Mode

Tour d'horizon des tendances mode des années 80.

5 octobre 2026

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Le carburant des années 80 ? Le pouvoir. Portefeuille d’actions bien rempli, silhouette hyper fit, ou plafond de verre brisé, il peut prendre des formes variées. La décennie fonce tête baissée au rythme de la cloche de la Bourse de New York, de la musique de MTV et du cliquetis des claviers des ordinateurs. La mode des années 80 fait écho à ce monde nouveau : le Lycra enserre les corps, épousant leurs courbes comme jamais auparavant, le power suit en impose et les cheveux prennent du volume.

Dans le numéro d’octobre 1985 de Vogue, un article au titre particulièrement évocateur (“Power Dressing”) résume parfaitement le moment. La série qui l’accompagne, signée Helmut Newton, met en scène des femmes dressées au-dessus d’hommes à leur service, en train de faire leur plein d’essence, de nettoyer leur piscine ou de tailler leur haie. Le texte qui vient avec est clair : “Une façon différente de voir la mode – comme un loisir, un fantasme, un élément provocateur. Le regard des hommes sur les femmes est différent. Celui des femmes sur les hommes aussi. Les femmes s’habillent pour être vues... et prendre le dessus. Les hommes deviennent objets de fantasme. Les femmes donnent la direction... et le ton. Les choses, on le sent, sont en train de changer.”

Les tendances féminines qui ont marqué les années 1980

Power Suits : les femmes enfilent le costume

Dans la mode des années 80, les tailleurs en polyester passe-partout de la décennie précédente cèdent rapidement la place à des versions nettement plus structurées, plus angulaires. Le message est clair : les femmes veulent le pouvoir et elles s’habillent en conséquence. Le travail accompli par le Mouvement de libération des femmes dans les années 1970 (et notamment la loi de 1974 sur l’égalité des chances en matière de crédit) a permis d’uniformiser les règles du jeu, en particulier dans le domaine financier. L’économie est en plein boom et les femmes veulent en croquer.

Les créateurs, comme Claude Montana, Emanuel Ungaro, Thierry Mugler, Jean Paul Gaultier et Yves Saint Laurent, vont donc créer des tailleurs et des tailleurs jupes qui se portent comme autant d’armures : les épaules sont exagérées et rembourrées, les vestes croisées et à basques, pour une silhouette plus imposante encore. Le look n’a toutefois rien d’androgyne ; les perles, la fabrication et les couleurs vives tranchent avec le costume masculin traditionnel. Le power suit ne murmure pas la féminité, il la rugit littéralement.

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Ungaro ready to wear spring/summer 1989Photo: Victor Virgile/Getty Images

Les yuppies débarquent : le look preppy

Personne ne sait vraiment qui a inventé le terme “yuppie” (acronyme de “young urban professional”), mais sa première utilisation officielle remonterait à 1980, dans un article du magazine Chicago. Une chose est sûre, il fait presque immédiatement débat : certains l’embrassent avec enthousiasme, d’autres y voient une marque de snobisme et d’un goût insipide. Dans le pire des cas, yuppie devient aussi synonyme d’une gentrification décérébrée au nom du capitalisme.

À la fin de la décennie, Vogue prend clairement position dans un article de 1989 : “L’atroce petit uniforme de la yuppie (qui, avec ses costumes rayés pseudo-masculins et ses blouses à lavallière cuculs, a fait plus de mal qu’autre chose, en donnant aux femmes une allure guindée et terne et non, comme prévu, une aura de ‘puissance’ masculine) est désormais, loués soient les dieux de la Septième Avenue, enfin inscrit sur la liste des espèces en voie de disparition.”

