La peinture, mémoire de la voix au Parcours d'art de Huy
Du blanc surgit la matière comme du silence, un souffle. C'est là l'émergence d'une œuvre qui sera plurielle. Transparente d'abord puis opaque et nécessairement aléatoire. "Encrer la voix", avec Bernard Massuir et Arlette Degotte, s'inscrit dans un temps incertain qui est celui qu'on veut bien se donner. Il est circulaire, nécessairement circulaire. L'eau, ici, trace le chemin de l'encre tandis que l'air celui de la voix.
Proposé samedi à l'espace Saint-Mengold de Huy, dans le cadre du Parcours d'art, cette performance questionne, à notre insu, l'art de créer. Il y a la voix et il y a l'encre, la musique et le geste. Tout le reste est secondaire. Car les deux reliés renversent cette idée qu'on a d'un monde saturé d'images et encombré de bruit. Tout se passe à l'extrême seuil entre le souffle et la voix qui tous deux s'élèvent tandis que les traces demeurent. Car créer, c'est résister à l'effacement. L'acte devient ici motif de résistance.
Mais d'abord, il y a le vide, un blanc répété sur la page comme un silence. Le geste reste lent, patient et désirable. Il y a de l'eau et du rien, une note et de l'air avant que n'arrive le gris encore dilué sous le pinceau qui danse. Le papier absorbe l'eau et la voix s'élève comme en écho à la vibration du monde. Quelque chose prend forme qui n'a pas encore de nom. Car le trait surgit de l'instant, il est spontané et forcément intuitif puisque la plasticienne s'imprègne de la voix modulée et de son rythme. Puis le silence à nouveau. La main peaufine et se retire, les regards approuvent : de l'instant est née une œuvre qui est simple, épurée et poétique.
Tantôt calmes ou plus agitées les ambiances décident du geste. Il y en a six. Six moments musicaux et autant d'œuvres picturales.
À considérer comme des instantanés, les formes renvoient des images d'un monde intérieur, souvent calme, parfois perturbé. Du noir, du blanc, du silence et le souffle, ce sont là les matières premières de cette performance en direct. Et puis, un son, un seul et un trait qui s'étire jusqu'au final de cette création in situ. Il restera de ce moment, l'éphémère de la musique, la trace durable de l'encrage et le souvenir que tout cela a bien eu lieu.
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