Christian Chavagneux, éditorialiste pour le magazine Alternatives Économiques, s'interroge : pourquoi la BCE veut-elle que nous payions nos crédits plus chers ?

Hier, la BCE, la Banque centrale européenne, a décidé d’augmenter son taux directeur pour le porter à 2,5 %. C’est la deuxième hausse depuis le mois de juin. On connaît les conséquences de ce genre de décision : les taux des crédits immobiliers et ceux aux entreprises vont grimper, ce qui réduit l’envie d’investir et tire la croissance et l’emploi vers le bas.

Un exemple ? Hier, l’Insee nous a dit que l’investissement des entreprises est déjà pénalisé en France par la hausse du coût du crédit, la croissance devrait terminer à un petit 0,4 % et le chômage grimper à 8,6 %.

Pourquoi la BCE prend-elle cette décision ?

De son point de vue, la réponse est simple : son mandat lui indique qu’elle doit maintenir l’inflation européenne autour de 2 %. Or, à la fin août, le taux d’inflation sur un an était de 3,3 %, largement au-dessus de sa cible. CQFD. Sauf que ce n’est pas si simple. L’inflation, c’est la hausse, généralisée, des prix : les prix de l’essence, le prix du pain, des vélos, des stylos, etc. de tous les prix.

C’est ce qui se passe en Europe ?

Pas du tout ! Les affrontements entre les États-Unis et l’Iran font grimper fortement les prix du pétrole et du gaz, c’est sûr. Mais, à la fin août, l’inflation hors énergie s’établissait à 2,2 %. Et la banque centrale la prévoit à 2,5 % pour cette année. Pas vraiment une explosion de l’inflation. Prenons encore l’exemple de la France : l’Insee nous dit qu’ils s’attendent à une inflation de 2,9 % à la fin de l’année, mais de 1,6 % hors prix de l’énergie. Et c’est pareil partout en Europe.

Alors pourquoi la banque centrale a-t-elle augmenté ses taux ?

S’il y a un économiste dans la salle, je veux bien qu’il nous donne la réponse ! Moi, je n’y comprends rien !
La banque centrale est remplie de gens surdiplômés en économie qui, bizarrement, ne semblent pas faire la différence entre l’inflation, une hausse généralisée des prix, et l’augmentation de certains prix, comme ceux de l’énergie. C’est d’autant plus regrettable que faire monter le coût de nos crédits immobiliers ne va pas faire passer plus de pétrole dans le détroit d’Ormuz !

Alors, si, il y a une explication possible : l’inflation hors énergie reste faible, mais elle va finir par se généraliser, il faut ralentir l’économie en rendant le crédit plus cher. Mais, depuis la mi-août, les taux d’intérêt n’arrêtent pas de grimper ! Pour la dette publique française, ils sont au-dessus de 4 %, pour les crédits immobiliers, autour de 3,5 %. Pourquoi aller encore plus haut ?

Parce que les prix pourraient grimper encore plus, répond la banque centrale. OK, mais c’est comme dire qu’il faut inonder sa maison aujourd’hui au cas où il y ait un incendie le mois prochain ! La question n’est plus de savoir si la banque centrale lutte contre l'inflation, mais pourquoi elle lutte si farouchement contre la croissance européenne.