Néanmoins (que la mode le veuille ou non), le look a laissé sa marque sur les années 1980. The Yuppie Handbook (soit Le guide du parfait yuppie), publié en 1984, le décrit parfaitement : pour les femmes, tailleur jupe Ralph Lauren, chemisier à nœuds, sac Coach et chaussures de running en guise d’escarpins. Pour les hommes, costume trois pièces à rayures, Rolex, trench Burberry et raquette de squash. En bref, une combinaison sans saveur de marqueurs bourgeois “intemporels”.

Ralph Lauren de son côté invente une version plus intéressante de la tendance yuppie (qui, elle, trouve grâce aux yeux de Vogue), en piochant des éléments de l’americana, de l’imagerie des universités américaines, et de l’esthétique du Sud-Ouest des États-Unis pour les fusionner aux codes de l’aristocratie anglaise. Si le look yuppie manque singulièrement d’imagination, le look preppy de Ralph Lauren carbure aux fantasmes… et aux polos.

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Ralph Lauren Spring 1988 campaignPhoto: WWD/Getty Images

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Ralph Lauren Fall 1984 campaignPhoto: Penske Media/Getty Images

La mode du moulant : chaud devant

“Sexy à la folie. Moulant jusqu’à la déraison. Si près du corps que le corps s’en émeut. Le créateur Azzedine Alaïa, le tout dernier nom à donner des frissons au petit monde fashion, a d’ores et déjà capturé l’imagination des observateurs avertis de la mode française. Désormais, c’est aux Américaines qu’il fait les yeux doux… avec ses vêtements qui soulignent la beauté naturelle du corps, sa nature spectaculaire,” peut-on lire dans le numéro de décembre 1982 du Vogue états-unien.

Pour ses robes infusées de Lycra qui sculptent les corps, Alaïa puise largement son inspiration dans les vêtements athlétiques ; ses pièces en affichent les cols ronds et poignets côtelées ou encore les bretelles croisées dans le dos. Le look est hyper tendance et Alaïa n’est pas le seul à capitaliser sur les vêtements très près du corps. Donna Karan, qui a lancé son propre label en 1984 après s’être fait un nom en travaillant pour Anne Klein, enserre elle aussi les femmes dans des robes très moulantes. De son côté, Norma Kamali emprunte de la même manière à l’esthétique du gymnase ; sa collection Sweats de 1981 transforme le tissu éponge français en jupes midi froncées, en élégantes robes-pulls à manches raglan ou encore en capes. En Italie, le corps est célébré par Gianni Versace, qui est en train d’imposer peu à peu sa vision très personnelle de la mode.

Le retour de la haute couture : Lagerfeld et Lacroix règnent en maîtres

Avec une économie en plein essor et l’argent qui coule à flots au Moyen-Orient, la haute couture connaît un nouveau souffle dans les années 1980. Saint Laurent tient toujours les rênes de sa maison, Karl Lagerfeld est chargé de relancer Chanel en 1983, et de nouveaux venus font leur apparition pour veiller à ce que la haute couture continue à dominer le système de la mode : Christian Lacroix (dont les jupes inspirées des tutus pour l’automne-hiver 1988 font couler beaucoup d’encre), Emanuel Ungaro, et Gianfranco Ferré.

Il ne faudra qu’une saison à Lagerfeld pour marquer Chanel de son sceau, son impact est immédiat. Le Vogue états-unien de juin 1983 écrit : “Soudainement, tout le monde ne parle plus que de Chanel. L’une des raisons ? Karl Lagerfeld, désormais créateur de Chanel Couture.”

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Karl Lagerfeld's second couture collection for the House of Chanel, July 12, 1983Fairchild Archive/Getty Images

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Christian Lacroix couture collection, spring/summer 1988Photo: Daniel Simon/Getty Images

Les Nouveaux Romantiques : le nouveau look de Londres

Concomitamment aux power suits et aux robes près du corps de la décennie, un tout nouveau genre émerge à Londres. Vivienne Westwood et Malcolm McLaren se réinventent en passant du punk au mouvement des Nouveaux Romantiques. Leur collection “Pirate” de 1981, une proposition flamboyante et unisexe qui emprunte aux dandys de 19e siècle, donne le ton, à grand renfort de chemises bouffantes et froufroutantes et de tricornes

La collection siffle le départ d’un nouveau look (mêlant les bricolages stylistiques du punk à l’androgynie du glam rock) dont s’emparent avec enthousiasme les club kids londoniens, de Boy George au très théâtral Leigh Bowery.

