L’idée de Donald Trump de prélever à son tour un “péage” à Ormuz suscite la stupeur dans la région
“Le président américain Donald Trump a passé des mois à condamner les tentatives iraniennes de monnayer le contrôle du détroit d’Ormuz”, rappelle le site américain Al-Monitor, spécialisé dans les affaires moyen-orientales. Désormais, il semble caresser un projet “étonnamment similaire”.
Le président américain a en effet déclaré lundi 13 juillet, lors d’un entretien accordé à Fox News, qu’en échange du contrôle du passage maritime, les États-Unis comptaient être remboursés “à hauteur de 20 % sur toutes les cargaisons transportées”. Que cela soit faisable ou pas, un tel “péage” états-unien sur la navigation internationale “ébranlerait les pays du Golfe, les compagnies maritimes et des gouvernements à travers le monde”, affirme Al-Monitor.
Contraire aux principes brandis jusque-là face à l’Iran
D’autant que cela serait diamétralement opposé aux principes défendus jusque-là par l’équipe de Trump, et notamment par son chef de la diplomatie, Marco Rubio, qui n’a eu de cesse de répéter “qu’aucun pays n’est autorisé” à collecter des droits de passage sur une voie de navigation internationale, rappelle le quotidien américain The New York Times.
Dans ce contexte, même le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a beau jeu d’ironiser, en déclarant que “vingt pour cent sont évidemment trop”, rapporte pour sa part le journal américain The Washington Post. Avant d’ajouter : “Nous serions plus équitables.”
Dans les pétromonarchies du Golfe aussi, cette sortie inattendue du président américain est mal perçue. Le quotidien émirati Khaleej Times évoque en une des “revendications concurrentes”, comme pour renvoyer dos à dos Donald Trump et les Gardiens de la révolution iraniens. Ceci, dans un contexte tendu pour le pays, puisque des missiles iraniens ont touché deux tankers émiratis dans le détroit d’Ormuz, a indiqué dans la nuit le ministère de la Défense des Émirats arabes unis.
“Dans un monde idéal”, l’Europe jouerait tout son rôle
“Dans un monde idéal, l’Europe serait la puissance diplomatique et militaire la mieux placée” pour rassembler les pays du monde entier qui dépendent de la libre navigation dans ce détroit, estime pour sa part le journal The National d’Abou Dhabi. “Pas seulement les pays riches”, mais également ceux qui ont besoin d’engrais pour ne pas être menacés de famines.
Certes, “l’Europe a largement apporté son soutien à l’initiative franco-britannique d’une coalition navale” pour garantir la libre circulation, une fois la paix revenue. Mais “elle n’a pas encore de stratégie viable”, ni consacré “les ressources nécessaires” pour jouer le rôle de garante des règles, déplore le journal émirati.
Ce sont les futures règles de navigation qui sont en jeu
Pourtant, la crise d’Ormuz est bien “entrée dans une nouvelle étape ces derniers jours”, alerte pour sa part l’éditorial du journal omanais Oman Daily. “Il ne s’agit plus seulement de blocage et de menaces sur des bateaux” mais de savoir ce que seront les règles futures de la navigation internationale.
Il faut établir “un cadre stable qui résiste aux contingences de l’actualité”, estime le journal, qui insiste sur la nécessité de traiter la question de la navigation à part des autres sujets de négociation entre Washington et Téhéran, tels que le dossier nucléaire, les sanctions internationales et les autres crises régionales comme au Liban et à Gaza. Sinon, “chaque crise” régionale ramènera la situation à la case départ.
“Les règles de passage dans les détroits internationaux ont été établies pour éviter que la position géographique ne donne un pouvoir absolu” à tel ou tel pays riverain, rappelle encore Oman Daily. Ce qui n’exclut pas “une responsabilité” particulière, notamment pour Mascate, qui a “acquis une expérience” qui le prédispose à jouer un rôle de premier plan pour un futur règlement. Cela, après avoir “établi un corridor maritime ouvert et gratuit” près de ses côtes pour permettre la continuité de la navigation.