En Allemagne, la Russie est directement accusée dans la découverte d’un drone chargé d’explosif sur un aéroport allemand. La mise en cause de la guerre hybride russe dans plusieurs pays d’Europe est liée au soutien à l’Ukraine au moment où la Russie lance un déluge de feu sur Kiev.

Le plus compliqué, dans les opérations de guerre hybride, c’est-à-dire non officielle, non déclarée, c’est l’attribution : comment être certain qu’une cyber-attaque ou un sabotage est bien l’œuvre du pays que l’on soupçonne ? Cette retenue vis-à-vis de la Russie, le « suspect numéro un » dans la déstabilisation en Europe, n’est plus de mise.

Hier, les ministres allemands de l’Intérieur et des Affaires étrangères ont ouvertement mis en cause la Russie dans la découverte d’un drone chargé d’explosifs, le mois dernier, sur l’aéroport de Leipzig, près d’un avion ukrainien. « Les informations des services de renseignement démontrent une responsabilité russe », ont-ils dit de manière catégorique.

En conséquence, le gouvernement allemand a décidé de fermer la Maison Russe de Berlin, une institution culturelle ancienne soupçonnée depuis longtemps d’être la tête de pont du renseignement. Une institution dont la directrice a failli être nulle autre que Xenia Federova, la chroniqueuse russe du groupe Bolloré expulsée de France fin juillet. Hier, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, l’a qualifiée de « professionnelle de la subversion », et a justifié son expulsion.

Toujours hier, Kaja Kallas, la responsable de la politique étrangère de l’UE, a clairement exprimé l’enjeu de ces « attaques hybrides ». « La Russie, a-t-elle dit, cherche à nous dissuader d'aider l'Ukraine, mais elle n'y arrivera pas ».

Même tonalité chez Emmanuel Macron qui a exprimé hier sa solidarité avec l’Allemagne, et a conclu : « face à cette escalade, nous devons être unis, déterminés et renforcer notre soutien à l’Ukraine ».

Pourquoi cette brusque poussée de fièvre ? Elle est évidemment liée à l’escalade brutale en Ukraine, avec un déluge de missiles russes sur les villes, dont la capitale Kiev. Moscou profite de la pénurie de missiles de la défense antiaérienne ukrainienne, que les Européens tentent de compenser. C’est à ce soutien que s’attaque la Russie.

Comment l’Europe peut-elle y faire face ? La question est double. Elle porte certes sur la capacité des États à faire face à des attaques qui, par définition, sont masquées. Ce scénario est d’ailleurs plus réaliste que celui d’une attaque directe d’un pays de l’OTAN.

Mais elle est aussi politique. Nos sociétés démocratiques européennes ne sont pas homogènes face à cette menace qui ne dit pas son nom. Lors de la mise en cause de Xenia Federova en France, il s’est trouvé de nombreuses voix pour la défendre, et refuser de la considérer comme un agent d’influence d’une puissance russe agressive.

En Allemagne, au centre de l’attention, des élections se déroulent dimanche dans le Land de Saxe-Anhalt, dans l’ex-Allemagne de l’Est. Le parti d’extrême droite AFD, qui est en tête des sondages, a un fort tropisme pro-russe. Comment les électeurs réagiront-ils aux mises en cause d’hier ? Réponse dimanche.

En France, la « question russe » a déjà fait une première incursion dans la campagne électorale avec la dénonciation des ingérences contre plusieurs candidats. Il est vraisemblable que le rapport à la Russie reviendra dans la campagne, et pourrait devenir un élément de clivage entre les candidats.

L’Europe ne peut pas ignorer plus longtemps la « question russe » ; ou si elle l’ignore ce sera à ses dépens.