L'oeil de la rédaction. L'édito. Gaspillage de nos ressources en eau potable : stopper la fuite en avant
Selon les derniers chiffres de l’Office français de la biodiversité, le volume annuel d’eau potable s’évanouissant dans le milieu naturel est l’équivalent d’un lac d’Annecy en 2024. De quoi s'interroger sur l'état des réseaux en France.
Sébastien Daucourt -
Aujourd’hui à 19:27 | mis à jour aujourd’hui à 20:52
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Photo Patrice Knapek
Des petits trous, des petits trous. Toujours des petits trous. Et des gros aussi. Ceux qui parsèment les 900 000 kilomètres de canalisations enterrées (l’équivalent de 22 fois le tour de notre planète) structurant le réseau d’eau potable français. Inutile de préciser que dans ces conditions, détecter les innombrables fuites s’apparente à chercher un point-virgule dans un roman de Houellebecq.
L’été caniculaire que l’on vient de traverser et son corollaire, la sécheresse, doivent pourtant interpeller sur l’état vieillissant de cet enchevêtrement de tuyaux. Les études sont formelles : celui-ci laisse au minimum 20 % de notre eau potable s’échapper dans la nature avant même d’alimenter nos robinets.
Un renouvellement faible
Ce n’est pas un scoop, encore moins une découverte pour les collectivités qui, depuis des années déjà, se retrouvent face à ce dilemme : la maintenance des canalisations, voire leur renouvellement total, coûte des sommes considérables au regard de la valeur de l’eau ainsi économisée… qu’elles n’ont, au passage, aucune assurance de vendre ensuite. Pas très rentable, tout ça. Mais la valeur collective de cette ressource si précieuse ne se calcule pas en euros. Un choix cornélien auquel la réponse apportée tient en un chiffre : le taux moyen de renouvellement était seulement de 0,61 % en France en 2024. À ce rythme, plus que 150 ans, et tout sera comme neuf !
Si l’IA, l’hélium, les robots ou les chiens renifleurs viennent désormais au secours des collectivités pour les aider à repérer ces maudites fuites, le véritable levier pour celles-ci reste bien sûr financier. Et comme une grande partie du système repose sur les factures d’eau payées par nous toutes et tous, on ne vous fait pas de dessin : il s’agirait d’augmenter les tarifs alors que l’essence, le gaz ou l’alimentation provoquent déjà, dans notre portefeuille, des petits trous. Encore des petits trous. Toujours des petits trous.