La politique d'apartheid d'Israël nuit aux écoles chrétiennes de Jérusalem
Une opinion de Benoit Lannoo, historien de l'Église, spécialiste des Chrétiens d'Orient
On pouvait s'y attendre, même si la Custodie franciscaine de Terre Sainte et cardinal Pierbattista Pizzaballa – l'homme qui était custos de 2004 à 2016 et est devenu patriarche latin de Jérusalem entretemps – n'ont sans doute pas ménagé les efforts pour faire changer d'avis les autorités israéliennes. Depuis le début de l'année, les forces d'occupation militaires israéliennes refusent régulièrement l'accès à la ville aux enseignants palestiniens et autres membres du personnel des écoles chrétiennes de Jérusalem qui viennent des villages avoisinants en Cisjordanie et qui détiennent dès lors des papiers d'identité palestiniens.
Persécutions anti-chrétiens : comment réagir ?À Jérusalem, il y a 15 écoles chrétiennes de diverses dénominations, accueillantes au total plus de 10 000 jeunes en âge scolaire. Les permis pour les Palestiniens de Cisjordanie qui travaillent à Jérusalem-Est étaient déjà soumis à toutes sortes de restrictions bien avant l'attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023. Par exemple, les Palestiniens célibataires des territoires occupés ne peuvent pas travailler dans les écoles chrétiennes de Jérusalem, seuls les enseignants et membres du personnel mariés y sont autorisés. Depuis le 7 octobre 2023, la plupart des 120 000 navetteurs palestiniens de jadis ne peuvent de toute façon plus entrer dans la "Ville de la Paix".
Les nombreuses mesures imposées aux Palestiniens par le régime d'apartheid israélien sont généralement introduites étape par étape – afin de ne pas provoquer trop de protestations en Israël comme à l'étranger. Apartheid est-il le bon terme ? Bien évidemment, car ce sont des mesures "légales" qui prescrivent un "traitement à part" pour les Palestiniens. Pas un "traitement à part" pour des étrangers, car selon Israël, ces Palestiniens n'ont pas de pays. La comparaison avec le régime d'apartheid sud-africain et ces "tuisland" ou "bantoustans" est parfaitement valable : un groupe "domestique" minoritaire est systématiquement discriminé par un dispositif "légal".
L'ambassadeur américain fait porter la sécurité des Palestiniens sur Israël et appelle à de "sévères conséquences"La connotation d'apartheid est souvent rejetée, car il y a aussi des citoyens arabes en Israël. Mais ça aussi Tel Aviv l'a en commun avec le Pretoria du passé : "divide et impera". Des différentes minorités sont traitées différemment et, même au sein de ces groupes minoritaires, des restrictions différentes sont imposées. Il existe encore une similitude avec le modèle sud-africain de l'époque : les lois discriminatoires et le harcèlement administratif sont introduits progressivement. La loi par exemple qui limite la possibilité d'enseigner à Jérusalem ou en Israël pour les enseignants ayant obtenu leur diplôme en Cisjordanie, remonte à juillet de l'année dernière.
Plus de 70 enseignants
C'est en se basant sur cette loi que le ministère israélien de l'Éducation a informé tous les établissements scolaires chrétiens de Jérusalem qu'à partir pour la prochaine rentrée, ils devaient recruter des enseignants vivant en ville ou détenant des certificats de compétence israéliens. Au printemps déjà, le Secrétariat général des écoles chrétiennes de Jérusalem avait dénoncé cette mesure, car elle rendrait le fonctionnement de ces écoles impossible et ces établissements risqueraient perdre leur identité chrétienne. Ce cri d'alarme a à peine été entendu ; seuls l'organisation pontificale Aide à l'Église en Détresse et les médias du Vatican y ont prêté attention.
Les écoles chrétiennes de Jérusalem emploient environ 820 enseignants, dont environ 180 l'année scolaire dernière détenaient un certificat de compétence palestinien et vivaient en dehors des checkpoints. Juste avant la nouvelle rentrée, les écoles chrétiennes ont constaté que plus de 70 enseignants étaient empêchés par les autorités israéliennes de venir travailler. "Leur absence rend impossible notre enseignement et notre administration, la garantie de la santé et de la sécurité de ceux qui suivent des cours ou qui travaillent chez nous, ainsi que la propreté des infrastructures", ont-elles déclaré dans un communiqué de presse lundi soir.
Garde à vue
"Après larges consultations, y compris avec les parents, nous avons décidé de ne pas rouvrir les écoles et de ne pas le faire tant que les permis de travail de nos enseignants et de notre personnel n'auront pas été renouvelés", a déclaré le Secrétariat général des Écoles Chrétiennes de Jérusalem. Leur communiqué de presse a été diffusé par la Custodie, ce qui indique à quel point cette affaire est importante pour les chrétiens de Terre Sainte – voire pour le Saint-Siège, car tout le monde sait que le Cardinal Pizzaballa a une ligne directe avec le Rome. Contrairement aux alertes du printemps, la garde à vue diffusé par la Custodie a été reprise mardi matin par les médias chrétiens du monde entier. Mais des réactions politiques ou diplomatiques en Occident ? Aucune.
L'histoire riche et tragique des Chrétiens d'OrientComme souvent, Israël met en œuvre sa politique d'intimidation dans une procession d'Echternach. Mardi soir, le coordinateur militaire des affaires gouvernementales dans les Territoires Occupés a nié que les enseignants se soient vu refuser l'accès. Les jours suivants, ils ont tous reçu renouvellement de leurs permis. Ainsi, les écoles chrétiennes de Jérusalem ont enfin pu entamer la nouvelle année scolaire. Depuis des siècles, ces écoles se vouent en Terre Sainte à une éducation inclusive pour des élèves chrétiens mais aussi musulmans. Ce tissu socioculturel interreligieux fondamental pour la "Ville de la Paix" est ressenti comme épine dans le pied par les sionistes extrémistes.
Le regard détourné
Alors qu'Israël poursuit politique d'apartheid, l'Occident détourne le regard. N'est-il pas choquant que ce cas d'enseignants bloqués n'ait trouvé la moindre résonance dans les médias occidentaux traditionnels ? Pas non plus un seul organisme européen – ni la Présidente de la Commission Ursula von der Leyen, ni la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, ni le Président du Conseil António Costa – et pas une seule chancellerie d'un État membre s'est fait entendre. Personne non plus au gouvernement de Donald Trump n'a bronché. Ainsi, par petits pas de souris, la vie chrétienne est rendue impossible dans la ville où le christianisme est né…
Et nous ? On s'en fiche apparemment ! Mais cette affaire n'est pas terminée. "Certains permis ont été prolongés pour une semaine", explique George Akroush de Patriarcat latin de Jérusalem, "d'autres pour un mois, certains pour le reste de l'année civile. Mais les 70 personnes concernées n'ont toujours pas leurs permis jusqu'à la fin de l'année scolaire. Les responsables des Églises doivent donc continuer à faire pression sur les autorités israéliennes, et ils espèrent que des permis complets seront délivrés bientôt, peut-être après Noël." Est-ce que ce vivre-ensemble à l'école à Jérusalem ne mérite pas que nous fassions aussi pression sur Tel Aviv, ou maintenons-nous notre silence ?
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