La révolte des lycéens gagnera-t-elle d’autres pays?
Ils promettent d’être nombreux et de se faire entendre. Samedi, une nouvelle journée de mobilisation nationale se tiendra en France pour s’opposer « à la vie chère ». Aux côtés des lycéens défileront des étudiants universitaires, des syndicats de travailleurs et des gilets jaunes. Ailleurs en Europe et ici aussi au Québec, un appel à manifester a été lancé par des jeunes. Le mouvement de révolte des lycéens français gagnera-t-il d’autres pays ? Le Devoir s’est entretenu avec des leaders étudiants en France, en Italie, en Belgique et au Québec.
En France, le mouvement continue malgré les vacances
« Historiquement, on se révolte beaucoup et on manifeste beaucoup en France », relève Pierre Sourzat, président de l’association Les Lycéens !, qui représente tous les lycéens de France au Conseil supérieur de l’éducation. À l’heure où l’immigration monopolise une grande partie du débat public, le lycéen de 17 ans réclame la même attention pour l’éducation. « On veut influencer les dynamiques et remettre l’éducation au centre des débats, dit-il. Si une participation [dans d’autres pays] peut contribuer à ça à l’échelle internationale, c’est vraiment bienvenu. On soutient [les jeunes ailleurs dans le monde]. »
En France, le gouvernement semble compter sur les vacances de la Toussaint, qui débutent samedi pour deux semaines, pour mettre fin à la révolte. « Moi, je peux vous garantir que ce mouvement continue, répond le jeune militant de Toulouse. Nous n’arrêterons pas tant que nous n’aurons pas de réponse politique de la part du gouvernement. » Samedi aura lieu une grande journée de « convergence des luttes », à laquelle participeront de nombreux syndicats et associations. « C’est un peu une synthèse du mécontentement de la population contre le gouvernement et particulièrement contre Emmanuel Macron, qui est à l’Élysée depuis près de 10 ans », résume Pierre Sourzat.
Les lycéens continuent de réclamer un allègement de leurs horaires, le remplacement des professeurs absents, la suppression du système d’admission aux études supérieures Parcoursup et la rénovation des bâtiments dégradés. Mis à part le plan d’urgence de remplacement des professeurs et des améliorations à la démocratie étudiante, le gouvernement tarde à proposer des solutions, déplore Pierre Sourzat. « Nous, il nous faut tout de suite des réponses. Ça fait trop longtemps qu’il y a des coupes budgétaires dans l’éducation. »
En Italie, des blocages plutôt que des occupations
Une délégation du Rete degli Studenti Medi (RSM) del Lazio, la plus grande confédération d’associations syndicales lycéennes de la région de Latium (comprenant Rome), en Italie, s’est rendue début octobre en France pour rencontrer des lycéens français. « Ils sont plus qu’une inspiration pour nous. Partout en Europe, on partage les mêmes problèmes qu’eux », indique Simone Montori, coordinateur du RSM de la région de Latium.
Ces derniers jours, plusieurs lycées en Italie ont été occupés par des élèves, notamment à Rome, à Turin et à Naples. « En France, ils utilisent la méthode du blocage pour empêcher l’entrée dans les lycées. En Italie, on fait des occupations : on rentre dans les écoles et on y reste », explique celui qui représente un millier de membres lycéens. « Cette mobilisation va continuer », assure-t-il, précisant que les élèves réclament une hausse des investissements en éducation, la mise à niveau des établissements vétustes et des augmentations salariales pour leurs enseignants.
« Notre principale demande est que le gouvernement Meloni prenne l’argent qu’il investit dans l’armée et dans les guerres et qu’il l’utilise au profit de l’éducation et des hôpitaux », résume Simone Montori. Samedi, des milliers de manifestants sont attendus à Rome pour une journée nationale de mobilisation chapeautée par la Confédération générale italienne du travail, le plus grand syndicat du pays. La lutte contre la hausse du coût de la vie et la défense des services publics seront au cœur des revendications.
En Belgique, une mobilisation relancée
En Belgique, des étudiants organisent des manifestations depuis plusieurs mois, indique Lenaïk Dumont, présidente de la Fédération des étudiant.e.s francophones, représentant 185 000 jeunes. « On était déjà sur le terrain à faire entendre notre voix avant que la France soit dans les rues. » Même si cette mobilisation — moins forte qu’en France — a débuté plus tôt, « c’est clair que [la révolte des lycéens en France] nous a redonné une dynamique ici en Belgique. »
Étudiants, travailleurs et agriculteurs se rassembleront à Bruxelles et à Liège samedi pour protester contre l’austérité, le sous-financement des services publics et la perte de pouvoir d’achat. Les étudiants dénoncent particulièrement la hausse des droits de scolarité, le décret Paysage qui durcit les règles de progression (« c’est un compte à rebours au-dessus de nos têtes qui nous dit en combien de temps on doit réussir nos études ») et la hausse du coût de l’abonnement au transport en commun en Wallonie.
La leader étudiante craint-elle une répression policière comme en France ? « On a vécu un gros tournant dans nos manifestations l’an passé », répond Lenaïk Dumont, en précisant que des affrontements ont éclaté avec des forces de l’ordre. « Avant, il y avait la police qui nous encadrait, mais on n’avait jamais eu de violences. On le voit [maintenant] : les policiers sont tendus et on vit énormément de répression policière. »
Des revendications qui résonnent jusqu’au Québec
Au Québec, des étudiants (français, mais pas que) de l’Université de Montréal ont voulu montrer leur solidarité envers leurs confrères européens, particulièrement dans le contexte de répression policière qui sévit dans l’Hexagone. Des associations étudiantes ont ainsi décidé d’organiser une manifestation — de soutien, mais aussi de revendications — samedi à 15 h au square Phillips à Montréal.
L’austérité dans l’enseignement supérieur — dénoncée par les lycéens français — touche aussi le Québec, rappelle Frédéric Beaudet, secrétaire général de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM), à l’origine de cette mobilisation. « On veut mettre en avant les demandes qu’on a ici et qui résonnent avec ce qui se passe en France. » Ces revendications s’articulent autour de quatre axes : l’augmentation de l’aide financière aux études, la rémunération de tous les stages, la lutte contre l’insécurité alimentaire qui touche 40 % des étudiants et un meilleur contrôle des loyers pour contrer la précarité financière.
Frédéric Beaudet espère que le mouvement gagnera en ampleur au Québec. « On souhaite pouvoir surfer [sur ce qui se passe en France]. » Des votes pour la tenue de journées de grève en novembre se tiendront sous peu dans certains cégeps et universités. Pour l’étudiant en physique, il n’est pas surprenant de voir la jeunesse se révolter. Déjà, l’an dernier, la génération Z s’était mobilisée dans plusieurs pays, dont au Népal et à Madagascar. « On arrive à un point où les politiques néolibérales, les politiques d’austérité mises en place depuis quelques dizaines d’années frappent particulièrement fort notre génération », affirme-t-il, sans oublier la crise environnementale qui rend l’avenir des jeunes encore plus incertain.