Le maire Renaissance d’Annecy Antoine Armand dans son bureau, le 26 mai 2026.

Le maire Renaissance d’Annecy Antoine Armand dans son bureau, le 26 mai 2026.  GUILLAUME LAMBIN / HANS LUCAS VIA AFP

Une méthode venue des livres d’Histoire. A l’heure des réseaux sociaux, la mairie d’Annecy a acheté des milliers de journaux dans l’optique d’étouffer une affaire de viol dans laquelle est mêlé le premier adjoint, d’après une enquête de l’ONG Reporter sans Frontière et du journal local « L’Essor Savoyard ». Comment la mairie d’Annecy a-t-elle tenté grossièrement d’étouffer cette affaire ? On rembobine.

Le 4 juin dernier, des membres de l’équipe municipale d’Antoine Armand (Renaissance) se ruent dans les bureaux de tabac, grandes surfaces et kiosques de la ville. Avec un objectif en tête : acheter tous les exemplaires de « L’Essor Savoyard » dont la Une est consacrée au témoignage d’un homme accusant le premier adjoint Anthony Granger de viol. Selon l’hebdomadaire régional, qui n’hésite pas à évoquer une véritable « opération » « avec un caractère systématique et une véritable ampleur », 20 points de vente sont ciblés : « Plus de 900 exemplaires ont disparu en une seule matinée, pour un budget représentant près de 2 300 euros. »

Les buralistes de la ville racontent leur surprise lorsqu’ils ont vu affluer soudainement de mystérieux clients avec un fort appétit pour le journal. Si certains se font passer pour des salariés du journal et font main basse sur près de 150 exemplaires en prétextant une erreur, un homme en achète près d’une quinzaine pour, assure-t-il, « l’exposé de sa fille ».

« Certains ont accepté, d’autres ont refusé »

En s’appuyant sur les témoignages des buralistes et les images de vidéosurveillance, RSF et « L’Essor Savoyard » identifient plusieurs personnes directement liées à la mairie d’Annecy. Dont Myriam Clerc, conseillère spéciale et ancienne collaboratrice parlementaire du maire quand celui-ci était député de Haute-Savoie. Cette dernière dément et évoque une affaire « montée en épingle ».

Sous couvert d’anonymat, une source au cœur de la majorité municipale confirme en revanche la découverte des journalistes. « Des élus ont été appelés pour acheter des journaux. Certains ont accepté, d’autres ont refusé », affirme cette source. Et de justifier : « Je pense que ça a été décidé dans un moment de panique, un geste un peu désespéré. »

Contacté par RSF et « L’Essor Savoyard », Antoine Armand, ancien ministre d’Emmanuel Macron, assure qu’« aucune consigne n’a été donnée ». « Aucune organisation n’a été mise en place et aucun argent public n’a été mis à disposition, ni par la Ville ni par son cabinet », poursuit le maire d’Annecy dans sa réponse. De son côté, le premier adjoint Anthony Granger a été placé en retrait de ses fonctions.

Par  Service Actu