« L’objectif est à chaque fois de monter en gamme » : le commissaire de Menton dévoile le dispositif de sécurité mis en place pour le French Flyair
L’an dernier, la manifestation avait accueilli environ 65 000 personnes. Avez-vous appliqué le même dispositif cette année ?
Mon objectif n’est jamais de reconduire à l’identique un dispositif d’une année sur l’autre. La société évolue, les menaces évoluent et l’événement lui-même évolue. Cette année, par exemple, le spectacle est plus long : il dure environ deux heures au lieu d’une heure trente. Il y a également une école de voltige supplémentaire et le passage de l’A400 M.
Je ne repars donc pas d’une feuille blanche, mais je me demande systématiquement : quels sont les nouveaux enjeux ? L’objectif est à chaque fois de monter en gamme et de proposer la sécurisation la plus optimale possible.
Il faut que le public se sente en sécurité, que mes effectifs puissent travailler eux aussi en sécurité et que l’événement puisse simplement bien se dérouler.
Ce dispositif est-il comparable à celui de la Fête du citron ?
C’est très différent. Contrairement à la Fête du citron, où certains périmètres sont sanctuarisés, avec des contrôles de sacs et l’impossibilité d’entrer sans billet, ici l’accès est totalement libre. Cela change énormément le travail du service d’ordre.
Nous avons donc voulu commencer par sanctuariser une zone piétonnisée, afin d’éviter les véhicules-béliers ou tout type d’intrusion malveillante. Le périmètre concernera notamment le bord de mer. Il partira du rond-point de Trinca jusqu’aux jardins Élysée-Reclus.
Pour sécuriser cette zone, nous installerons des blocs de béton ainsi que des moyens mobiles, comme des véhicules ou des camions, afin de réellement fermer l’espace. Cela permettra à la foule d’occuper la chaussée, les trottoirs et même la plage en sécurité.
Combien de personnes attendez-vous ?
Sur ce seul périmètre, nous nous attendons à environ 30 000 personnes. Cette année, davantage de publicité a été faite autour de l’événement. Nous sommes aussi quasiment à la rentrée scolaire, donc une grande partie des habitants sera revenue sur le territoire, tout en ayant encore beaucoup de touristes présents.
Les 65 000 personnes de l’année dernière étaient réparties à différents endroits sur les communes littorales. C’est justement l’une des difficultés : le public est réparti sur un territoire très large.
Comment occupez-vous le terrain ?
Nous allons mettre en place une sécurisation dynamique, à la fois avec des véhicules et avec des motos. Un binôme de motards de la DIPN [Direction interdépartementale de la police nationale, NDLR] sera notamment chargé de surveiller les flux de circulation.
Pendant le spectacle, les conducteurs de voitures ou de scooters peuvent être tentés de regarder les avions plutôt que la route. Ils peuvent freiner brutalement, se déporter ou s’arrêter pour prendre des photos. De leur côté, certains spectateurs peuvent se rapprocher de la chaussée pour mieux voir. Tout cela peut provoquer des perturbations de circulation ou des accidents.
Nous allons donc mettre en place ce que l’on pourrait appeler un deuxième périmètre, beaucoup plus large, depuis le Cap Martin jusqu’aux hauteurs de Menton.
Combien d’effectifs sont déployés sur la manifestation ?
Plus d’une vingtaine de policiers seront mobilisés sur le dispositif. Nous avons également demandé des renforts départementaux. La compagnie d’intervention sera présente, ainsi qu’un trinôme d’une brigade de sécurité routière. Il faut ajouter à cela les motards et les moyens consacrés à la lutte anti-drone.
Comment fonctionne justement la lutte anti-drone ?
Elle se déroule en deux temps. L’objectif est d’avoir une sécurisation aérienne complète de l’événement.
Avant le spectacle, nous allons utiliser un drone pour observer notamment les flux de population et leur répartition sur l’ensemble du bord de mer. Cela nous permettra aussi de surveiller les problématiques routières et, plus globalement, les mouvements de foule.
Pendant le spectacle, l’objectif sera véritablement de créer un dôme de protection aérienne. Il faut pouvoir intervenir aussi bien contre un drone potentiellement malveillant, qui pourrait transporter une charge, que contre un simple touriste qui voudrait prendre une photo et ferait monter son appareil à une altitude dangereuse pour les avions. Aucun drone ne sera autorisé. Si un survol non autorisé est détecté, il sera immédiatement brouillé et le télépilote interpellé.
Le plan d’eau sera également sanctuarisé…
Oui, il y aura environ une dizaine de bateaux. Leur mission sera de « blanchir » complètement le plan d’eau, c’est-à-dire de faire sortir tous les bateaux de plaisance qui n’ont rien à faire dans la zone.
Les avions utilisent notamment des rangées de bouées ancrées dans l’eau pour se repérer. Il est donc très important qu’ils disposent d’un périmètre visuel totalement dégagé.
Et, malheureusement, si un accident aérien devait survenir, les moyens nautiques permettraient également d’intervenir rapidement pour porter assistance aux pilotes.
Au final, quelle est la principale difficulté d’un événement comme celui-ci ?
C’est un spectacle qui utilise les trois espaces : aérien, terrestre et maritime. Nous devons donc être capables de répondre simultanément à tous ces enjeux. Mais le plus compliqué reste que nous n’avons aucune idée précise du nombre de personnes qui viendront. On peut donc moins anticiper les flux.
Comment intégrez-vous le risque terroriste ?
Nous sommes actuellement sous un niveau Vigipirate renforcé. Comme il n’y aura ni contrôle systématique des sacs ni filtrage à l’entrée, nous avons renforcé le dispositif pour pouvoir répondre à n’importe quelle menace. Nous aurons de nombreux effectifs à l’intérieur du périmètre qui seront capables d’intervenir immédiatement si cela devient nécessaire.
Est-ce que Menton est dimensionnée pour accueillir ce type de manifestation ?
Je pense que oui. Personnellement, je trouve remarquable qu’une ville comme Menton, qui compte environ 30 000 habitants, ait les capacités, aussi bien financières que relationnelles, d’accueillir deux années de suite la Patrouille de France. Ce n’est pas anodin. La ville peut potentiellement accueillir l’équivalent de sa population habituelle simplement en spectateurs. C’est très positif pour son rayonnement, à l’échelle nationale comme internationale. C’est aussi là que je trouve mon rôle utile : notre mission est de permettre à la manifestation de se dérouler correctement et de répondre aux enjeux qu’elle génère.
En tant que commissaire de police, c’est une opportunité unique ?
Nous pouvons travailler avec l’armée de l’Air lors de grands déplacements officiels ou de services d’ordre importants, notamment dans le cadre de la lutte anti-drone. Mais un spectacle de ce type reste quelque chose d’unique.
Personnellement, j’ai vu la Patrouille de France plusieurs fois quand j’étais enfant. Je l’ai également vue lorsque j’ai participé au défilé du 14-Juillet en 2023, puis dans le cadre de missions de sécurisation à Paris. Et lorsque j’ai passé mes examens de télépilote et suivi ma formation à Salon-de-Provence, je les voyais s’entraîner tous les jours.
Je pense que nous sommes tous un peu pareils : lorsqu’on voit ces avions effectuer leurs figures dans le ciel, on redevient des enfants et on les regarde avec les yeux grands ouverts. C’est donc un vrai plaisir de pouvoir contribuer, de notre côté, à ce que le spectacle se déroule dans les meilleures conditions.