Dès le 1er janvier, la prison de Martigny rouvrira ses portes pour accueillir vingt détenus vaudois. Inutilisé depuis près de dix ans, l'établissement valaisan doit être rénové aux frais du canton de Vaud. Une solution temporaire qui ne suffira toutefois pas à résoudre la surpopulation carcérale.

Fermée depuis près d'une décennie, la prison de Martigny s'apprête à reprendre du service. Avant de pouvoir accueillir ses nouveaux détenus, le bâtiment doit être remis aux normes actuelles de détention, notamment en matière d'installations techniques et de sécurité.

Les travaux, estimés à 750'000 francs, seront entièrement financés par le canton de Vaud. Pour le Valais, cette collaboration intercantonale présente également des avantages. "C'est très important de pouvoir collaborer en matière de sécurité avec les autres cantons. La criminalité ne s'arrête pas aux frontières cantonales", souligne René Duc, chef du Service valaisan de l'application des peines et mesures, samedi dans le 19h30.

Une collaboration profitable aux deux cantons

Alors que les prisons vaudoises sont confrontées à une importante surpopulation, la réouverture de l'établissement permettra de disposer rapidement de vingt places supplémentaires. Une coopération qui contraste avec le refus du Parlement jurassien, en septembre dernier, d'une proposition similaire émanant du canton de Genève.

Le Valais y trouve aussi son compte. L'établissement rénové pourra, à terme, être réintégré à son propre dispositif pénitentiaire. "On a un intérêt, à l'horizon 2029-2030 de pouvoir disposer d'un établissement réhabilité, qui est revalorisé", explique René Duc.

>> Sur le sujet : Le Parlement jurassien refuse une prison intercantonale avec Genève

Une solution qui ne règle pas le problème de fond

Ces vingt places restent toutefois insuffisantes pour répondre durablement à la surpopulation des établissements vaudois. Le conseiller d'Etat Vassilis Venizelos reconnaît les limites de cette mesure. "C'est une solution transitoire, on ne va pas résoudre tous les problèmes de surpopulation carcérale avec ces vingt places", souligne-t-il.

Le canton prévoit d'autres infrastructures pour augmenter sa capacité d'accueil. A terme, 60 places supplémentaires doivent être créées sur le site d'Orbe, auxquelles s'ajouteront 410 places prévues à l'horizon 2032.

Repenser le recours à l'emprisonnement

Mais pour Benjamin Brägger, juriste spécialiste du système pénitentiaire suisse, construire davantage ne suffit pas. Il appelle également à réduire la pression exercée sur les établissements, notamment en repensant le recours à l'emprisonnement.

Selon lui, le pouvoir judiciaire devrait appliquer le Code pénal différemment, en prononçant moins de peines privatives de liberté fermes et en limitant davantage la détention provisoire au cours des procédures pénales.

Des discussions réuniront fin novembre l'ensemble des acteurs de la chaîne pénale vaudoise. Objectif: dresser un état des lieux et identifier des solutions pour désengorger durablement les prisons du canton.

Sujets TV: Juliet Ordjonikidze et Céline Argento

Adaptation web: Raphaël Dubois

Les prisons romandes affichent un taux d'occupation de 106%

Les établissements pénitentiaires de Suisse romande sont confrontés à une surpopulation croissante. Avec quelque 3500 détenus pour 3300 places disponibles, leur taux d'occupation atteint désormais 106%, un chiffre supérieur à celui enregistré l'an dernier.

La situation varie toutefois selon les cantons. Si Fribourg, le Jura et Neuchâtel disposent encore de places, les autres établissements romands dépassent leurs capacités d'accueil.

Genève et Vaud sont particulièrement touchés, notamment les prisons de Champ-Dollon et du Bois-Mermet. Cette dernière affiche le taux de surpopulation carcérale le plus élevé de Suisse.

Plusieurs solutions pour désengorger les prisons

Pour faire face à cette surpopulation, plusieurs solutions sont envisagées. Outre les collaborations intercantonales ponctuelles, la construction et la rénovation d'établissements doivent permettre de créer plus de 800 places supplémentaires d'ici 2035, principalement en Suisse alémanique. Un nouvel établissement pénitentiaire est également prévu à Orbe, dans le canton de Vaud.

Certains experts préconisent également un recours accru aux peines alternatives, notamment à la surveillance électronique par bracelet. Leur application dépend toutefois des politiques judiciaires cantonales, qui peuvent se montrer plus ou moins restrictives dans leur manière d'appliquer la loi.

>> Les explications de Céline Argento dans le 19h30 :

Céline Argento fait le point sur la situation carcérale en Suisse romande

Céline Argento fait le point sur la situation carcérale en Suisse romande / 19h30 / 1 min. / hier à 19:30