Quelques années plus tard, en 1984, c’est au tour du défilé de fin d’année du jeune John Galliano, fraîchement diplômé de Central Saint Martins, “Les Incroyables,” inspiré des tenues de la Révolution française. La palette de couleurs est cocardienne, les gilets se superposent à des chemises bouffantes, on porte des pantalons clairs : la collection a le doigt sur le pouls de l’époque et catapulte immédiatement Galliano sur le devant de la scène.

Les autres chantres du look Nouveaux Romantiques ont pour noms Rifat Ozbek, Martin Kidman, ou Stephen Jones.

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Vivienne Westwood's "Pirates" fall 1981 ready-to-wear collectionPhoto: WWD/Getty Images

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Boy George of Culture Club performs on stage at Wembley Arena on December 17, 1984Photo: Pete Still

Le vêtement devient concept : les créateurs japonais imposent leur style

Les années 1980 voit le travail des créateurs nippons dont d’Issey Miyake, Rei Kawakubo avec Comme des Garçons, et Yohji Yamamoto continuer à être unanimement salué. Chacun de ces créateurs possède un point de vue unique, mais tous partagent une méthodologie qui rebat les cartes de la mode. Le concept est au centre, la technologie devient un outil, et les conventions finissent à la corbeille.

Issey Miyake a lancé sa griffe en 1970, Comme de Garçons est né en 1969, et Yohji Yamamoto a commencé en 1972, mais c’est au cours des années 1980 que la bande des trois conquiert Paris.

Au nombre des temps forts, on peut citer le bustier en plastique rouge d’Issey Miyake, qui conclut son défilé automne-hiver 1980-81 ; Jean-Michel Basquiat qui défile pour Comme des Garçons Homme Plus au printemps 1987 en veste tunique croisée ; et le manteau noir orné de tulle rouge disposée en faux-cul de la collection automne-hiver 1986-87 de Yohji Yamamoto.

L’idée est de faire naître la réflexion, peut-être plus que le désir et le Vogue US a son mot à dire dessus sans son numéro de septembre 1983 :

“Cette année, les vêtements venus, ou inspirés, du Japon – souvent sombres, volontairement tombant et oversize – ont inévitablement fait beaucoup parler. Certains sont totalement pour, d’autres farouchement contre. Et ça varie : selon les jours, on dira que les vêtements japonais sont une passade, une influence, une evolution ; une nouvelle façon d’envisager la superposition, les couleurs, les matières bruts, les formes amples. Mais vont-ils affecter ce que nous porterons à l’avenir ? […] Peu à peu, ils vont s’insérer au mainstream, et on ne les en distinguera plus. Avant d’évoluer – comme tous les vêtements – pour n’être plus que des souvenirs.”

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Grace Jones, c. 1980Photo: Bob King

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Grace Jones, 1982Photo: BSR Entertainment/Getty Images

Une mode très physique : la folie fitness

L’engouement pour le fitness s’emballe dans les années 80. Les titres du Vogue de l’époque témoignent de la curiosité et de la fascination du public pour la gym : “Exercice : comment s’y mettre” en 1982, “Les femmes enceintes doivent-elles faire de l’exercice ?” en 1988, “Comment les femmes cadres font de l’exercice” en 1985, ou “L’exercice sans transpirer” en 1988.

Les marques de vêtements, de leur côté, débitent à la chaîne des pièces faites pour l’entraînement (on porte des bodys en lycra sur des leggings aux couleurs vives, accessoirisés avec des jambières et des bandeaux en éponge) et les célébrités trouvent une nouvelle source de revenus en lançant des vidéos très “gym tonic”. En 1982, celle de Jane Fonda devient l’une des cassettes VHS les plus vendues de tous les temps.

