Premier grand festival de l’automne, la Mostra de Venise se tient du 2 au 12 septembre au Lido mais devra se passer cette année des têtes d’affiche et autres stars hollywoodiennes qui animent traditionnellement le tapis rouge. L’événement a été snobé par les grands studios américains qui ne présentent aucun film, que ce soit en compétition ou hors compétition. Une absence d’autant plus remarquée que la Mostra servait traditionnellement de rampe de lancement pour la course aux Oscars et ouvrait grande la porte aux productions de plateforme.

Le directeur artistique du festival, Alberto Barbera, sous le feu des critiques dans son pays, a d’ailleurs dû s’en expliquer fin juillet dans le quotidien italien La Stampa. « Ce n’est pas la faute de Venise si Hollywood est en crise, a-t-il justifié. Ce serait une erreur de nous imputer une absence qui tient presque exclusivement à la situation critique des anciens et glorieux studios américains dont la plupart ont disparu suite à une série de fusions. »

Il comptait notamment sur la sélection de Digger, le très attendu film d’Alejandro Gonzalez Inarritu avec un Tom Cruise à contre-emploi, mais la Warner a préféré miser sur l’effet de surprise. Une stratégie marketing qui avait plutôt bien réussi l’année dernière à Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson. Et confirme, comme on l’a constaté à Cannes cette année, la volonté des studios de faire désormais l’impasse sur les grands festivals pour éviter un accueil critique pas toujours favorable à la carrière des films en salles.

Stéphane Brizé et Cédric Kahn en compétition

Les Américains ne seront pas pour autant complètement absents de cette édition, puisque c’est l’une d’entre eux, Maggie Gyllenhaal, qui préside le jury et qu’un Lion d’or d’honneur sera remis cette année à George Clooney et à l’actrice Ellen Burstyn, 93 ans. Par ailleurs, des productions américaines indépendantes sont bien présentes en compétition comme le film de Casey Affleck, Company, celui de Martin McDonagh, Wilde Horse Nine, ou Primetime, de Lance Oppenheim avec Robert Pattinson en redoutable animateur de télévision.

Le cinéma français sera, lui, bien représenté avec quatre films en compétition dont celui de Stéphane Brizé, Un bon petit soldat, dans lequel on retrouvera Vincent Lindon et Alba Rohrwacher ; 15/18 de Cédric Kahn, qui se déroule dans une unité de soins pédopsychiatriques ; Un peu avant minuit de Nicolas Pariser ; et Bunker, un thriller de Florian Zeller avec le couple star Javier Bardem et Penélope Cruz.

Un documentaire sur Gaza

La Mostra sera également l’occasion de découvrir les nouveaux films de Nanni Moretti, Succedera questa notte, du Japonais Hirokazu Kore-eda, Look Back, et de retrouver le réalisateur sud-coréen Lee Chang-dong, qui n’avait plus fait de film depuis 2018, avec Possible Love, une romance produite par Netflix. Enfin, le festival a ajouté à la dernière minute à la compétition Naza, un documentaire sur le massacre de civils palestiniens à Gaza, réalisé par deux Israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, oscarisés en 2025 pour leur précédent film No Other Land sur l’occupation israélienne en Cisjordanie.

Ce qui n’a pas empêché un collectif propalestinien, Venice4Palestine, d’adresser au festival une lettre ouverte demandant de prendre des « mesures concrètes de soutien à la Palestine », notamment d’intégrer deux films sur le conflit au Proche-Orient dans la sélection qui en compte déjà quatre. La Mostra s’est également retrouvée en bute aux critiques pour n’avoir cette année que deux femmes réalisatrices dans une compétition qui compte 21 films.