Les céphalopodes s’épanouissent dans des eaux qui se sont réchauffées de quatre degrés en une centaine d’années. Aujourd’hui, les seiches communes, calmars côtiers et poulpes communs représentent plus d’une capture sur cinq des pêcheurs flamands – 23 % des tonnages, selon les autorités flamandes.

"Les calamars? Il y en a plein sur la côte belge. Avant, ça n’existait pas ici. Maintenant, ce sont des quantités énormes de calamars qui débarquent, et moins de crevettes. Et des poulpes aussi", témoigne dans La Matinale Mario, interrogé alors qu'il fermait son étal au marché aux poissons d'Ostende.

En cent ans, la partie sud de la mer du Nord, peu profonde, s'est réchauffée de quatre degrés explique Hans Polet, directeur scientifique à l'institut flamand de recherches sur l'agriculture et la pêche.

"Les œufs de poulpe, il leur faut une température comprise entre 9 et 11 degrés pour être viables et éclore ensuite. Avant c'était beaucoup plus froid. Mais maintenant on observe que les œufs de céphalopodes survivent très bien", précise le spécialiste.

Moins de cabillauds

Par ailleurs, les céphalopodes disposent d'une grande quantité de nourriture: des crevettes, du crabe et du hareng dont ils sont friands. En effet, les grands prédateurs très gourmands comme le cabillaud sont moins nombreux. Pour eux, c'est l'inverse: ils n'arrivent plus à se reproduire dans des eaux devenues trop chaudes. Ce qu'ils mangeaient finit maintenant dans les estomacs des céphalopodes.

Tout est allé très vite, reconnaît Tom Premereur, directeur général des ventes à la criée flamande: "Il y an encore 8 ou 9 ans, on ne voyait aucune seiche, aucun calamars. Et maintenant ils représentent nos principaux volumes de pêche. Les poulpes, les gros, on ne les voit que depuis deux ans. L’année dernière pendant l’hiver, un patron de pêche m’a appelé pour me dire qu’il en avait pêché plus de deux tonnes".

Exportation vers le sud de l'Europe

Les pêcheurs flamands, eux, ont su s'adapter. Ils refusent tout quota de pêche sur des céphalopodes vendus entre 5 et 9 euros le kilo en ce moment. Le marché est en plein développement.

La majorité des pêches est exportée vers les régions méditerranéennes – Italie, sud de la France, Espagne – là où la surpêche a fait baisser les populations. Les seiches, poulpes et calamars pêchés par des Belges vont ainsi garnir les paellas et autres risottos locaux.

Jean-Jacques Héry/lia