La ruée vers l'eau
C'est la France, le mercredi 13h50 le regard d'Eric Fottorino du 1 Hebdo. Aujourd'hui on parle "hydratation" !
Buvez Eric, ce fut l'un des mots d'ordre de ces dernières semaines. Buvez de l'eau bien sûr, mais encore faut il pouvoir le faire !
C’est vrai Jérôme, et nous avons tous encore à l’esprit ces scènes de gares surchauffées et encombrées de voyageurs, quand le moindre geste, tirer une valise ou slalomer avec un enfant serrant votre main entre les bagages, vous occasionne une bonne suée, un chaud et soif ! Quant à trouver dans les espaces publics de quoi se désaltérer facilement, l’affaire se révèle compliquée, tant les endroits où sont installées les fontaines pour remplir sa gourde relèvent de la course au trésor ou du parcours du combattant. La signalétique est incertaine, parfois inexistante dans les gares, et lorsque vous finissez par trouver l’oasis trop souvent invisible, gorge sèche et front dégoulinant, c’est souvent pour tirer une eau tiédasse qui coule au compte-goutte alors que votre train est annoncé au départ.
Bref un petit cauchemar qui vous pousse vers la première boutique Relay pour payer en moyenne 2,5€ une petite bouteille d’eau de 50 cl et près de 4 euros une grande bouteille. Mieux vaut avoir fait ses réserves avant de partir de chez soi, quitte à alourdir le sac à dos, surtout si vous êtes en famille ! Sauf à bénéficier des coupons pour une bouteille d’eau gratuite à échanger en Relay que la SNCF a pu délivrer ça et là les jours de forte canicule.
Que peut-on attendre comme amélioration si les étés chauds deviennent la norme ?
Il faudrait simplement que la loi soit appliquée, je parle de la loi AGEC de janvier 2022, AGEC pour Anti – gaspillage pour une économie circulaire. Ce texte prévoit que tous les établissements recevant du public à partir de 300 personnes doivent mettre à disposition. Une fontaine à eau potable « clairement signalée et gratuite d’accès ». Cette mesure concerne les musées, les centres commerciaux, les stades, les salles de concert mais aussi les gares bien sûr. Si les gares franciliennes se sont au fur et à mesure équipées, beaucoup en province mériteraient d’être mieux loties pour éviter bien des coups de chaud aux voyageurs.
Est-il plus difficile qu’avant de se désaltérer dans la rue ?
L’âge d’or de la soif étanchée fut le 19ème siècle avec la générosité du philanthrope britannique Richard Wallace qui offrit à la capitale une centaine de superbes fontaines en fonte reconnaissables à leurs cariatides vertes et au filet clair coulant de leur dôme. Ces dernières années dans la capitale, des points d’eau ont été ajoutés pour tenir compte des situations de canicule. Dans les villes de province en revanche, et plus encore dans les villages où la fontaine tenait lieu naguère de lien et de lieu social, leur coût d’entretien et les normes de plus en plus drastiques sur la propreté de l’eau ont eu raison de leur pérennité. Il faut parfois chercher longtemps une source gratuite d’eau potable. C’est aussi la rançon du progrès : dès les années 50, l’eau courante dans les foyers a rendu moins nécessaire ces petits bassins publics. Et les places de parking ont souvent remplacé les fontaines. C’était compter sans le réchauffement qui assèche nos villes et sur l’augmentation du nombre de SDF qui a plus que doublé au cours de la décennie écoulée, soit plus de 350 000 personnes. Deux raisons suffisantes, et même prioritaires, pour remettre l’eau à portée de main, à portée de tous.
Dans le 1 cette semaine : un numéro passionnant et inquiétant : l’IA a-t-elle pris le contrôle ?