« La France a un problème avec la violence » : ce que la presse internationale dit des manifestations du 17 octobre
Des membres des Compagnies républicaines de sécurité (CRS) affrontent des manifestants sur la place de la République, à Paris, le 17 octobre 2026. (Kiran RIDLEY / AFP) KIRAN RIDLEY / AFP
Les images de la place de la République sous un nuage de gaz lacrymogènes et les clichés de véhicules incendiés sur le pavé parisien ont fait le tour des rédactions mondiales dimanche 18 octobre. Pour la presse internationale, la journée de mobilisation du samedi 17 octobre témoigne d’un ras-le-bol généralisé contre la vie chère et l’action du gouvernement.
En Espagne, « El País » qui consacre un important reportage photo sur son site, a titré dans son édition de dimanche : « La rage de la jeunesse et les gilets jaunes enflamment la France ». « La France est descendue dans la rue et, entre manifestations, incendies et pillages, a acté la mort du macronisme. Elle l’a fait avec violence, comme elle en a l’habitude. Rage, colère, mais aussi peur de l’avenir », écrit le quotidien espagnol dans un article titré « La France met le feu au macronisme ». Le directeur du département Opinions de l’IFOP, Jérôme Fourquet, y donne un entretien où il estime que « nous assistons à la fin d’une époque ». Selon lui, il existe un vide de pouvoir qui empêche de répondre à un malaise généralisé et un climat crépusculaire aggravé par la dette publique.
« Conception archaïque »
Outre-Rhin, l’hebdomadaire « Der Spiegel » propose plusieurs articles qui reviennent sur cette longue journée, mais aussi une analyse au vitriol signée de son correspondant à Paris. « La France a un problème avec la violence - et cela commence par la police », peut-on lire. Pour le journal allemand, « les conflits sociaux dégénèrent régulièrement en violences brutales », et d’assurer : « Derrière cela se cache une conception archaïque de l’Etat, en partie responsable de la profonde crise qui secoue le pays. »
Côté britannique, Le « Guardian » suit en direct le bilan des arrestations massives à Paris et s’interroge sur les ressorts profonds de cette colère. Le site du quotidien note que des manifestations ont également eu lieu dans toute l’Europe. En Italie, des manifestants se sont affrontés avec la police, ont pillé des magasins et incendié des bâtiments dans le centre de Milan samedi. La manifestation a dégénéré après une marche pacifique contre les guerres et la hausse du coût de la vie.
Au Portugal, des centaines de personnes se sont rassemblées sur la place Rossio à Lisbonne pour appeler à des mesures pour stopper la hausse des coûts du logement et de la vie quotidienne. Le « Guardian » révèle également comment la police française a utilisé des véhicules tout-terrain financés par le Royaume-Uni pour empêcher les demandeurs d’asile de traverser la Manche lors des manifestations des lycéens à Dunkerque.
« La France sous le choc »
Outre-Atlantique, le « New York Times » titre « La France sous le choc », insistant sur le fait que la journée de mobilisation a été « la plus importante journée de protestation depuis le début du mouvement de contestation, il y a environ un mois ».
Le « Wall street journal » raconte aussi le « chaos » à Marseille où des émeutiers ont enfoncé la porte de l’hôtel de ville permettant à une foule de jeunes masqués prendre d’assaut le bâtiment ; à Lyon où l’office du tourisme a été incendié ; à Limoges où la mairie a été incendiée… Sur la radio publique américaine NPR, la correspondante Eleanor Beardsley décrit une France fonctionnant en « écran divisé ». D’un côté, des cortèges pacifiques où des étudiants dénonçant la vétusté de leurs établissements s’associent à des travailleurs sociaux et des fonctionnaires réclamant la justice fiscale face à des inégalités jugées criantes. De l’autre, les images diffusées en boucle par les chaînes d’information montrant des scènes de chaos : voitures incendiées à proximité de la Tour Eiffel, ainsi que des intrusions violentes dans les mairies de Lille et de Marseille, où un buste de Marianne a été renversé. Alors que les étudiants interrogés par la radio américaine supplient que ces dégradations ne masquent pas leurs revendications légitimes, ils mettent en cause la doctrine policière française : l’utilisation massive de gaz lacrymogènes et la charge des forces d’ordre poussent inévitablement à l’escalade. À moins de six mois de l’élection présidentielle, l’antenne américaine souligne l’impasse politique : la France insoumise pointe la responsabilité du gouvernement, Marine Le Pen réclame un retour à l’ordre et le pouvoir accuse la violence de l’extrême gauche, laissant au final un président Emmanuel Macron totalement coupé d’une jeunesse française en rupture.
Le média « India Today », s’appuyant sur les reportages de terrains et les dépêches d’agence écrit « La France en flammes », et souligne l’ampleur des arrestations. Pour le site indien, l’extension du mouvement aux « gilets jaunes » marque une étape critique pour le gouvernement.
Par Service Actu