Course à la succession de Parmelin : l'UDC face à un choix crucial
La course à la succession de Guy Parmelin s’est brusquement accélérée. En moins de vingt heures, pas moins de cinq élus UDC ont annoncé leur candidature: Marco Chiesa (TI), Pierre Alain Schnegg (BE), Michael Graber (VS), Franz Ruppen (VS) et Jean-Pierre Gallati (AG).
Ils viennent s’ajouter à Céline Amaudruz (GE) et Rémy Wyssmann (SO), déjà candidats. Le chef du groupe parlementaire UDC Thomas Aeschi (ZG) a pour sa part été proposé par sa section cantonale, mais doit encore décider s’il se lance.
Une politologue aguerrie
Titulaire d'un master en «politique suisse et politique comparée» de l'Université de Berne et membre de l'institut gfs. bern, Corina Schena a livré ses impressions à 20 Minutes. Pour la politologue, cette avalanche de candidatures a presque des airs d’improvisation. «Au final, ça donne un peu l’impression d’une opération menée dans l’urgence», estime-t-elle.
L'option d'un ticket avec trois régions linguistiques
Reste désormais à savoir qui l’UDC décidera de présenter à l’Assemblée fédérale. Et les critères sont nombreux: sexe, langue, région, expérience politique ou encore capacité à convaincre au-delà des rangs du parti.
Un scénario retient particulièrement l’attention: celui d’un ticket à trois représentant les principales régions linguistiques du pays. Dans cette configuration, l'ex-président de l’UDC Marco Chiesa pourrait représenter le Tessin et Pierre Alain Schnegg la Suisse romande. Une personnalité alémanique compléterait alors le trio. Pour Corina Schena, il est toutefois «extrêmement difficile» de prédire le choix du parti à ce stade.
Pierre Alain Schnegg marque des points
Parmi les prétendants, le président du Conseil d'État bernois Pierre Alain Schnegg dispose de plusieurs atouts. «Il apporte beaucoup», estime Corina Schena. La politologue souligne notamment son calme et sa stature d’homme d’État.
Son profil pourrait également lui permettre d'obtenir des voix à gauche de l’échiquier politique. «Il a des points forts qui le rendent éligible, surtout en comparaison avec les tenants d'une ligne dure», analyse-t-elle.
Un élément pourrait cependant jouer contre lui: son âge. Le conseiller d’État issu du Jura bernois fêtera ses 64 ans cette année. Son réseau à Berne pourrait également être moins développé que celui de parlementaires fédéraux de longue date.
Marco Chiesa bien placé
L’ancien président de l’UDC Suisse Marco Chiesa aurait lui aussi de bonnes chances d’intégrer le ticket du parti. Sa candidature permettrait notamment à l’UDC de jouer la carte tessinoise dans l’hypothèse d’un ticket à trois régions linguistiques.
Son niveau d’allemand, comme celui de Céline Amaudruz, pourrait toutefois entrer dans l’équation. Pour Corina Schena, la maîtrise des langues a son importance, mais elle ne devrait pas devenir un obstacle absolu dans un pays multilingue.
Céline Amaudruz face à un parcours difficile
La situation semble plus compliquée pour Céline Amaudruz. La Genevoise a été la première à annoncer sa candidature, une démarche que la politologue juge positive. Mais son soutien au-delà de son canton reste une inconnue. Elle pourrait notamment rencontrer des difficultés pour convaincre au sein même du groupe parlementaire UDC.
Sa candidature féminine pourrait en revanche lui apporter certains soutiens en Suisse alémanique.
Deux Valaisans dans la course
Le Valais a finalement décidé de ne pas choisir: Michael Graber et Franz Ruppen sont tous deux candidats.
Le conseiller d’État Franz Ruppen peut faire valoir son expérience au sein d’un exécutif. Reste à savoir, selon Corina Schena, si le Parlement est déjà prêt à élire un nouveau Valaisan au Conseil fédéral après le départ mouvementé de Viola Amherd.
Michael Graber présente un profil différent. Considéré comme appartenant à l’aile dure de l’UDC, le conseiller national pourrait notamment voir ressurgir la polémique liée à son altercation passée avec des policiers de Fedpol.
Rémy Wyssmann, l’outsider
Les perspectives semblent plus compliquées pour Rémy Wyssmann. Le Soleurois n’est arrivé au Conseil national qu’en 2023 et passe encore pour un outsider sous la Coupole fédérale.
Son positionnement pourrait également soulever une question centrale pour un futur conseiller fédéral: sa capacité à défendre collégialement les décisions du gouvernement, y compris lorsqu’il n’est pas personnellement d’accord avec elles. Ses critiques particulièrement virulentes de la politique fédérale durant la pandémie pourraient ainsi revenir dans les discussions.
Jean-Pierre Gallati: un soutien de poids
Jean-Pierre Gallati fait désormais lui aussi officiellement partie de la course. Le conseiller d’État argovien peut notamment compter sur un soutien remarqué: celui de Natalie Rickli. En annonçant qu’elle renonçait elle-même à briguer le Conseil fédéral, la conseillère d’État zurichoise avait publiquement vanté les qualités de son collègue argovien.
Selon Corina Schena, cette prise de position pourrait l’aider. Son expérience dans un exécutif cantonal constitue également un atout. La question de son réseau politique à Berne demeure toutefois ouverte.
Et vous, vous avez un favori?
Pierre Alain Schnegg: il a l’envergure nécessaire
Céline Amaudruz: elle a de l’expérience au Parlement, et une femme romande, ce serait la classe
Michael Graber: il faut quelqu'un de plus «dur»
Franz Ruppen: il est expérimenté
Rémy Wyssmann: il ose dire les choses
Jean-Pierre Gallati: lui aussi, il a de l'expérience
Thomas Aeschi: il a un réseau solide
Je n'ai pas d'avis / Je veux voir les résultats
Et Thomas Aeschi?
Une dernière inconnue de taille subsiste: Thomas Aeschi. Le chef du groupe UDC aux Chambres a été officiellement proposé par son parti cantonal vendredi, mais il n’a pas encore confirmé sa candidature.
À 47 ans, le Zougois dispose d’un avantage considérable: «C’est un politicien extrêmement bien connecté ici à Berne», souligne Corina Schena. Son style peut toutefois être clivant. Thomas Aeschi avait déjà tenté d’entrer au Conseil fédéral en 2015. Ironie de l’histoire: il avait alors été battu par celui qu’il pourrait aujourd’hui chercher à remplacer, Guy Parmelin.
Cette première tentative infructueuse ne devrait pas le pénaliser. Et s’il devait intégrer le ticket de l’UDC, il disposerait de soutiens au Parlement, estime la politologue.
Ville ou campagne? Pas décisif
La provenance urbaine ou rurale des candidats ne devrait en revanche pas faire la différence cette fois-ci. Une grande partie de la population suisse vit aujourd’hui dans les agglomérations et la majorité des prétendants peuvent être rattachés à cet espace. Aucun candidat ne disposerait donc d’un avantage ou d’un handicap évident sur ce critère.
La véritable bataille commence désormais au sein de l’UDC: avant de convaincre l’Assemblée fédérale, le 9 décembre prochain, les candidats devront d’abord décrocher une place sur le ticket du parti.
(frs)

Stefan Lanz
Stefan Lanz travaille pour 20 Minuten depuis 2021. Il est journaliste au Palais fédéral et possède une longue expérience.