Les top créateurs des années 80

Vivienne Westwood, Rei Kawakubo et Comme des Garçons, Yohji Yamamoto, Donna Karan, John Galliano, Karl Lagerfeld pour Chanel, Yves Saint Laurent, Claude Montana, Emanuel Ungaro, Thierry Mugler, Christian Lacroix, Jean Paul Gaultier, Emanuel Ungaro, Geoffrey Beene, Ralph Lauren, Bill Blass, Stephen Burrows, Oscar de la Renta, Anne Klein, Sonia Rykiel, Missoni, Chloé, Kenzo, Issey Miyake, Giorgio Armani, Valentino, Betsey Johnson, Mary McFadden, Marc Bohan pour Christian Dior, Zandra Rhodes, Bob Mackie, Perry Ellis, Giorgia Armani, Patrick Kelly.

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Christian Lacroix at his spring/summer 1988 collectionPhoto: Julio Donoso/Getty Images

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Karl Lagerfeld on March 5, 1984Photo: John van Hasselt - Corbis/Getty Images

Les tendances masculines qui ont marqué les années 1980

Si celle des femmes est hautement décadente, la mode pour hommes des années 1980 est nettement plus sobre. Les excès disco des années 1970s n’ont plus la cote et le tailoring classique fait son grand retour. En 1980, les costumes de Richard Gere dans American Gigolo, signés Giorgio Armani, sonnent le glas des pattes d’éléphant et autres cols pelle à la tarte. Les hommes veulent un look élégant, précis. Pour eux, ce n’est pas la Septième Avenue qui donne le ton, mais Wall Street.

Les hommes peuvent toutefois s’essayer à diverses tendances, qui reflètent souvent celles de la mode féminine (ou vice versa). Les costumes homme sont généralement finement rayés et croisés, les revers du col sont larges et assortis d’une cravate. Le bon yuppie se détend en pantalon chino beige kaki et en pull d’université américaine.

Les années 1980 marquant aussi l’ascension du style hip-hop, un mouvement qui impose son propre look. À Harlem, le tailleur Dapper Dan habille LL Cool J, les Fat Boys, Jam Master Jay, Big Daddy Kane, et consorts. Kangol vissés sur le crâne, chaînes en or, jeans délavés, et survêtements (Adidas doit d’ailleurs beaucoup à Run DMC) deviennent les marqueurs du style hip-hop qui n’aura de cesse d’évoluer et d’influencer la mode tout au long de la décennie.

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Richard Gere and designer Giorgio Armani, 1988Photo: WWD/Getty Images

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LL Cool J, July 3, 1987Paul Natkin/Getty Images

Dans la culture

En 1981, Lady Diana Spencer épouse le Prince Charles dans une robe de mariée extravagante et meringuée créée par David et Elizabeth Emanuel. Si la robe a donné le ton des robes de mariée pour la décennie suivante, c’est tout le style de la princesse Diana (chaque look, chaque choix vestimentaire, jusqu’à la moindre variation de sa coiffure) qui marque l’époque et inspire de nombreuses imitatrices. La même année, MTV arrive sur la scène musicale et change totalement la manière dont on écoute et consomme la musique.

Madonna devient une icône, musicale bien sûr, mais aussi niveau mode grâce son look éclectique de bric et de broc dans le film Recherche Susan désespérément en 1985. La culture “ado” est en plein essor, grâce à des films qui leur sont spécialement destinés, comme Breakfast Club et Rose Bonbon (Pretty in Pink).

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Madonna on stage for her 1985 Virgin TourPhoto: Mark Downey/Getty Images

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Princess Diana, in Munich, November 1987Photo: Princess Diana Archive/Getty Images

Article publié initialement sur Vogue US

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