La pop animée de Gorillaz et le tralala de Theodora comblent Paléo
Jeudi soir en deuxième partie de soirée sur la Grande scène du Paléo Festival de Nyon se sont succédé deux superproductions avec les shows clinquants de la Boss Lady française Theodora et du groupe britannique animé Gorillaz, emmené par le chanteur Damon Albarn. Deux concerts, deux ambiances.
Comme en 2018, le décorum de Gorillaz est à nouveau digne d'une superproduction sur la Grande scène du Paléo jeudi à l'approche de minuit. Quand le projet originellement virtuel fondé il y a vingt-cinq ans par le chanteur Damon Albarn et le graphiste Jamie Hewlett prend scéniquement vie, la démesure est au rendez-vous.
Cette fois, la scénographie orientalisante sert le propos de 'The Mountain', neuvième album studio paru en mars inspiré par des expériences personnelles marquantes vécues en Inde. Un opus pop multilingue et multigenre qui explore le thème de la mort à travers des collaborations inédites et des voix posthumes tout en célébrant la mémoire.
Et c'est justement la chanson-titre de cet enregistrement avec des notes de sitar enivrantes, 'The Mountain', qui ouvre le grand cinéma musical animé de Gorillaz qui va durer une heure et demie. Et Damon Albarn d'apparaître en treillis militaire flanqué d'un badge du Che en boutonnière, entouré de treize musiciens et choristes pour enchaîner avec un imparable 'The Happy Dictator' avec Sparks en invité virtuel sur les grands écrans latéraux.
Pop kaléidoscopique et mystique
Tabla et flûte indienne vont jalonner le répertoire d'une vingtaine de titres jusqu'au très hip-hop 'Feel Good Inc.' puis l'incontournable épilogue avec 'Clint Eastwood' introduit au melodica et par un rappeur qui se fait yodleur. Un tube évidemment repris par le public en choeur avec ferveur, mais que visiblement Damon Albarn n'a plus trop envie de chanter. Avant cette ultime communion, Gorillaz a encore délivré tout son savoir-faire en termes de pop kaléidoscopique et mystique, même si le trop-plein orchestral n'est jamais loin à force d'empiler ou superposer les couches sonores de pop, de hip-hop, de rock, de soul ou d'electro.
A ces surcharges où grondent parfois trop les basses, on préférera des titres comme 'Delirium' qui se mue en nouba d'outre-tombe avec la voix du défunt Mark E. Smith de The Fall, le saccadé et chaloupé 'On Melancholy', le fougueux 'Damascus' avec Omar Souleyman ou ce trésor de pop mélancolique traversé par la mort qu'est 'Orange County', où la voix grave de l'ex-chanteur de Blur est capable de donner le frisson.
Theodora assure son rôle de tête d'affiche
Très attendue elle aussi à Paléo après son explosion artistique qui lui a valu en février quatre Victoires de la musique (dont révélation féminine et scène) et cinq Flammes (dont celle d'artiste féminine de l'année), Theodora a précédé Gorillaz sur la Grande scène avec un show tape-à-l'oeil et tapageur efficace. La "Boss Lady" a parfaitement maîtrisé son nouveau rôle de tête d'affiche pleine de tralalas et à l'exubérance non feinte.
Dans un décor de casino tour à tour blanc ou brillant avec des musiciens dans les recoins pour transcrire les sonorités afro-caribéennes et force danseuses et danseurs, la Franco-Congolaise née à Lucerne s'affiche avec une jupe aux contours démesurés.
Pour balancer notamment les très attendus 'Melodrama', rejointe par le rappeur-lover Disiz qui avait ouvert les feux sur le Grande scène, 'Kongolese sous BBL', le titre qui l'a propulsée de femme bizarre assumée au rang de star décomplexée, et 'Zou bisou', son duo à succès avec le Marseillais Jul.
En une heure dense et dansante, mais aussi quelques creux musicaux entre rap, trap, zouk ou dancehall, Theodora a maîtrisé son show pour le plus grand bonheur d'un public chantant et en transe encore après son départ sur 'Fashion designa': "J'achète plus, j'designe. Boss Lady, oui, c'est moi, oh la la. Les contrats, les dolla-la-la-lars..."
Olivier Horner
49e édition du Paléo Festival de Nyon, du 21 au 26 juillet 2026.
A consulter, notre dossier consacré au Paléo Festival de Nyon.