Invité culture - La McAnuff Family, sur scène avec les Ligerians, font du reggae une histoire de famille
Depuis plus de 50 ans, sa voix porte inlassablement les valeurs du reggae : le chanteur jamaïcain Winston McAnuff et ses enfants, Nadia et Kush, forment tous ensemble la McAnuff Family. Accompagnés du groupe français de reggae les Ligerians, ils sillonnent les scènes de France depuis cet été. Une façon de faire le pont entre les différentes générations et les différentes écoles du reggae… une façon, aussi, de montrer que 45 ans après la mort de Bob Marley, ce style musical né en Jamaïque n'a pas dit son dernier mot. Léa Boutin-Rivière a pu rencontrer la McAnuff Family lors du festival No Logo BZH, cet été.
RFI : Bonjour Winston, bonjour Nadia. Vous vous apprêtez à jouer avec les Ligerians ce soir sur scène. Comment ce projet de jouer à la fois en famille et avec les Ligerians s'est-il concrétisé ?
Nadia McAnuff : En réalité, nous avons toujours joué en famille. Déjà plus jeune, j'ai participé à certains titres avec le collectif Inna de Yard, après avoir été invitée par mon père Winston et mon frère Koush. Et puis, plus tard, j'ai commencé à jouer avec les Ligerians. Dès le début, l'objectif était que toute la famille joue. Mon frère et mon père ont pris du temps pour le projet, et je tiens à les remercier de leur présence.
Vous avez dévoilé votre album Africa My Destiny il y a quelques semaines. D'où ce titre vous est-il venu ?
Nadia McAnuff : C'est venu assez naturellement. Quand on est en tournée, on travaille toujours sur de nouveaux titres, on crée en même temps que l'on tourne. C'est en suivant ce processus que l'album est né.
Winston McAnuff : Pour parler plus précisément de la chanson « Africa My Destiny », un grand écrivain jamaïcain, Claude McKay, a écrit un poème que la plupart des Jamaïcains connaissent, If We Must Die. Et ce que j'ai fait avec « Africa My Destiny », c'est réadapter le poème et le mettre en musique. C'est une manière de rendre hommage à Claude McKay.
Pour rester sur cette idée d'hommage, dans cet album vous participez tous les trois à la chanson « Be Careful ». Il me semble que c'est un hommage à votre fils et votre frère, Matthew, qui est mort en 2012…
WMA : Ah oui, « Be Careful »… C'était à l'époque où mon fils était au lycée. J'ai eu l'opportunité d'enregistrer des titres avec Inna De Yard, et j'ai proposé à Matthew de venir enregistrer lui aussi. Ça a donné ce titre. Et le fait qu'on le chante aujourd'hui tous les trois… disons que c'est notre façon de multiplier Matthew.
Vous avez aussi des chansons politiques, notamment « Story Comes to Bump ». Est-ce important pour vous d'écrire des textes engagés ?
WMA : En tant qu'artistes, nous chantons toujours sur ce que nous voyons autour de nous. Ce n'est pas nouveau. Même pendant l'apartheid, le reggae était à l'avant-garde de l'engagement. La politique fait partie de la vie ! Certaines personnes ne votent pas, mais parfois, les mots peuvent avoir une influence, surtout si vous disposez d'une grosse plateforme. Donc c'est important de s'exprimer sur toutes les choses que l'on voit et qui vont mal. D'être une voix pour ceux qui n'en ont pas.
Winston, vous faites partie du paysage musical depuis plusieurs décennies… Vous avez vu le reggae évoluer, être très populaire, puis devenir plus confidentiel. Comment voyez-vous le reggae aujourd'hui et sa place sur la scène musicale ?
Vous savez, le reggae est une force positive. Or, dans la vie, il suffit d'un peu de positif pour neutraliser une grande quantité de négatif. C'est comme une tasse de thé ! Vous n'avez besoin que d'un seul carré de sucre pour que toute la tasse soit plus douce. La lumière, c'est quelque chose de très puissant. C'est la raison pour laquelle nous n'avons qu'un seul soleil, pour le monde entier. Eh bien le reggae, c'est pareil. L'obscurité n'a pas tant de pouvoir que cela.
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