Publié30. septembre 2026, 20:08

Canton de ZurichLa Thur est asséchée: «Je n'ai jamais vu ça ici»

Un lecteur a filmé des centaines de poissons agglutinés dans une petite poche d’eau restante, à Flaach. La situation peut devenir préoccupante, préviennent des experts.

Thomas Sennhauser

La Thur ne charrie actuellement que 2,5 à 3 mètres cubes d'eau par seconde près de Flaach. À la fin septembre, le débit habituel serait d’environ 40 mètres cubes.Lecteur-reporter

Konstantin se promenait dimanche le long de la Thur près de Flaach (ZH), lorsqu'il a été interpellé par la sécheresse persistante: dans une petite flaque, d'innombrables poissons se pressaient. «Je n'ai jamais vu ça ici, dans la Thur. Je n'ai jamais vu si peu d'eau et autant de poissons dans un espace aussi restreint», s'étonne ce lecteur-reporter, qui connaît bien la rivière. Le trentenaire ne cache pas son inquiétude, évoquant le changement climatique: «C'était oppressant. Je me demande si les poissons vont survivre.»

«La situation reste tendue»

La Thur ne charrie actuellement que 2,5 à 3 mètres cubes d'eau par seconde près de Flaach. À la fin septembre, le débit habituel serait d’environ 40 mètres cubes, explique Andrin Krähenbühl, du Bureau suisse de conseil pour la pêche FIBER. «De tels rassemblements de poissons dans de petites mares sont toutefois fondamentalement naturels: ils surviennent parfois dans les cours d'eau dynamiques», ajoute-t-il.

Cela se produit en période de sécheresse, lorsque le niveau de l'eau baisse, mais aussi après des crues. La sécheresse généralisée de cet été est cependant tout sauf normale. «La vidéo montre que la situation dans les cours d'eau reste tendue après plus de quatre mois de chaleur et de sécheresse», estime le spécialiste.

Des centaines de milliers de poissons morts

Les espèces ayant besoin d'eau froide, comme les truites et les ombres, sont particulièrement touchées: «Dès que la température de l'eau atteint environ 20 degrés, elles sont stressées et s'alimentent moins. À des températures encore plus élevées, comprises entre 23 et 26 degrés, leur vie est en danger», explique Andrin Krähenbühl.

Selon le bureau cantonal de Zurich, rien que cet été, des centaines de milliers de poissons sont déjà morts dans le canton dans des ruisseaux asséchés. «L'habitat pour les poissons et autres organismes aquatiques est devenu nettement plus petit», explique la porte-parole Katharina Weber.

Des milliers de poissons sous le pont de la Thur, près de Flaach.

Des milliers de poissons sous le pont de la Thur, près de Flaach.20 Minutes/Lecteur-reporter

Des difficultés pour se déplacer

Les truites et les ombres recherchent des refuges frais en été, explique Andrin Krähenbühl. Il peut s'agir de lacs, d'affluents froids, de fosses profondes ou de remontées d'eau souterraine. «Ces animaux devraient être dérangés le moins possible», ajoute-t-il. Mais lorsque le niveau de l'eau est bas, il devient plus difficile pour eux de se déplacer. Certains refuges ne leur sont alors plus accessibles.

La situation devient particulièrement critique lorsque des animaux sont piégés dans une petite zone qui n'est plus reliée au reste du cours d'eau et qui risque de s'assécher. Andrin Krähenbühl ne peut pas dire si la fosse montrée dans la vidéo s'asséchera entièrement.

Pourquoi le canton ne pêche-t-il pas les poissons?

Le canton de Zurich ne procède plus, en principe, à des pêches de sauvetage en période de sécheresse depuis un an. Cette pratique consiste à capturer les poissons à l'aide d’appareils électriques, afin de les déplacer vers d'autres cours d’eau. Cela représente un stress supplémentaire pour les animaux. De plus, les milieux susceptibles de les accueillir sont souvent déjà très occupés en raison de la sécheresse. Une réintroduction pourrait encore y aggraver la situation.

Selon Andrin Krähenbühl, il faudrait des pluies continues pendant plusieurs jours — idéalement durant deux à trois semaines — pour que la situation se détende. Ce n'est qu'à cette condition que les réserves d'eau dans les paysages pourraient se reconstituer. Le service cantonal ne s’attend toutefois pas à de nouvelles mortalités massives de poissons si des pluies surviennent par intermittence, au cours des deux à trois prochaines semaines.

(joc)

Thomas Sennhauser

Thomas Sennhauser (ths) travaille pour 20 Minuten depuis 2020. Il a commencé comme journaliste vidéo avant de rejoindre, deux ans plus tard, la rubrique News & Gesellschaft.

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