« La mémoire est douloureuse, mais l’oubli est insupportable » Comment les victimes de l’attentat du 14-Juillet ont vécu la cérémonie d’hommage à Nice
Il est des regards qui en disent long. À l’image de ceux qu’échangent la famille de Simone Barreto Silva et Anne Murris, ce mardi 14 janvier 2026 au soir, place Masséna. Les premiers ont perdu un être cher lors de l’attentat en la basilique Notre-Dame, le 29 octobre 2020 à Nice. La seconde a perdu sa fille Camille sur la promenade des Anglais, dix ans plus tôt.
D’une souffrance à l’autre, on se comprend, on se soutient. La famille de Simone remercie Anne pour ce « Murmure de la mer », signé Marek, qu’elle a lu à la tribune. Présidente de Mémorial des Anges, Anne Murris a participé à la conception de cette cérémonie. « Pour lutter contre l’oubli, on se doit d’être dans ce genre de commémoration. La mémoire est douloureuse, mais l’oubli est insupportable. Entre les deux, je préfère la difficulté. »
Il est 20 h. La cérémonie vient de s’achever, Emmanuel Macron échange avec des victimes descendues de la tribune. Sandrine Steciw, Niçoise établie en Californie, s’éloigne avec ses trois enfants, tous mineurs à l’époque de l’attentat. Elle a perdu son frère Mathias, sa belle-soeur Odile et la mère de celle-ci, Jocelyne. « La cérémonie était très touchante. C’est toujours aussi délicat, et triste. »
Émus par la vue des enfants
Oui, Sandrine s’est retrouvée « dans certains discours ». Mais elle « voudrait que le gouvernement, au lieu de dire qu’il n’oublie pas les victimes, le fasse vraiment. » Elle l’exhorte à être plus ferme : « Protégez-nous ! Protégez les Français ! »
Alexandra Oppikofer, 37 ans, est venue avec son frère et sa fille Shade, 2 ans. « C’était important d’être là pour les dix ans. On voit qu’ils ont mis un point d’honneur à faire quelque chose de plus conséquent que d’habitude. On sait que ce sera un peu moins important chaque année, et qu’on tombera doucement dans l’oubli. C’est pourquoi il y a tout un travail à faire pour maintenir le souvenir de ce qui s’est passé. »
Photo Christophe Cirone
Le moment le plus fort, pour Alexandra ? Comme pour beaucoup : voir ces enfants déposer des branches d’olivier sur les 86 chaises bleues. « Ça représentait à la fois les victimes, ceux qui ont sauvé, et les enfants, donc l’avenir. De très, très beaux symboles. »
« Fiers du peuple niçois »
Cette fois-ci, Cindy Pellegrini était en tribunes. En 2016, c’est elle qui avait parlé au nom des victimes, lors de l’hommage de la Nation, trois mois après l’attentat. Cindy a perdu six membres de sa famille, la plus endeuillée le 14-Juillet. « On est fiers du peuple niçois, de voir qu’on n’est pas oubliés », salue cette Lorraine.
Elle a aussi a été profondément émue par le geste de ces 43 enfants. Elle a trouvé les discours « sobres et dignes ». Elle aurait juste « aimé que le portrait des victimes soit diffusé, qu’on mette davantage l’accent sur le visage des victimes ».
Photo Christophe Cirone
Tandis que la foule se disperse, Cindy Pellegrini retrouve Anne Murris, avec qui elle a fondé l’association Mémorial des anges. Anne lui apprend qu’elle vient d’être nommée chevalier de la Légion d’Honneur. Le visage de Cindy s’illumine. Les deux femmes tombent dans les bras l’une de l’autre. Il est des étreintes qui en disent long.