C’est le monde qui a changé et les conditions même du débat politique qui ont été bouleversées. Il y a deux guerres à nos portes, le prix du carburant ne cesse d’augmenter, les États-Unis ne sont plus des alliés, Vladimir Poutine menace nos frontières et la Chine nous envahit par ses produits. Le libre-échange aussi a changé avec des droits de douane un peu partout. Face à une France beaucoup plus divisée, traversée par les mouvements de radicalité et notamment extrême, la gauche doit non pas s’adapter mais inventer ce qu’elle peut être demain, c’est-à-dire une gauche qui unit, qui réunit le pays, réunit les citoyens autour d’objectifs durables : la jeunesse, la transition écologique, renforcer notre puissance industrielle et économique face à la dette financière qui pèse sur nos choix. La gauche que je défends doit porter un grand projet et pas simplement faire des mesures les unes après les autres pour répondre à l’urgence.

C’est sans doute plus difficile et c’est encore plus nécessaire. C’est plus difficile parce que les partis politiques ont perdu beaucoup de leur présence, de leur force, les syndicats aussi. L’individualisation est plus forte et les groupes radicaux, en particulier l’extrême droite, se sont développés. C’est précisément la mission des républicains : participer à un mouvement qui unit, rassemble et offre une solution pour le pays. Sinon, nous n’aurons que la discorde, la division et un choix au second tour de l’élection présidentielle qui ne correspondra pas à nos aspirations.

Vous n’êtes pas candidat à la primaire de la gauche mais vous laissez toujours planer le doute sur une éventuelle candidature en 2027.

Je ne suis pas candidat aujourd’hui. J’ai affirmé à plusieurs reprises que je prendrai ma décision à la fin de l’année. Je sais d’expérience ce qu’est une campagne présidentielle : elle ne commence véritablement qu’au mois de février. Il y a, à mon avis, beaucoup trop de candidats. Il n’y aura pas forcément autant au mois de décembre. Mon choix dépendra de la situation du pays de l’état de la gauche et de ce que la primaire aura produit. S’il y a une vraie dynamique, il n’y a aucune raison que je me mette en travers. En revanche, s’il apparaît un besoin d’union, de rassemblement et d’autorité, compte tenu de l’état de notre pays et des lourdes questions budgétaires et financières qui pèsent sur nous, je prendrai la décision appropriée.

« Alors oui, dix ans après, la République est à vos côtés », a assuré le président Emmanuel Macron.

Vous écrivez que « la priorité doit être la jeunesse et l’éducation ». Que vous inspire le mouvement des lycéens ?

Nous sommes dans une société qui vieillit, avec une jeunesse moins nombreuse qu’il y a vingt ou quarante ans. C’est une jeunesse inquiète pour sa formation et pour son avenir sur une planète dégradée et brûlante. Elle nous adresse ce message : « Même si nous ne sommes pas les plus nombreux, c’est nous votre avenir ». Il faut lui donner la priorité. Aujourd’hui, le débat politique est monopolisé par les retraites, la santé ou la fin de vie. Il faut proposer aux jeunes des thèmes qui répondent à ce que sera la France dans cinq, dix, quarante ans.

Comment leur redonner espoir et les inciter à s’engager pour 2027 ?

Il faut leur dire de s’emparer de la campagne présidentielle. Même si certains n’ont pas encore l’âge de voter, cette élection va déterminer leur avenir, en particulier sur l’éducation, l’enseignement supérieur, la recherche et l’écologie. Un président de la République décide sur le long terme. C’est à cette jeunesse de s’emparer de cette élection.

Dans les Alpes-Maritimes, une vingtaine de lycées sont fermés en raison du mouvement et les cours se tiennent à distance, comme pendant le confinement. Cela signifie-t-il que l’État n’arrive plus à protéger ses enfants ?

Les confinements ne sont pas une bonne chose. On ne peut pas renvoyer les jeunes à une forme d’isolement ou de contact uniquement par les réseaux sociaux. L’État aurait dû réagir dès les premiers blocages il y a une dizaine de jours. Dès qu’un mouvement s’amorce dans quelques lycées, il ne faut pas attendre. Il ne s’agit pas seulement d’envoyer la police, ce qui est parfois nécessaire pour la sécurité, mais d’ouvrir immédiatement la discussion et la négociation. Aujourd’hui, elle est d’ailleurs engagée, tant mieux. Le débat budgétaire doit apporter des corrections : remplacer les professeurs absents, offrir des conditions d’apprentissage et d’enseignement dignes.

On ne vous a pas entendu sur les propos antisémites attribués à Jordan Bardella. Doit-il se retirer de la vie politique ?

C’est à son mouvement d’en tirer les conclusions. Mais cette formation est imprégnée d’antisémitisme depuis sa création par Jean-Marie Le Pen, et cela s’est poursuivi après lui. C’est un mouvement où les thèses identitaires et des individus comme Alain Soral continuent d’exercer une influence. Il peut y avoir une surprise sur une personne en particulier, mais pas sur le mouvement lui-même.