on n’a pas une vision globale des choses et chacun veut avoir tout chez lui. Mon dada, c’est la cohésion et les projets qui s’inscriraient dans le cadre de la vallée. C’est ce que j’essaye de faire avec le Sivom. On espérait que la Métropole soit le vecteur de ça sur le précédent mandat. Ça n’a pas été le cas. Peut-être que la nouvelle équipe va nous aider là-dessus.
La Vésubie est sujette à des éboulements. On s’aperçoit aussi qu’il y a de plus en plus d’éboulements importants dans la Tinée, et on sait que ça va se reproduire. Beaucoup de choses ont été faites, comme l’installation de dispositifs de protection ou la déviation de la route à certains endroits. Mais on a alerté la Métropole sur l’entretien obligatoire de la route qui relie La Tour à Utelle (RM32) pour permettre la circulation en cas de gros problème. Ce sont des sujets sur lesquels nous n’arrivons pas à avoir de réponse.
Aux dernières élections législatives et européennes, vos administrés ont voté majoritairement pour le Rassemblement national. Comment l’expliquez-vous ?
C’est davantage le cas à Roussillon qu’à La Tour. C’est une population nouvelle qui est arrivée et certains vivent un peu trop connectés sur les chaînes d’infos en continu. Ce qui est inquiétant, c’est de voir l’absence de culture générale et de culture politique des jeunes, qui n’écoutent plus que les réseaux sociaux. Mais cette hausse du vote RN est une tendance générale.
Ses 3 priorités
La création d’un nouveau quartier sur la zone du Pré Cardon, à Roussillon. On souhaite y mettre des entreprises et du logement. On doit soumettre ce projet au PLUm (plan local d’urbanisme métropolitain, ndlr) pour garantir qu’il soit conforme. Il s’étendra sur un terrain de 3 hectares et on prévoit d’y installer une dizaine de logements en rénovant un bâtiment en pierre sur place et en créant, à côté, quelque petits bâtis. On veut faire quelque chose d’écologique et qui s’inscrive parfaitement dans le site, en préservant les deux tiers en terrain naturel.
Rénover le patrimoine religieux et historique de La Tour. On a deux églises, deux chapelles, un moulin à huile, un moulin à farine, un lavoir. Mais à La Tour, tout est plus compliqué parce que ce sont des monuments historiques. Rien que le diagnostic pour estimer les travaux, c’est déjà 50 000 euros. On est soutenus par le Département et par l’État, mais ça prend du temps. L’église de la Tour, qui abrite tapisseries et statues, subit des infiltrations d’eau. Il faudra prochainement la rénover.
Accorder davantage de place à l’agriculture. Sur la commune, on a encore une dizaine d’éleveurs et d’agriculteurs. Nous avons acquis une propriété agricole de 27 hectares entre les deux villages pour 250 000 euros. On a pour projet d’y installer un ou plusieurs agriculteurs ou éleveurs et nous lançons un appel à candidatures pour que des entrepreneurs viennent s’installer. Nous aurions envie de développer l’économie circulaire et proposer des emplois aux jeunes du village.
Coup de cœur
Cette année, on a su faire de belles manifestations culturelles qui ont attiré beaucoup de monde : la fête de la graine, une soirée d’observation des étoiles et l’ultra trail. On ne fait pas partie des communes qui disent que l’ultra trail ne représente que des ennuis : chez nous, on a fait trois mois d’activité des commerçants en une seule journée. Ce sont des tracas, mais ça met un coup de projecteur sur le village.
Coup de gueule
On doit refaire la traversée du village de La Tour pour le mettre en valeur. Aujourd’hui, ce n’est « que » la route qui mène à Utelle. Le projet a été initié par mon prédécesseur et il est plus ou moins prêt depuis 2018. Le coût est estimé à 700 000 euros. Aux dernières nouvelles, la commune devait participer à hauteur de 200 000 euros. Mais d’une année sur l’autre, la Métropole le repousse et on regarde cela comme une lueur qui s’éloigne. Pourtant, c’est important pour la crédibilité de la commune et de la Métropole.